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À Nice, le maire sanctionne les cérémonies de mariage trop bruyantes

Estimant que les mariages festifs représentent une nuisance pour les Niçois, Christian Estrosi a rédigé une charte interdisant les manifestations de joie inappropriées. Des associations dénoncent un texte visant les personnes originaires d'Afrique.

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Une "charte des mariages" est entrée en vigueur, ce vendredi, dans la ville de Nice. En substance, il s’agit d'un arrêté municipal interdisant les manifestations de joie trop bruyantes au cours des cérémonies civiles. À Nice, les mariages seront donc silencieux ou ne seront pas. L’arrêté a immédiatement déclenché l’ire de l’opposition et des organisations de lutte contre le racisme.

Pondue par le maire UMP de la ville, Christian Estrosi, cette ambitieuse mesure a pour objectif de modérer "l’émotion qui accompagne [un mariage]". En un mot : faire en sorte que les mariages se déroulent "sans exubérance et dans le respect de toutes les sensibilités."

Interdit donc de crier, de siffler, de jouer de la musique "folklorique" et "de déployer des drapeaux, notamment étrangers", désormais considérés comme autant de comportements perturbateurs pour les Niçois. Les retards, le parking sauvage autour de la mairie et les parades en voiture, notamment sur la fameuse Promenade des Anglais, sont également dans le collimateur du nouvel arrêté municipal. De quoi faire passer l’envie aux couples de passer devant monsieur le maire…

Cependant, au vu du nombre de mariages célébrés à Nice - 1 296 pour la seule année 2011 -, faire respecter toutes les règles édictées dans la charte des mariages risque de s’avérer bien compliqué pour les autorités locales.

"Cette charte a plus vocation à dissuader [les gens de faire du bruit] qu’à édicter une série de règles", assure Auguste Verola, adjoint au maire de Nice, joint au téléphone par FRANCE 24, avant d’ajouter : "Il ne s’agit pas d’empêcher les gens de faire des youyous ou d’applaudir, ça reste un mariage, après tout". Ouf, on s’y serait presque trompé...

La charte prévoit tout de même des sanctions en cas de non respect des règles : tout élu a désormais le pouvoir de repousser la cérémonie de 24 heures en cas d’applaudissements trop enthousiastes ou de félicitations trop sonores. "C’est une question de courtoisie et de politesse", se justifie Auguste Verola.

Lire entre les lignes

La charte s'est attirée les critiques acerbes des organisations françaises de lutte contre le racisme qui affirment que le texte, discriminatoire selon elles, vise expressément les communautés d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne.

"Il y a des choses cachées dans le texte de cette charte, assure Bernadette Hétier, co-présidente du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP). La municipalité niçoise a tenté de créer un texte qui s’appliquerait à tout le monde mais, en réalité, il n’a pas été pensé pour contrôler les types de mariages traditionnels en France, qui sont publics, mais avant tout familiaux. La charte a été rédigée avec, en ligne de mire, les mariages nord-africains au cours desquels les cérémonies sont traditionnellement beaucoup plus joyeuses et sont célébrées ouvertement dans les espaces publics", poursuit celle-ci.

L’antenne locale de SOS Racisme a également condamné cette "charte des mariages". "Un grand nombre de personnes nous ont contactés pour nous alerter avant que la charte n’entre en application", explique Amadou Diallo, président de la branche niçoise de SOS Racisme. Pour l’heure, son organisation a choisi d’attendre de voir de quelle manière était appliquée la charte. "Nous n’excluons pas un recours en justice", précise cependant Amadou Diallo.

Augusto Verola récuse fermement toutes les accusations selon lesquelles la charte cible spécifiquement certaines communautés. "La même règle est appliquée à tout le monde. Les drapeaux nord-africains, ou algériens, sont interdits au même titre que d’autres. Tous les drapeaux sont concernés", affirme-t-il, faisant référence à l’une des nouvelles interdictions édictées par le nouvel arrêté municipal.

Nice, une ville très à droite

Dans cette ville traditionnellement très conservatrice, l'entrée en vigueur de la charte ne devrait pas choquer outre mesure. "La droite, dans le département des Alpes-Maritimes, prend souvent le rôle du Front national (FN), assure Bernadette Hétier. Ce genre d’initiative n’est pas du tout surprenant dans cette région de France."

Le maire de Nice, Christian Estrosi, siège à l'Assemblée nationale sous la bannière de l’UMP. Il appartient à la frange la plus à droite du parti, la Droite populaire, qui milite en faveur d'une sévérité accrue en matière de sécurité et d’immigration.

À Nice, au premier tour de la présidentielle, le 22 avril dernier, 23 % des électeurs ont donné leur voix à Marine Le Pen, la candidate du FN, soit cinq points de plus qu’au niveau national. Au second tour, plus de 60 % des Niçois ont voté pour le président sortant, Nicolas Sarkozy...

Alors que les élections législatives se profilent à l'horizon, les 10 et 17 juin, Bernadette Hétier et Amadou Diallo s’accordent pour interpréter la "charte des mariages" comme une stratégie électorale. "Elle est un clin d’œil évident destiné aux électeurs du FN", assure Amadou Diallo. "C’est presque un paradoxe : les mariages sont censés être des moments de joie et de bonheur, mais ça va devenir le contraire."
 

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