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"Avec l'attentat de Kaboul, le Hezb-e-islami veut montrer qu'il existe toujours"

AFP

Selon le chercheur Didier Chaudet, le Hezb-e-islami n'a pas fomenté l'attentat de Kaboul en représailles au film islamophobe "L'Innocence des musulmans" mais pour montrer qu'il fallait toujours compter sur le groupe islamiste. Interview.

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Il s’appelle Hezb-e-islami. Ce groupe, qui a revendiqué l’attentat-suicide qui a fait douze morts mardi 18 septembre à Kaboul en Afghanistan, est le troisième plus important de l'insurrection afghane après la "Quetta Shura" (les Taliban sous le contrôle du mollah Omar) et le réseau Haqqani. La diffusion sur Internet du film islamophobe "L’Innocence des musulmans", à l’origine de violents affrontements dans le monde arabo-musulman depuis une semaine, est à l’origine de cette action kamikaze, a affirmé dans un communiqué le groupe classé terroriste depuis 2003 par les État-Unis. Pour Didier Chaudet, chercheur à l'Institut d'études sur l'Asie du Sud (Isas) de l'université nationale de Singapour, il s’agit en réalité d’un prétexte utilisé par le fondateur de Hezb-e-islami, l’ancien fer de lance de la guérilla anti-soviétique Gulbuddin Hekmatyar, pour sortir de l’oubli. Interview.

Pourquoi le Hezb-e-islami a-t-il commis cet attentat-suicide à Kaboul ?

Didier Chaudet : On avait un peu oublié l’existence du Hezb-e-islami. Aujourd’hui, ce groupe se sert de l’actualité liée au film islamophobe "L'Innocence des musulmans" pour exister, pour lancer un message politique. Les gens qui protestent contre ce film descendent dans la rue. En revanche, une attaque terroriste, ça se planifie, ça s’organise, ça ne se fait pas comme ça. Le Hezb-e-islami a connecté cette attaque à une opération plus globale pour être à la une des journaux. C’est une façon de dire : "Nous existons toujours, nous sommes du côté de la résistance, il ne faut pas nous oublier".

Qu’est-ce que le Hezb-e-islami ?

Le 18 août 2008, dix soldats français ont perdu la vie et 21 autres ont été blessés dans l'embuscade de Surobi, dans la vallée d'Uzbin, en Afghanistan. Cette attaque, l'une des plus meurtières contre l'armée française, avait été revendiquée par le Hezb-e-islami, dont la vallée d'Uzbin est l'un des fiefs.

 

 

D.C. : Ce groupe est avant tout la création et l’incarnation de Gulbuddin Hekmatyar. Pour lui, le plus important a toujours été d’être sur les devants de la scène politique afghane, de s’imposer. On n’est pas dans une situation comme avec les Taliban où il y a tout de même une certaine idéologie, une certaine vision du monde. Gulbuddin Hekmatyar joue beaucoup sur l’islamisme. Il se présente comme un idéologue mais il est surtout un fin tacticien avec une ambition politique démesurée. Pendant la guerre contre l’Union soviétique, il a ciblé d’autres combattants anti-soviétiques. Il est aussi en grande partie responsable de la terrible guerre civile qui a suivi. Il a bombardé la capitale afghane, jusqu’à ce que Kaboul lui donne un poste gouvernemental. Il s’est positionné comme étant proche des Taliban après les attentats du 11-Septembre. C’est aussi l’un des principaux moudjahidines à avoir rendu industrielle la production de drogue pour mener ses combats politiques.

 

Quelles sont les relations de Hezb-e-islami avec le président Hamid Karzaï ?

D.C. : Avec Hamid Karzaï, les relations sont mauvaises par définition et en même temps très floues. Gulbuddin Hekmatyar essaie, plus ou moins adroitement, de se rapprocher du président afghan. En août 2012, une délégation du Hezb-e-islami est allée en Arabie saoudite pour discuter avec le gouvernement afghan. Avant cela, un groupe politique lui aussi baptisé Hezb-e-islami a été fondé par des anciens commandants de Hekmatyar qui auraient déposé les armes. Du jour au lendemain, ils ont soutenu Karzaï. Même si Gulbuddin Hekmatyar a dit qu’il n’avait rien à voir avec ces gens-là, on peut se poser la question de l’apparition d’un parti qui a exactement le même nom que le Hezb-e-islami et qui se retrouve au Parlement. On voit mal Gulbuddin Hekmatyar se rabibocher avec Karzaï juste pour obtenir un maroquin. Par contre, il est possible d'imaginer qu'il essaie d’exister des deux côtés pour tenter de s’imposer comme un acteur incontournable après 2014, date du retrait des troupes américaines d’Afghanistan. 

 

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