LITTÉRATURE

Aurélien Bellanger : "Je suis un observateur de la génération geek"

Si "La Théorie de l’information" d’Aurélien Bellanger est l’une des premières incursions littéraires françaises dans l'univers geek, l'auteur de ce roman des révolutions numériques n'appartient pas à la caste triomphante de l'ère 2.0.

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Malgré son titre, “La Théorie de l’information” d’Aurélien Bellanger n’est pas un essai. C’est l’histoire romancée du Minitel et de l’Internet vue de l’Hexagone. Vue, plus précisément, à travers les yeux et la trajectoire de Pascal Ertanger, pionnier du numérique made in France. Ce baron milliardaire du Web, grand bouffeur d’octets, de pixels et de parts de marché, ressemble comme deux queues de cheval à Xavier Niel, le célèbre fondateur de l’opérateur internet et téléphonique Free.

Internet, 3615 Ulla, Xavier Niel ou encore culture geek, ce livre possède tous les ingrédients pour attirer la couverture médiatique à lui en cette période de rentrée littéraire. “Citizen Geek” a ainsi titré le 23 août "Le Monde", évoquant le premier “roman hexagonal authentiquement geek”, tandis que "Libération" a consacré au jeune auteur de 32 ans trois pleines pages. Sans compter de longues critiques élogieuses dans "Technikart" ou encore "Les Inrocks". Pas mal pour un premier roman.

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Aurélien Bellanger, le nouveau Houellebecq ?

Il faut dire que “La Théorie de l’information” penche fortement du côté du roman générationnel. Les trentenaires y retrouveront l’ambiance années fric des “eighties”, le souvenir des premiers émois télématiques et pourront revivre la folle envolée du World Wide Web. Mais ce livre n’est pas - ou pas que - la saga d’un monde qui se convertit inexorablement aux séries binaires. Aurélien Bellanger, qui a écrit une thèse en philosophie (“La métaphysique des mondes possibles”) et a consacré, en 2010, un essai à Michel Houellebecq (“Houellebecq, écrivain romantique”) refuse l’étiquette geek. Il se dit “spectateur” de la révolution numérique. À ce titre, il se livre également dans "La Théorie de l’information” à un travail d’historien critique de ces 30 dernières années. Rencontre avec l’auteur.

Est-ce que comme Pascal Ertanger, le héros de votre roman, vous êtes un "citizen geek" ?

Aurélien Bellanger : Non. Mon approche de l’Internet n’est pas citoyenne dans le sens où je ne suis pas suffisamment mobilisé sur des questions comme la neutralité du Net [l'idéal d'un accès au Web pour tous sans discrimination, ndlr]. Et les deux ou trois heures par jour que je passe sur le Web sont essentiellement consacrées à des activités comme Facebook ou à la recherche d’éléments pour mon travail d’écriture. Je ne pense pas non plus être un geek. Je suis plus un observateur de la génération numérique qu’un acteur. Ainsi, je n’ai jamais eu un usage intensif du Minitel même à sa grande époque.

Votre personnage principal a de nombreux points communs avec Xavier Niel. Avez-vous fait des recherches approfondies sur le fondateur de Free ?

A. B. : Je me suis inspiré de lui mais sans pousser les recherches biographiques très loin. D’ailleurs, on ne trouve pas grand-chose sur sa vie sur Internet. En fait, Xavier Niel m’a servi de main courante pour me guider tout au long de mon écriture.

Mais êtes vous admiratif de Xavier Niel ou de ce qu’il représente ?

A. B.: En un sens, oui. Que ce soit Xavier Niel, Mark Zuckerberg ou Steve Jobs, ils sont des pionniers du capitalisme. Ils ne sont pas forcément plus intelligents ou plus forts que d’autres, mais ce sont les premiers à avoir oser faire ce qu’ils ont fait. C’est ça que j’admire, sans pour autant adhérer à leurs idées.

Au final, après avoir écrit ce roman, je ne sais pas si je suis progressiste ou conservateur à l'égard des nouvelles technologies. Je reconnais qu'elles sont porteuses de progrès, mais je ne suis pas sûr d'être à l'aise dans le monde qui se construit grâce à ces avancées.

Votre roman est plutôt Wikipedia ou plutôt Houellebecq ?

A.B. : Il est vrai que sans Wikipedia mon livre n’aurait probablement pas pu être. Mais je conçois Wikipedia comme la métonymie de l’Internet, c’est-à-dire plutôt qu'une  encyclopédie en ligne j’en retiens cette idée d’une immense base de données des connaissances humaines. Quant à Houellebecq, il m’a permis d’”upgrader” mon logiciel littéraire en me montrant quels étaient les enjeux de la littérature moderne.

Certains ont reproché à votre livre d’être plutôt un manuel type "L’informatique pour les nuls" qu’un roman. Que leur répondez-vous ?

A.B. : Qu’on écrive que je ne suis pas un romancier m’a d’abord agacé. Ensuite, je me suis dit tant mieux. En effet, l’une de mes ambitions dans “La Théorie de l’information” est de présenter le récit à la fois comme une œuvre didactique et une œuvre encyclopédique. Si des personnes ont pu croire qu’il s’agissait de l’un ou de l’autre, c’est qu’ils se sont faits prendre au piège et que donc mon but est atteint. Mais au final, il n’y a pas une seule phrase qui ne soit pas romancée.

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