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Avec "Lincoln", Spielberg donne corps à une légende américaine

DreamWorks Pictures

Sur les écrans français ce mercredi, "Lincoln" de Steven Spielberg retrace le combat que le 16e président américain livra pour l’abolition de l’esclavage. Un film minutieux sur les arcanes de la politique servi par un magistral Daniel Day-Lewis.

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Il lui aura fallu un an. Une année, dit-on, pour que Steven Spielberg parvienne à convaincre Daniel Day-Lewis de bien vouloir se couler dans la longiligne silhouette de ce monument de l’histoire des États-Unis, Abraham Lincoln.

Artiste exigeant et multi-récompensé, le comédien irlando-britannique est pourtant un habitué des rôles magistraux. Ses prestations de paralytique dans "My Left Foot" (1989) et de magnat du pétrole dans "There Will Be Blood" (2007) lui ont valu deux Oscars et le statut d’acteur habité. Mais pour un comédien, fût-il le plus doué de sa génération, la stature d’un Lincoln peut impressionner. "La dernière chose que je voulais était salir irrévocablement la réputation du plus grand président qu'ait connu l'Amérique", expliquait-il lors de la sortie du film en octobre dernier aux États-Unis.

Il aura sûrement fallu le prestige et, surtout, la détermination d’un Spielberg fasciné depuis sa plus tendre enfance par la figure tutélaire d’Abraham Lincoln pour persuader Day-Lewis d’accepter le défi. "Il a été dur à convaincre, confirmait le cinéaste. Mais s'il avait finalement dit non, je n'aurais pas fait le film."

Difficile effectivement d’imaginer un autre comédien incarner avec autant de conviction la légende Lincoln, même réduite à un épisode de sa vie. Car la dernière livraison de Spielberg, nommée pas moins de 12 fois aux prochains Oscars, n’est pas une biopic traversant, chapitre par chapitre, la vie d’un homme à l’exceptionnelle destinée, mais plutôt le récit minutieux et très documenté d’un combat politique qui a changé la face des États-Unis.

Haletante chronique politique

Inspiré de "Team of Rivals" de l’historienne Doris Kearns Goodwin (inédit en français), "Lincoln" ne recouvre que les derniers mois de la vie du 16e président des États-Unis, jeune pays alors en proie à une sanglante guerre civile (1861-1865). Des dernières heures pour le moins tumultueuses durant lesquelles le chef de l’État, alors fraîchement réélu, se convainc de pouvoir accélérer la résolution du conflit et rendre l’esclavage hors la loi. Mais, pour ce faire, le camp abolitionniste doit convaincre, au prix de longs bavardages ou de perfides chantages, les républicains indécis et les démocrates (pro-esclavagistes) corruptibles du caractère historique d'un tel bouleversement.

De cette conquête des voix qui permettraient à la Chambre des représentants de ratifier le 13e amendement à la Constitution marquant la fin de l’esclavage, Spielberg tire une haletante chronique politique qui reste d’une brûlante d’actualité.

Ces représentants ont beau porter hauts de forme et rouflaquettes, à les voir se scruter, s’invectiver et se déchirer dans l’hémicycle ou autour de la table de négociations, on ne peut s’empêcher de penser aux combats plus récents menés par les chefs d’État de la première puissance mondiale. Critiqué pour son empressement à vouloir faire passer sa réforme de l’assurance maladie, Barack Obama n’a-t-il pas dû user des mêmes stratagèmes et de la même force de persuasion pour faire adopter une disposition alors jugée trop coûteuse en ces temps de crise financière ?

Dans l’intimité de la Maison Blanche

Mais "Lincoln" ne dispense pas uniquement un cours de science politique. Il montre également le mythe dans son environnement quotidien, dans l’intimité d’une Maison Blanche poussiéreuse et comme éclairée à la bougie. Aussi le voit-on coucher son dernier né, se disputer avec son épouse Mary (Sally Field) hantée par la mort de deux de leurs enfants, jouer son rôle de père protecteur auprès de son fils Robert (Joseph Gordon-Levitt) ou délecter son auditoire de désopilantes anecdotes de politique politicienne. En faisant se mouvoir la statue dans d’aussi triviales activités, Spielberg donne davantage de profondeur au personnage.

Un parti pris loin d’être superfétatoire pour quiconque souhaite comprendre au mieux le vif émoi que suscita l’assassinat de Lincoln par un partisan sudiste le 15 avril 1865, quelques semaines après la promulgation du 13e amendement. Las, par ce malheureux épilogue, le réalisateur rompt avec la retenue qu’il avait jusqu’alors observée. Trompettes mortuaires, coups de tambour martiaux, posture quasi messianique du martyre sur son lit de mort… À Hollywood, on célébre rarement les héros de la nation sans excès de lyrisme.
 

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