SYRIE

Expulsé de Syrie, le père italien Paolo Dall'Oglio appelle à armer la rébellion

Expulsé de Syrie en juin pour avoir pris position en faveur de la rébellion, le père jésuite italien Paolo Dall'Oglio s'est rendu à Paris où il tire un signal d'alarme sur le sort des Syriens et appelle la communauté internationale à intervenir.

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Le ministère syrien des Affaires étrangères a dénoncé jeudi "les positions hostiles" du prêtre italien Paolo Dall'Oglio. "Le père Paolo Dall'Oglio, qui a été durant trente ans l'hôte de la Syrie où il a été témoin de tous les acquis réalisés (..), mène une campagne hostile au gouvernement syrien, en justifiant les actes terroristes commis par les groupes armés, les forces jihadistes et salafistes, y compris le réseau Al-Qaïda", a expliqué le ministère dans un communiqué.

Le ministère "regrette que M. Dall'Oglio participe à une campagne trompeuse contre le pays qui l'a accueilli pendant des décennies" et affirme que la Syrie "continuera de lutter contre le terrorisme qui la vise, et de dévoiler les pays et tous ceux qui oeuvrent nuit et jour pour ternir son image".
 

À la mairie du 20e arrondissement de Paris, la salle était comble mardi soir. Une foule franco-syrienne se pressait pour trouver un siège et assister à la conférence du père Paolo Dall'Oglio. Ce prêtre jésuite italien a quitté la Syrie, son pays d’adoption, en juin dernier, à la demande des autorités syriennes et de l’Église, après y avoir vécu trente ans. Électron libre de l'Église, il vient de publier un livre au titre évocateur : "Amoureux de l’Islam et croyant en Jésus". Le monastère qu’il a refondé dans le nord de Damas dans les années 80, est un lieu de rencontre et de dialogue entre l’islam et le christianisme. Son expulsion du pays ne l'a pas muselé pour autant. Il s'est déplacé à Paris pour alerter l'opinion publique sur le sort des Syriens dont il a partagé le quotidien et sur l’urgence d’intervenir.

Un Syrien d’adoption

La Syrie et les Syriens, le père Paolo les connaît bien. Fère jésuite, arabisant, il découvre en 1982, les ruines du monastère de Mar Moussa al-Habashi (Saint Moïse l’Abyssin), situé dans la montagne, à 80 kilomètres environ au nord de Damas. Frappé par le caractère sacré des lieux, il y vivra deux ans durant dans la solitude spirituelle. Il décide ensuite de redonner vie à ce lieu saint  du VIIe siècle. "J’ai entrepris de restaurer le monastère avec l’appui des autorités mais surtout avec l’aide des gens. J’ai voulu impliquer les Syriens dans ce travail ", explique-t-il à FRANCE 24.

Quelques années plus tard il fonde une communauté œcuménique qui prône le dialogue entre islam et christianisme. Faire en sorte que se connaissent ces deux religions est l’un des principaux combats du père Paolo. Depuis sa restauration, des pélerins du monde entier, chrétiens et musulmans, se rendent à Mar Moussa - un lieu que l’on ne peut atteindre qu’à pied - pour y découvrir les fresques restaurées et y vivre l’expérience du silence.

Des fresques en couleur restaurées au monastère de Mar Moussa al Habachi
Photo prise par Guerric, publiée sur Flickr

Un religieux chrétien à contre-courant

L'engagement politique du fondateur de ce lieu désormais mondialement connu détonne dans le monde chrétien syrien. Il est allé précisément à contre-courant de sa hiérarchie et des autres prélats. Une large majorité des religieux orientaux ont en effet gardé un silence prudent face à la crise qui secoue le pays. Certains ont même pris position en faveur du régime. Mais, le père Paolo a, lui, pris fait et cause pour la révolution.

"Le système du régime syrien repose notamment sur la manipulation des responsables religieux et des minorités", explique-t-il, déplorant avec colère le départ d’une grande partie des chrétiens d’Orient, effrayés par l'éventualité d'une montée de l’islamisme radical.

"Pour ma part, en voyant les révoltes en Tunisie et ailleurs, j’ai espéré qu’en Syrie, on parvienne au changement pacifiquement, car sinon, un bain de sang serait inévitable", confie-t-il à FRANCE 24.

En juillet 2011, soit quatre mois après le début du soulèvement, il écrit un texte publié sur

Fin 2011, le père Paolo dal Oglio lance un appel aux Syriens

le site du monastère Mar Moussa, où il propose des pistes pour trouver une solution pacifique au conflit. Intitulé "La démocratie consensuelle, pour l’unité nationale", le texte pose les bases d'une transition politique vers un régime démocratique  fondée sur un consensus entre les différentes composantes de la société syrienne, tant politiques que communautaires.

Mais l’appel est resté lettre morte. Pis, il s’attire les foudres du régime de Damas, qui décide de déclarer le père Paolo "persona non grata". Le religieux résiste tant qu'il peut, mais finit par quitter sa terre d’adoption à la mi-juin 2012 en déclarant : " C’est mon cadavre debout qui quitte la Syrie".

Armer la rébellion et distiller un discours de non-violence

Depuis son départ de Syrie, il a visité plusieurs capitales occidentales où, comme à Paris, il alerte sur le sort des Syriens. Pour lui "le régime syrien est mort. Il s’est totalement discrédité sur le plan politique et moral à cause de tous les crimes commis. Il n’y a plus rien à sauver".

Dans un discours assumé, et radicalement opposé à la position du Vatican, il appelle à l’armement "de certains groupes armés auxquels on peut faire confiance pour leur permettre de vaincre le régime". "Aujourd’hui la logique des armes a été imposée au peuple syrien ", justifie-t-il. Le père jésuite insiste toutefois sur la nécessité "d’accompagner la rébellion d’un message de non-violence".

"Nous devons absolument faire cesser les bombardements aériens", s’indigne le père Paolo pour qui la non-violence est une idéologie à transmettre coûte que coûte. Il appelle désormais les Syriens à œuvrer dès maintenant à la réconciliation nationale : "Il faudra que les Syriens travaillent ensemble à la reconstruction de leur société et à réinsérer des jeunes que la violence à fait tomber dans l’extrémisme religieux".
 

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