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Oman a le vent en poupe

Mark Lloyd

Oman a placé deux bateaux aux deux premières places des Extreme Sailing Series, le circuit où s'affrontent les Extreme 40, des catamarans ultrarapides de 40 pieds. Pourquoi Oman investit le monde de la voile ? Interview du skipper Sidney Gavignet.

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Le catamaran omanais "The Wave, Muscat" a remporté les Extreme Sailing Series 2012 à l’issue de la dernière étape de la saison qui s’est tenue le week-end dernier en baie de Rio (Brésil). Le bateau barré par l'Anglais Leigh McMillan devance au classement général un second catamaran battant pavillon omanais, "Oman Air", dont le skipper américain Morgan Larson disputait sa première saison en Extreme 40. Un tel doublé est une grande première pour le sultanat, qui a décidé il y a maintenant 4 ans d’investir durablement dans la voile en lançant le projet Oman Sail.

À l’origine, ce projet devait permettre au sultanat de renouer avec un passé maritime prestigieux, sur les traces de Sinbad le marin. Les autorités ont donc mis en place tout un volet éducatif de formation à la voile à destination de centaines de jeunes garçons et filles. Et, simultanément, elles ont entrepris de former les meilleurs marins à la compétition. Pour cela, Oman a fait appel à des experts et coureurs de haut niveau occidentaux, notamment Sidney Gavignet.

Le Français est le skipper du MOD 70 (trimaran monotype de 21 mètres), le plus gros bateau de la flotte omanaise. Joint par téléphone, Sidney Gavignet a bien voulu répondre aux questions de FRANCE 24.

Comment expliquez-vous la réussite des deux bateaux omanais qui finissent aux deux premières places de ces Extreme Sailing Series ?

Sidney Gavignet : Premièrement, ce sont des équipages d’un très bon niveau. Après, il faut tout de même savoir que ce sont des équipages mixtes et non 100 % omanais. Il y a un Omanais à bord de chaque bateau pour cinq équipiers au total. Mais les Omanais à bord sont bons.

Oman append à grande vitesse. Le sultanat essaye de rattraper le temps perdu, de combler son inexpérience. La voile est un sport complexe qui demande de l’expérience sur les effets du vent notamment et cela ne s’apprend pas en un an. Il y a aussi les règlements qui sont compliqués. Le retour de la voile à Oman date de quatre ans. Ce n’est rien du tout. C’est pour cela que le projet Oman Sail a décidé de mélanger des pros et des apprentis omanais.

Quel est votre rôle dans cette organisation ?

Sidney Gavignet

S. G. : Mon rôle de skipper est en partie de former des Omanais. Plus globalement, il y a plusieurs objectifs : performer, représenter le sponsor et, donc, ce côté pédagogique qui n’est pas toujours simple à aborder dans un contexte de haut niveau.

Comment en êtes-vous arrivez là ?

S. G. :J’ai un parcours assez international. J’ai fait 3 "Volvo Ocean Race" (course à la voile autour du monde en équipage et par étapes, ndlr) avec des équipages internationaux. Grâce à ce parcours, j’ai été approché par le sultanat et cela fait maintenant deux ans et demi que je collabore avec Oman.

Pouvez-vous nous parler du projet Oman Sail ?

S. G. : C’est un programme national. À Oman, les trois quarts de la population travaillent pour l’Etat. Deux tiers ont moins de 20 ans. L’Etat a du souci pour trouver des emplois pour tout le monde.

Oman Sail est donc un projet qui a pour objectif de créer des emplois. Il est mené en partenariat avec le tourisme omanais. Une partie des fonds provient justement du ministère du Tourisme.

Pourquoi l'État omanais a-t-il choisit la voile ?

S. G. : Oman compte plus de 1 700 kilomètres de côtes. Il y a une histoire aussi. Sinbad le marin venait du sultanat. Le navigateur arabe qui a permis à Vasco de Gama de rejoindre l’Asie et le Moyen-Orient depuis le Cap était également omanais. Il y a donc belle et bien une histoire de la voile à Oman. Mais cette tradition s’était arrêtée. Il n’y a par exemple pas de voile de loisir dans le sultanat.

Ce projet Oman Sail tient vraiment à cœur aux autorités du sultanat. Ils ont donc engagé en compétition un MOD 70 que je barre et deux catamarans sur le circuit mondial des Extreme 40. Mais également un M34 (monocoque monotype de 11 mètres) qui dispute le Tour de France à la voile, car l’Europe et la France sont des cibles pour Oman.

Oman Sail organisera aussi en février 2013 pour la troisième année consécutive une course de Farr 30 (monocoque monotype de 10 mètres) dans le golfe Persique baptisée Sailing Arabia The Tour. Par ailleurs, Oman Sail a mis sur pied un programme de voile destiné aux femmes.

Comment le programme de voile pour les femmes a-t-il été mis en place ?

S. G. : Les autorités du sultanat ont été confrontées à un problème, c’est qu’après avoir fréquenté les écoles de voile, les femmes arrêtaient. Maintenant, il existe des formatrices omanaises qui peuvent poursuivre la formation de ces femmes qui avaient arrêté. Le sultan a encouragé ce programme qui vise à aider les femmes à s’initier à la voile de compétition. Mais ce n’est pas en quelques années que le projet Oman Sail aboutira, mais plutôt en plusieurs dizaines d’années. 

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