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Le gène du sprint existe-t-il ?

Depuis près d'un siècle, les Noirs dominent l’athlétisme. Pour Jean-Philippe Leclaire, auteur de "Pourquoi les Blancs courent moins vite", un gène du sprint, l’ACTN 3, serait l’explication de cette performance sportive. Mais pas seulement.

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Depuis le triomphe du coureur noir américain Jesse Owens aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, les Africains, les Afro-américains et les Antillais dominent de façon écrasante certaines disciplines d’athlétisme dans les tournois internationaux. Ces quarante dernières années, 98 % des sprinters qui sont parvenus à courir le 100 m en moins de dix secondes étaient noirs.

"Sujet casse-gueule"

Une performance qui véhicule fantasmes et tabous : le rapport entre le sport et la couleur de la peau demeure un "sujet casse-gueule" dans le vocabulaire des journalistes. S’inspirant de l’ouvrage de l’Américain Jon Entine "Taboo. Why black athletes dominate sports and why we're afraid to talk about it" [Tabou. Pourquoi les athlètes noirs dominent le sport, et pourquoi nous avons peur d’en parler] paru aux États-Unis en 2000, Jean-Philippe Leclaire, ancien rédacteur en chef de "L’Equipe Magazine", décide, un soir d’été 2010, de se pencher sur le sujet polémique.

Pendant un an et demi, il interroge les scientifiques, les journalistes et les sportifs au sujet de ce "black power". Il se rend en Jamaïque, terre d’Usain Bolt, l’homme le plus rapide de la planète et champion olympique en titre. Des éléments récoltés, des témoignages recueillis lui permettent alors de rédiger "Pourquoi les Blancs courent moins vite" paru en juin 2012 en France.

"J’avais une commande pour rédiger la biographie d’Usain Bolt quand Christophe Lemaitre est devenu le premier blanc capable de courir un 100 m en dessous de dix secondes",  confie à FRANCE 24 Jean-Philippe Leclaire. L’exploit de ce "jeune homme blond d’Aix-les-Bains" pousse alors l’ancien responsable de la rubrique athlétisme de "L’Equipe" à élargir son angle de départ. "Lemaitre venait d’abattre les préjugés et les clichés. Je me suis donc résolu à écrire un livre qui pose le débat autour de cette question", explique-t-il.

"Le gène du sprint"

En 361 pages de son ouvrage, Jean-Philippe Leclaire revient  "sur ce qu’on sait et sur ce qu’on ne sait pas encore" du lien entre la performance sportive et la couleur de la peau. Entre les "certitudes" et les "hypothèses", l’auteur passe en revue un éventail des théories scientifiques, des plus fantaisistes aux moins crédibles : le soi-disant "relâchement inné" des sprinters noirs, la prétendue plus grande longueur des fémurs des coureurs kényans, la peau plus fine et les viscères moins encombrants, l’héritage de l’esclavage, le gène du sprint, …

Résultat des courses : pour lui, il n’y a plus aujourd’hui de doute possible. "La performance sportive est largement déterminée par le génétique" : l’ACTN3 (l’alpha-actinine 3), le prétendu "gène du sprint", a été découvert pour la première fois en 2003 par des chercheurs australiens. Un gène présent chez tous les êtres humains sous deux formes : RR, pour la vitessse, RX pour l’endurance.

"Depuis, beaucoup de recherches ont démontré que la forme RR de ce gène permet à ses détenteurs d’avoir des muscles explosifs lorsque le corps est soumis à certains efforts : une prédisposition naturelle, donc, pour les épreuves de vitesse", souligne Jean-Philippe Leclaire, rappelant qu’à ce jour, "hormis Christophe Lemaitre et l’Australien Patrick Johnson, tous les sprinteurs qui ont couru le 100 m en dix secondes sont soit nés en Afrique de l’Ouest, soit descendants d’esclaves issus de cette partie du continent africain."

La conclusion qu’en tire Jean-Philippe Leclaire, c’est que "les génotypes favorables au sprint se trouvent plus fréquemment présent chez les 'West-Africains' que dans le reste de la population mondiale". L’Afrique de l’Est, étant elle, la terre des coureurs de fonds.

Lemaitre, "l’exception qui confirme la règle"

Cependant, il ne suffit pas  de posséder la forme forte de l’ACTN 3 dans ses gènes pour espérer rivaliser avec Usain Bolt. "C’est une prédisposition totalement insuffisante pour prédire la qualité du sprinter chez un individu", avance le professeur Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche bio-médicale et d’épidémiologie du sport (IRMES).

Le point de vue du chercheur est également partagé par Jean-Philippe Leclaire. "Des facteurs socio-culturels entrent également en jeu. C’est donc aussi une question de personnalité des athlètes. Jesse Owens, Tommie Smith, Marie-José Perec ou Usain Bolt sont devenus ce qu’ils sont grâce aux entraînements et aux choix qu’ils ont dû faire, en plus de leur prédisposition génétique", nuance-t-il.

Jean-Philippe Leclaire reste toutefois catégorique : "Avec une forme nulle d’ACTN 3, il est impossible d’égaler les grands sprinters." Selon lui, Christophe Lemaitre, qui joue dans la cour des grands, possèderait donc aussi "les mêmes combinaisons génétiques qu’on retrouve chez la plupart des athlètes originaires d’Afrique de l’Ouest : c’est l’exception qui confirme la règle."

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