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En Grèce, l'économie de la débrouille

Par : Shona BHATTACHARYYA | Patrick HERMANSEN
3 mn

Salaires amputés, commerces en faillite, chômage de masse... C’est en Grèce que la crise économique est la plus violente. Partout dans le pays, les initiatives se multiplient et alimentent une véritable économie du système D : petits business, arnaques, monnaies parallèles… tous les moyens sont bons.

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Aujourd'hui en Grèce, il n'y a pas assez d'argent dans les caisses. Dans celle de l'État, comme dans celle des Grecs. Comment fait-on pour vivre quand on gagne moins d'argent qu'avant - voir plus du tout ? Nous sommes allés à la rencontre du peuple grec pour comprendre le système de débrouille.

Nous avons rencontré Yannis, 70 ans. Il a pris sa retraite il y a un an mais il doit pourtant continuer à travailler. Yannis vend des billets de loto Place Korai, à quelques pas du Parlement. Sa retraite a été diminuée, et il s’attend à de nouvelles coupes dans les mois qui viennent. À 2 euros le ticket, Yannis doit en vendre au moins une dizaine avant de pouvoir rentrer chez lui. En moyenne, il gagne 500 à 700 euros par mois, et jusqu'à 900 euros à la période de Noël. Le septuagénaire se sent humilié, fatigué, mais il n'a pas le choix.

D'autres Grecs décident de vendre leurs biens pour avoir un peu plus d'argent. C’est le cas de Makis : il a besoin de fonds pour partir en Australie rejoindre sa femme et ses enfants, partis l'année dernière. Du coup, Makis a décidé de vendre son or et son argenterie.

Les magasins de vente et de rachat de métaux précieux ont poussé comme des champignons après la pluie, et ce à travers toute la Grèce. Ils ont toujours existé, mais aujourd'hui les autorités grecques estiment qu'il y en a plus de 2 500. La moitié n'aurait pas d'autorisation de l'État. Les prix ne sont pas les mêmes d'une boutique à l'autre. Nous en avons fait l'expérience avec une caméra cachée. Aucun propriétaire n'a souhaité répondre à nos questions face caméra. Le gérant de la première boutique où nous nous sommes rendus nous explique qu'il est revenu de Londres, où il était trader en métaux, pour ouvrir une série de magasins. Le dernier a ouvert juste en bas de chez Makis.

À Volos, au nord d'Athènes, des habitants ont décidé de contourner l'euro en inventant le "TEM", une monnaie virtuelle et alternative. Bien sûr, on ne peut payer ses impôts et ses factures qu'en euro. Mais plus de 1 000 personnes se sont inscrites au réseau du TEM, pour vendre et acheter biens et services.

Puis il y a ceux qui trouvent des systèmes D…et ceux qui se sentent submergés par la crise. Dimitris Christoulas a mis fin à ses jours le 4 avril, à quelques mètres du Parlement grec. Son suicide est devenu un symbole pour tous ceux qui souffrent à cause des mesures d'austérité en Grèce. Il n'a pas été le premier à prendre une telle décision. Et malheureusement, il ne sera peut-être pas le dernier.

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