FRANCE

Des Marseillais brûlent les restes d'un camp rom après une expulsion sauvage

AFP

Des Marseillais ont incendié, jeudi soir, les restes d'un campement rom illicite après en avoir fait fuir les occupants. La police n'a procédé à aucune interpellation, estimant que l'expulsion avait eu lieu sans violence physique.

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L’expulsion sauvage de plusieurs familles roms, manu militari, par des riverains excédés dans les quartiers nord de Marseille, a jeté une lumière crue sur le regain de tension autour des campements illicites.

Selon le quotidien "La Provence", une cinquantaine d’habitants de la cité des Créneaux se sont rassemblés, jeudi soir, pour expulser des Roms qui s’étaient installés sur un terrain vague quatre jours plus tôt.

Alors que les familles roms prenaient la fuite avec caravanes et véhicules, les riverains ont parachevé le démantèlement du camp en incendiant les quelques affaires laissées sur place. Les forces de police, arrivées sur place vers 19h, n’ont procédé à aucune interpellation, estimant que l’expulsion avait eu lieu sans violence physique.

Les autorités locales n’ont pas été surprises par ce coup de force des riverains. Ces derniers s’étaient notamment plaints d’une recrudescence de cambriolages auprès de Samia Ghali, la sénatrice-maire des 15e et 16e arrondissements de Marseille.

"Des habitants sont venus me voir jeudi matin, ils étaient excédés par la présence des Roms", qu'ils accusaient d'avoir commis des cambriolages, a déclaré Samia Ghali. Selon elle, des femmes s'étaient aussi plaintes que les Roms "salissent tout et essayent d'entrer dans les immeubles", dont certains sont en partie vides en raison d'une procédure de démolition en cours.

En présentant les modalités d'application locale de la circulaire interministérielle du 26 août sur la gestion des campements illicites, le préfet des Bouches-du-Rhône avait fait état de la préoccupation des services de l'État à l'égard de ce genre de tensions.

"Chasse aux roms?"

Les Roms viennent principalement de Roumanie et de Bulgarie, deux pays membres de l’Union européenne mais accusés par des organisations de défense des droits de l’Homme de discrimination envers cette minorité.

On estime entre 15.000 et 20.000 le nombre de Roms vivant en France, généralement dans des campements insalubres en périphérie des grandes villes. Environ 3.000 Roms vivraient dans les Bouches-du-Rhône, dont la moitié à Marseille.

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a poursuivi la politique d’expulsion du gouvernement précédent.

Christophe Madrolle, vice-président de la Communauté urbaine de Marseille, s’est dit vendredi "indigné" face à des actes "favorisés par l’attitude ‘pousse au crime’ de certains élus".

"Pourchasser une population, détruire ses (rares) biens, à cause de son origine, c’est un crime digne d’une triste époque de notre histoire, qui n’a plus sa place dans notre République", déclare l’élu du MoDem dans un communiqué. "Hier, on pointait du doigt les Roms, aujourd’hui on brûle leurs habitations, mais jusque où ira-t-on ? La chasse aux Roms a-t-elle commencé?"

(FRANCE24 avec dépêches)
 

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