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Des nervis islamistes accusés d'être derrière le meurtre de Chokri Belaïd

Facebook, site de la Ligue nationale de la protection de la révolution

Les Ligues de protection de la révolution, nées des comités de quartier apparus après la chute de Ben Ali, sont la cible des manifestants depuis la mort de Chokri Belaïd. L’opposition les considère comme le bras armé d’Ennahda.

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Les Ligues de protection de la révolution sont communément considérées comme le bras armé d’Ennahda, mais rien n’a jamais prouvé cette filiation. Les militants des LPR sont cependant nombreux à afficher leur proximité avec l’aile radicale du parti islamiste à la tête de la coalition au pouvoir. Sami Triki, membre du comité central d’Ennahda, interrogé par "Libération" en janvier, a d’ailleurs reconnu l’appartenance de certains partisans aux Ligues, mais a réfuté tout "lien organisationnel".

Le 5 février, la veille de son assassinat, l’opposant tunisien Chokri Belaïd dénonçait "des groupes au sein d'Ennahda qui poussent à la violence". Dans son collimateur : les Ligues de protection de la révolution (LPR), qu’il assimile à des groupuscules pro-islamistes à la solde d’Ennahda, le parti au pouvoir. "Rachid Ghannouchi [numéro un d’Ennahda, NDLR] considère que les Ligues sont la conscience de la nation. Sa défense des auteurs de la violence est donc claire. Tous ceux qui s'opposent à Ennahda en deviennent des cibles", avait-il poursuivi. Le lendemain, il était tué de trois balles tirées à bout portant devant son domicile. Immédiatement, les Ligues sont pointées du doigt et plusieurs de leurs locaux mis à sac, notamment à Siliana (centre).

À l’origine, les Ligues sont issues des comités citoyens constitués après la chute de l'ancien dictateur Ben Ali pour protéger des quartiers, des villes ou des villages. Mais face au déferlement de violence de ces derniers mois, qui leur est souvent imputé, et depuis l’assassinat de Chokri Belaïd, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander leur dissolution. Pour l’heure, seule la Ligue de Siliana a été dissoute.

Interrogé par "Jeune Afrique", le président du comité central de la Ligue de protection de la révolution, Mohamed Maalej, estime lui que rien ne justifie une dissolution de l’organisation. "Les débordements sont le fait d’individus et non de l’association", clame-t-il. Pourtant, ces groupuscules islamistes se sont illustrés depuis leur création en juin 2012 par des attaques ciblées contre l’opposition.

Attaques répétées

Le 18 octobre 2012, date de leur première apparition publique, elles organisent une marche à Tataouine pour "en finir avec les ennemis du peuple et de la révolution", visant notamment le parti Nidaa Tounes, que les militants de la LPR considèrent comme une réminiscence du parti du dictateur déchu Ben Ali. La manifestation dérape. Violemment passé à tabac, le leader de la section locale du parti, Lofti Nagued, y perd la vie.
 
Le 4 décembre, ce sont les membres du puissant syndicat de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) qui sont cette fois pris pour cible. Le siège du syndicat est attaqué de façon spectaculaire par plusieurs centaines d'islamistes armés de bâtons et de couteaux, souhaitant "épurer les rangs" de l’organisation syndicale. Fethi Debek, un responsable de l'UGTT, estime alors qu’il s’agit d’un "message d'Ennahda à l'adresse des syndicats".
 
Le 22 décembre, le parti Nidaa Tounes est de nouveau attaqué, cette fois à Djerba, dans l’hôtel où l’exécutif du parti se réunit pour marquer la fin du deuil de leur camarade, mort à Tatouine deux mois plus tôt. Des centaines de personnes, brandissant des pancartes hostiles à Nidaa Tounes, pénètrent dans la salle du meeting. L’attaque, d’une violence extrême, nécessite l’intervention de la police pour faire évacuer les membres du parti.

À cette liste d’agressions s’ajoute celle des menaces de mort proférées à l’encontre des figures de l’opposition et de membres d’organisations considérées comme contraires aux valeurs de la révolution.

 
L’Association tunisienne de soutien aux minorités s’est notamment attirée les foudres des Ligues en commémorant fin décembre la déportation des juifs tunisiens au cours de la Seconde Guerre mondiale. Les LPR, et des collectifs islamistes semblables comme la très virulente Kram, ont investi les réseaux sociaux. Des listes noires de personnalités "à éliminer" y circulent. Chokri Belaïd en faisait partie. Il avait récemment demandé une protection aux autorités. Elle lui avait été refusée.
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