AFGHANISTAN

La mort d’un soldat de l’Otan relance la question des "attaques de l’intérieur"

AFP

La 2 000e victime américaine du conflit afghan est tombée, samedi, sous les balles d’un homme portant l’uniforme de l’armée afghane, jetant une lumière crue sur la recrudescence d’attaques commises par des soldats censés être alliés de l’Otan.

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Une simple "dispute verbale" à un check-point à la sortie d’une base militaire serait à l’origine de la fusillade dans laquelle deux Américains - un soldat et un civil travaillant pour l’Otan - ont péri, samedi, dans l’est de l’Afghanistan. Au moins deux soldats afghans ont été abattus lors de l’incident, selon des responsables cités par l’agence américaine Associated Press.

Alors que le nombre de pertes américaines vient de franchir le seuil symbolique des 2 000 soldats morts, ces attaques dites "de l’intérieur" - commises par des hommes portant l’uniforme des forces de sécurité afghanes contre les troupes de l’Otan - donnent des sueurs froides aux généraux du Pentagone.

Les renseignements allemands ont une analyse bien plus pessimiste de la situation en Afghanistan que le gouvernement, selon un rapport interne dévoilé dimanche sur son site internet par le magazine Der Spiegel.

Les services de renseignement allemands (BND) considèrent en particulier que la situation sécuritaire est critique, avec une augmentation à attendre des attentats à l'encontre des soldats occidentaux, dans ce rapport intitulé "L'Afghanistan jusqu'en 2014- un pronostic".

Après le retrait officiel des troupes occidentales en 2014, jusqu'à 35.000 soldats étrangers seraient nécessaires, la plupart du temps comme formateurs de l'armée afghane, mais aussi comme troupes de combat pour leur protection et si possible comme forces spéciales dans la lutte antiterroriste, estime l'analyse du BND.

Source: AFP

L'Otan estime que 25 % des attaques de l'intérieur sont liées à l'infiltration d'insurgés dans les rangs des forces afghanes. Le reste des pertes est lié à des différences culturelles ou à un ressentiment. Quelles qu’en soient les causes, ces fusillades fratricides font des ravages car elles minent la confiance entre les alliés. Pas moins de 52 militaires de l’Otan ont été tués dans des attaques de l’intérieur en 2012, un chiffre en forte augmentation comparé à l’année précédente.

"Fou de rage"

Ces incidents sont particulièrement graves alors que la grande majorité des 112 600 soldats étrangers encore présents en Afghanistan rentreront chez eux d'ici à la fin de 2014. La police et l'armée afghanes, à un moment crucial de leur formation, auront alors la charge de la sécurité de leur pays.

"Honnêtement, je suis fou de rage (au sujet des tirs de l'intérieur)", a indiqué le général John Allen, le commandant de l'Isaf, pour l'émission "60 minutes" de CBS qui doit être diffusée dimanche.

"Nous sommes prêts à beaucoup sacrifier pour cette campagne, mais nous ne sommes pas prêts à être tués pour cela", a-t-il remarqué, ajoutant que "la majorité des Afghans" étaient avec l'Isaf.

Les tirs de l'intérieur "nous compliquent singulièrement la tâche" car ils ont "miné la confiance qui doit exister entre les unités afghanes et celles de la coalition", a observé le général français Olivier de Bavinchove, chef d'état-major de l'Isaf et numéro 3 de la coalition lors d'un entretien à l'AFP.

"Une des raisons profondes des 'green on blue' (leur nom anglais, NDLR), c'est beaucoup plus une question d'éducation. Les Afghans ont été habitués pendant des siècles à régler les conflits par la violence, y compris les conflits domestiques", a-t-il analysé.

(FRANCE24 avec dépêches)

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