DIPLOMATIE

Attentat de Burgas : Washington exhorte l'Europe à sanctionner le Hezbollah

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Sept mois après l'attentat meurtrier commis en Bulgarie et imputé par Sofia au Hezbollah libanais, Washington et Tel-Aviv pressent l'Union européenne d'inscrire le parti de Hassan Nasrallah (photo) sur sa liste des organisations terroristes.

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Quand Jospin et Sarkozy qualifiaient le Hezbollah de "terroriste"

Lors d’un déplacement officiel en Israël en février 2000, le Premier ministre français d’alors, Lionel Jospin, avait déclaré : "La France condamne les attaques du Hezbollah et toutes les attaques terroristes qui peuvent être menées, [...] et notamment contre des soldats ou la population civile israélienne". Des propos qui lui avait valus, un jour plus tard, des jets de pierres et des insultes de la part de centaines de jeunes Palestiniens devant l'université de Bir Zeit, en Cisjordanie. À Paris, le président Jacques Chirac avait tancé son Premier ministre, en lui rappelant que "remettre en cause cette impartialité [de la diplomatie française, NDLR] serait porter atteinte à la crédibilité de notre politique étrangère".
 

De son côté et à plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy a qualifié le Hezbollah d’organisation "terroriste". En 2006, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, il avait déclaré que le parti chiite avait "pris le risque d'avoir une attitude terroriste" au cours du conflit qui avait opposé le mouvement libanais à Israël en 2006. Un an plus tard, lors de sa visite aux familles de soldats israéliens capturés au Liban, celui qui venait d’être élu à la présidence française avait souhaité que "le Hezbollah renonce à l'action terroriste". Pourtant c’est au cours de son mandat que le Quai d’Orsay avait organisé, en 2008, une conférence à la Celle-Saint-Cloud, où des représentants des principaux partis libanais, y compris le Hezbollah, avaient vainement tenté de renouer un dialogue interlibanais au point mort.

L’Union européenne (UE) va-t-elle, à l’instar des États-Unis et du Canada, inscrire le Hezbollah libanais sur sa "liste noire" des organisations terroristes ? Cette question se pose aujourd'hui, à la suite de l'attentat à la bombe commis en juillet dernier à l'aéroport de Burgas, en Bulgarie, et dans lequel cinq touristes israéliens et leur chauffeur bulgare ont péri. Après six mois d’enquête, Sofia a publiquement désigné la branche armée du mouvement politico-militaire chiite comme responsable de l’attaque. Des accusations rejetées en bloc par le "parti de Dieu ", qui dénonce une "campagne internationale de calomnies" menée par Israël contre lui.

Pressée par Washington et Tel-Aviv de sanctionner le mouvement de Hassan Nasrallah, l’Europe a abordé cette affaire, ce lundi, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE. Le chef de la diplomatie bulgare, Nikolaï Mladenov, devait y présenter les conclusions de l'enquête. En se rendant à cette réunion, il a déclaré à la presse que l'Europe devait prendre des mesures collectives contre le parti chiite.

L’UE divisée sur le Hezbollah

Les Européens devraient toutefois se donner le temps de la réflexion, car les 27 pays membres, qui doivent voter à l’unanimité l’inclusion du Hezbollah sur sa "liste noire", restent divisés sur cette démarche. Ainsi, les Pays-Bas et le Royaume-Uni plaident en faveur de l’inscription du mouvement sur la "liste noire" alors que la France et l’Italie se montrent plus réticentes, même si ni l'une ni l'autre n'ont publiquement fait de déclaration ferme sur cette question.

"Il faut voir quels sont les éléments de preuves que les Bulgares peuvent apporter à l'issue de cette enquête sur l'attentat de Bourgas, c'est-à-dire les conclusions fermes et définitives qu'ils pourraient porter à notre connaissance. Et en fonction de ça, s'engage alors une discussion au sein de l'Union européenne avec différentes options qui sont ouvertes et qui sont débattues à 27. Dont une éventuelle inscription du Hezbollah [sur la liste noire; NDLR]", déclarait récemment à RFI, Philippe Lalliot, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Paris et Rome estiment qu’une telle décision pourrait fragiliser le Liban, et implicitement mettre en péril leurs troupes qui constituent les deux principaux contingents de la Force intérimaire des Nations unies (Finul) au Sud-Liban, un fief du "parti de Dieu". "La bonne gestion de la présence de la Finul au Sud tient pour beaucoup à la bonne relation que les Occidentaux ont gardée avec le Hezbollah, en particulier la France", explique à l'AFP, Joseph Bahout, spécialiste du Moyen-Orient et professeur à l'Institut d'études politiques de Paris. Le classer comme organisation terroriste serait, selon l'expert, "se mettre dans une situation presque invivable".

Selon des sources diplomatiques européennes, une solution médiane consistant à sanctionner des responsables de "la branche militaire" du parti chiite, nommément pointée du doigt par les Bulgares, pourrait être adoptée. Une telle position a déjà été adoptée par le passé, lorsque le nom d'Imad Moughnieh, un chef militaire du Hezbollah figurait sur la "liste noire" européenne, jusqu'à son assassinat dans une voiture piégée, en 2008 à Damas.

Ce qui permettrait d’épargner son "aile politique", qui, au Liban, compte plusieurs ministres de l’actuel gouvernement ainsi que des députés siégeant au Parlement. En 2007, la France avait notamment invité des représentants du parti de Dieu à la réunion interlibanaise de la Celle-Saint-Cloud, près de Paris, et le Quai d'Orsay avait expliqué que la présence du Hezbollah, "acteur de la vie politique libanaise" et "invité à ce titre", ne "pos[ait] pas problème". Toutefois, selon les experts du mouvement chiite, il est impossible de distinguer la branche armée de la branche politique du Hezbollah, car le parti répond à un seul et unique commandement, à la tête duquel se trouve Hassan Nasrallah. 

Intense pression américaine

C’est également l’avis des États-Unis, qui se sont engagés dans une intense campagne diplomatique visant à convaincre leurs partenaires européens de frapper fort. Ce lundi, quelques heures avant la réunion des ministres de l’UE, le conseiller à la Sécurité nationale des États-Unis Thomas Donilon a publié une tribune dans le prestigieux New York Times pour les exhorter à faire preuve de fermeté à l'égard du parti chiite. "L’Europe soit maintenant agir collectivement et répondre avec résolution à cette attaque sur son sol en ajoutant le Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes", écrit-il, ajoutant que les Européens "ne peuvent plus continuer à ignorer la menace que pose ce groupe au continent et au monde". Selon lui, "c’est une illusion de dialoguer avec le Hezbollah comme s’il était un acteur politique responsable".

Début février le secrétaire d'État américain John Kerry avait appelé à "une action immédiate pour réprimer le Hezbollah", lors de sa première conversation téléphonique depuis sa nomination, avec son homologue européenne Catherine Ashton. "Depuis de nombreux mois, nous n'avons pas fait mystère sur notre désir de voir l'UE prendre des mesures plus fermes à l'égard du Hezbollah. Lady Ashton sait bien où nous voulons en venir", avait commenté la porte-parole de la diplomatie américaine, Victoria Nuland.

De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré mi-février espérer que les Européens "tirent les conclusions nécessaires" suite à cette attaque "perpétrée sur le sol de l’un des membres de l’UE". Anticipant l’adoption possible d’une solution médiane par Bruxelles, il avait insisté sur le fait qu’il n’y a "qu’un seul Hezbollah, il s’agit d’une seule organisation et d’un seul leadership".

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