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Deux ans après la chute de Moubarak, les Égyptiens réclament la justice sociale

Depuis la révolution, l’économie égyptienne est dans une situation critique : la livre égyptienne a atteint son plus bas niveau face au dollar, le chômage ne cesse d’augmenter, l’essence manque. La grogne sociale monte. Reportage.

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Il y a deux ans, jour pour jour, les manifestants de la Place Tahrir avaient raison d’Hosni Moubarak. Cet anniversaire est aujourd’hui terni par les violences politiques mais aussi par les difficultés économiques.

Dans le centre-ville du Caire, une fabrique de costumes réputée peine à assurer sa rentabilité. Pour le patron de la boutique, Ahmed Fayed, son entreprise est asphyxiée par le contexte politique et la crise économique, surtout depuis que la livre égyptienne a atteint son plus niveau face au dollar. "Les ventes chutent en centre-ville en raison de la tension qui agite Tahrir et dans les rues aux alentours, explique le chef d’entreprise. En termes de production, on est bien en-dessous de la moyenne. Cela fait deux ans, bientôt trois, que le dollar ne cesse d’augmenter. Donc ce que nous importons coûte cher et nous sommes amenés à travailler principalement avec des produits importés de Chine." Malgré ses difficultés, Ahmed est décidé à maintenir son entreprise familiale.

Heurts entre policiers et manifestants

À l'occasion du deuxième anniversaire de la chute de l'ancien président Hosni Moubarak, des Égyptiens sont descendus dans la rue, réclamant avec détermination des réformes politiques.

"La révolution continue", pouvait-on lire sur certaines pancartes, tandis que des manifestants scandaient "une fois le sang versé, il n'y a plus de légitimité".

La police a fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène pour disperser des groupes de manifestants qui lançaient des projectiles sur le palais d'al-Ittihadiya à Héliopolis, dans la banlieue du Caire, selon des images en direct de la télévision publique.

En début de soirée, les policiers anti-émeutes, dont beaucoup portaient des masques à gaz, avaient repoussé les contestataires de la grande avenue longeant le palais, mais certains se trouvaient toujours dans les rues adjacentes.

Des mouvements et partis de l'opposition ont appelé à manifester pour demander au président islamiste Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, un mouvement longtemps interdit, de mettre en application les objectifs de la révolte populaire qui lui a permis d'accéder au pouvoir.

En raison de la livre très faible face au dollar, les prix augmentent alors que les salaires baissent. Sans compter la pénurie d’essence. Dans un marché de la capitale, les vendeurs confirment la hausse des prix : "Avant, je vendais le kilo de tomates une livre, indique un maraîcher. Aujourd’hui, il est presque à deux livres". Résultat : les clients se font plus rares.

La colère sociale monte et de nombreux Égyptiens reprochent au président Morsi et aux Frères musulmans de ne pas être à la hauteur, indique Sonia Dridi, correspondante de FRANCE 24 au Caire. "Qu’est-ce qu’on va manger ? Tout est trop cher ! Honte sur Morsi ! Il est censé reconstruire le pays, pas le détruire !", lance cette femme qui accuse le président de s’occuper plus du pouvoir que l’économie.

"Le gouvernement n’a pas de plan économique"

Les Frères musulmans ont lancé un projet sur la reconstruction de l’Égypte pour marquer les deux ans de la révolution. Ils assurent avoir le soutien d’hommes d’affaires égyptiens et ont promis une série d’actions caritatives. Une stratégie critiquée par de nombreux économistes, à l’instar de Mohsen Salamony, professeur d’économie et directeur financier. "Le gouvernement n’a pas de plan économique, qu’est-ce qu’on va faire ?, s’insurge-t-il. Les Frères musulmans se sont trop concentrés sur la charité. Ils n’ont pas le savoir ou l’expérience pour diriger l’économie d’un pays comme l’Égypte."

Près de la moitié des Égyptiens vivent sous le seuil de pauvreté, et sont directement touchés par l’inflation, qui a augmenté de 30 % avec la chute de la livre égyptienne. Les plus démunis attendent toujours une réévaluation du salaire mensuel minimum, fixé en 2011 à 700 livres égyptiennes, soit 90 euros.

En deux ans, le taux de chômage est passé de 9 à 12%, et devrait dépasser les 14% cette année, selon les experts. Le tourisme, secteur clé de son économie, est en berne : il a chuté de 13 milliards de dollars (soit 9,7 milliards d'euros) en 2010 à environ 8,5 milliards de dollars (soit 6,3 milliards d'euros) aujourd’hui. Les autorités du Caire estiment que les conséquences de la révolution ont représenté un manque à gagner de 7,5 milliards d’euros entre 2011 et 2012.

Pour l’heure, le pays survit notamment grâce au Qatar, qui a injecté 5 milliards de dollars dans l’économie égyptienne, dont quatre ont été prêtés à la banque centrale. Mais l’aide du Fonds monétaire internationale est toujours en suspens. Pour Sonia Dridi, "si le gouvernement ne présente pas un plan rassurant, il va perdre la confiance des investisseurs et du peuple".

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