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Ennahda "veut mettre le grappin" sur les médias publics tunisiens

FRANCE24

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement tunisien a remplacé de nombreux directeurs de rédaction au sein des médias publics. Officiellement, il affirme vouloir assainir le secteur mais les journalistes craignent d'être muselés.

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Lundi 3 septembre, ils étaient venus interpeller les députés islamistes jusque dans les couloirs de l'Assemblée à Tunis. Les journalistes du quotidien "Essabah", ancienne propriété d’un gendre de Ben Ali, s’opposent depuis une semaine à la nomination par le gouvernement d'un nouveau directeur, Lotfi Touati, proche de l'actuel ministre de l'Intérieur. 

"Le problème, c’est que le gouvernement veut mettre le grappin sur les médias, s’insurge Mona Ben Gamra, journaliste à "Essabah". On a tout compris. Il y a un complot qui se fomente autour du journal, après ils mettront la main sur tous les médias tunisiens".

L’opposition craint "une dictature"

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement, dominé par les islamistes d'Ennahda, a nommé, sans consultation des rédactions et des organisations professionnelles, des nouvelles directions à la tête de télévisions, radios et journaux publics. Les journalistes les accusent de vouloir contrôler les organes de presse ainsi que leurs lignes éditoriales en vue des prochaines élections générales en 2013.

L'émission satirique politique des Guignols tunisiens, qui s’en prenait régulièrement aux membres du gouvernement, a brusquement été arrêtée fin août. Le patron de la chaîne privée Ettounsiya TV, Sami Fehri, a également été placé en détention dans le cadre d'une affaire de corruption à l'époque de Ben Ali.

Le message du gouvernement est clair : assainir les médias tunisiens des défenseurs de l’ancien régime. "Le mot nettoyer est dur, précise la vice-présidente de l'Assemblée (Ennahda), Mehrezia Labidi, interpellée par les journalistes en colère. Mais il faut faire la lumière sur les gens corrompus dans ce secteur". De son côté, l'organisation Reporters sans frontières (RSF) a fait part de "son mécontentement et son incompréhension face à la poursuite des nominations arbitraires à la tête des médias publics" tout en dénonçant la "mainmise" des autorités tunisiennes sur ces mêmes médias.

Dans ce bras de fer, les journalistes sont soutenus par une partie de l'opposition. Certains députés n'hésitent pas à parler d'un risque de retour de la dictature en Tunisie à l’image d’Ahmed Brahim, député secrétaire général du parti El Massar. "Si ce phénomène d'hégémonie se poursuit, il y a lieu de s'inquiéter pour le futur du pays. Nous sommes en face d'une tentative de mise en place d'une dictature".

La discorde est loin d’être terminée. Récemment, un proche conseiller du Premier ministre a menacé de diffuser une liste noire des médias corrompus en Tunisie. Une grève des rédactions est également prévue le 11 septembre.

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