MÉDIAS

"Charlie Hebdo" : Paris embarrassé par les caricatures de Mahomet

AFP

"Charlie Hebdo" récidive en publiant, dans son édition de mercredi, des caricatures du prophète Mahomet. Tout en s'attachant à défendre la liberté de la presse, le Premier ministre français a affiché sa "désapprobation face à tout excès".

Publicité

Une semaine après le début de la vague de protestation dans le monde musulman, provoquée par la diffusion du film "L'innocence des musulmans", la publication de caricatures de Mahomet et de musulmans dans l’hebdomadaire satirique français, "Charlie Hebdo" suscite de vives inquiétudes dans la classe politique.

Le gouvernement français dit regretter la décision du journal de publier de tels dessins. "Dans le contexte actuel, le Premier ministre a tenu à affirmer dans un communiqué sa 'désapprobation face à tout excès'. Il en appelle à l’esprit de responsabilité de chacun", précise le document. Interrogé à ce sujet lors de son déplacement au Caire mardi 18 septembre, Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, s’est également dit "contre toute provocation".

it
La réaction de Laurent Fabius

Les organisations musulmanes françaises ont aussi déploré ces nouvelles caricatures. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a appelé "à ne pas verser de l'huile sur le feu", tandis que le Conseil français du culte musulman (CFCM) a condamné de son côté "avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe qui vise à offenser délibérément les sentiments des musulmans".

Le président du CFCM Mohammed Moussaoui s’est dit "inquiet face à ce que peut provoquer cet acte irresponsable dans un contexte très tendu." Le Conseil a appelé "les musulmans de France à garder leur calme et à affronter cette nouvelle provocation dans la sérénité et exprimer légitimement leur indignation par des moyens légaux".

Ayrault : la demande de manifestation sera "refusée"

Aperçu des pays touchés par des manifestations contre le film anti-islam (The Atlantic Wire)

Le gouvernement et les institutions musulmanes craignent que la publication des dessins alimente l'indignation contre le film islamophobe produit aux États-Unis "L'Innoncence des musulmans". Depuis la semaine dernière, les manifestations anti-américaines dans les pays arabes ont causé la mort de plus de 30 personnes. Quelque 250 militants islamiques avaient tenté de manifester samedi dernier à Paris devant l'ambassade des États-Unis.

De nouveaux appels à manifester samedi 22 septembre contre ce film à Paris et dans plusieurs grandes villes françaises circulent sur les réseaux sociaux. Interrogé sur la radio française RTL ce mercredi, Jean-Marc Ayrault a confirmé qu’"une demande de manifestation samedi a été déposée et sera refusée". "Il n'y a pas de raison qu'on laisse venir dans notre pays des conflits qui ne concernent pas la France", a déclaré le Premier ministre.

Pour éviter d’envenimer la polémique, Jean-Marc Ayrault a tenu à rappeler que "la liberté d'expression est garantie, la liberté de caricature aussi", et que ceux que heurtent les caricatures de Mahomet ont la possibilité de saisir les tribunaux "dans un État de droit qui doit être totalement respecté".

"Des dessins pas plus provocants que d’habitude"

Toute la nuit, des camions de CRS étaient postés devant les locaux de la rédaction du journal parisien pour éviter tout incident. Dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, l’hebdomadaire avait été victime d’un incendie criminel après la publication d'un numéro spécial intitulé Charia Hebdo avec en une la caricature d'un prophète Mahomet hilare.

Dans son édition du 19 septembre, le journal publie en une une parodie du film "Intouchables", qui montre un musulman dans un fauteuil roulant poussé par un juif orthodoxe avec le titre "Intouchables 2". En quatrième de couverture, une autre caricature montre un musulman dénudé, dans une parodie d'une scène du film "Le Mépris", de Jean-Luc Godard, où Michel Piccoli admire la chute de reins de Brigitte Bardot.

Le directeur de "Charlie Hebdo" s'est défendu de toute volonté de provocation. Interrogé par iTélé mardi 18 septembre, il a estimé que ces dessins "choqueraient ceux qui vont vouloir être choqués en lisant un journal qu'ils ne lisent jamais".

"Je n'appelle pas les musulmans rigoristes à lire 'Charlie Hebdo', comme je n'irais pas dans une mosquée pour écouter des discours qui contreviennent à ce que je crois", a ajouté Charb. "Si on reçoit des insultes, c'est parce que 'Charlie Hebdo' est sorti du contexte kiosque et qu'il a été montré sur Internet et qu'il touche un public plus large que d'habitude". Le directeur de l’hebdomadaire juge que les dessins publiés en page intérieure et en dernière page du journal ne sont pas plus provocants que d'habitude.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine