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Géorgie : Élections sous influence

Les Géorgiens sont appelés aux urnes le 1er octobre afin d'élire leur premier ministre. Le parti du président Saakachvili est défié par la coalition du milliardaire Ivanishvili, et tous les coups sont permis. Nos reporters Sylvain Rousseau et Chris Moore se sont rendu dans un pays de plus en plus divisé.

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Mardi 18 septembre, les Géorgiens découvraient avec horreur ce qu’il se passait dans leurs prisons. Des images terribles de tortures et de viols sur différents prisonniers. Les télés de l’opposition en font leurs gros titres, à peine deux semaines avant les élections législatives du 1er octobre. La campagne vient de changer : la victoire annoncée du parti du président Saakachvili s’annonce de moins en moins certaine et les manifestants ont envahi les rues de Tbilissi.

L’image de la Géorgie auprès des grandes puissances internationales s’en trouve passablement écornée. Personne ne peut nier que le régime de Mikheïl Saakachvili est de plus en plus autoritaire. Pourtant, dans sa logique de rapprochement avec l’Occident l’image qu’il véhicule est essentielle. C’est elle qui lui garanti le soutien de la communauté internationale, et protège son pays de la Russie qui lorgne sur la Géorgie depuis la guerre de 2008. Il s'est pourtant conformé aux souhaits de l’Occident : il a choyé et protégé les minorités azérie et arménienne, qui représentent 15% de la population géorgienne, il a attiré les capitaux étrangers en masse, il a créé des camps de réfugiés avec tout le confort moderne, il a développé les infrastructures de manière spectaculaire (eau, électricité, routes) et fait barrage aux velléités expansionnistes de Moscou dans le Caucase.

Avec ces vidéos, tout est remis en cause. L’opposition est galvanisée, et semble prête à en découdre. Des débordements post-électoraux, avec des images d’affrontements à l’appui, pourraient définitivement ruiner la carrière politique du chouchou de l’Occident.

D’après l’entourage du président, c’est justement ce que cherche l’opposition. Gagner dans la rue ce qu’ils n'obtiendront peut être pas dans les urnes. L’opposition bénéficie de ressources quasi illimitées. À sa tête, le multimilliardaire Bidzina Ivanichvili. On l’estime plus riche que l’État géorgien. Il a créé et financé une coalition baptisée le Rêve géorgien. Une coalition hétéroclite qui va des nostalgiques de l’URSS aux nationalistes les plus véhéments. Mais en ratissant large, il perd les moyens de gouverner en cas de victoire. Pour convaincre les électeurs, son programme s'articule autour d'une priorité : dénoncer la dérive autoritaire du régime. Les vidéos des tortures diffusées par ses télés semblent être sa dernière chance de l’emporter dans les urnes. 

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