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Adonis : "Avant, le régime était notre problème, aujourd'hui c'est la révolution"

Dans un entretien accordé en arabe à FRANCE 24, le poète syrien Adonis s’interroge sur les dérives des printemps arabes. Il revient aussi sur le soulèvement qui secoue son pays et qu’il refuse de soutenir, malgré des décennies d’opposition au régime.

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Il est considéré comme l’un des plus grands poètes arabes vivant. L’intellectuel syrien exilé depuis les années 1960 Adonis réaffirme ses critiques envers les révoltes arabes et encore plus pour ce qui est du soulèvement qui secoue son pays d’origine depuis près de deux ans.

Dans un rare entretien accordé à FRANCE 24, il fait part de ses réticences face à l’évolution qu’ont connue les printemps arabes. "Je n’étais pas hésitant sur les printemps arabes au départ, affirme-t-il ainsi. Mon hésitation a commencé quand le mouvement s’est teinté de religion, explique-t-il. Si, aujourd’hui, je me trouvais en Tunisie ou en Égypte, je me serai rangé du côté de Belaïd - l’opposant tunisien assassiné le 6 février - et des libéraux."

Mais, concernant la Syrie, le poète né en 1930 près de Lattaquié reste ferme. S’exprimant peu depuis le 15 mars 2011 - date du début du soulèvement -, lui, l’opposant de toujours au régime syrien, refuse d’apporter son soutien à l’opposition syrienne ou aux rebelles. Pour lui, "ce qui se passe en Syrie et qu’on appelle révolution n’en est pas une. Il se passe des choses contraires au principe même d’une révolution." Ces mots peuvent étonner dans la bouche de l’écrivain chantre de la liberté et de la défense des droits de l’Homme. Reste que, pour ce pacifiste, rien ne justifie la violence exercée par la rébellion qui a pris les armes face à la répression sanglante du régime de Bachar al-Assad. Nombre d’ONG rapporte fréquemment des exactions et des crimes commis par les combattants rebelles sur le terrain.

Adonis, de son vrai nom Ali Ahmad Saïd Esber, déplore en outre que l’opposition soit si divisée et n’ait pas de projet pour le pays. Enfin, il dénonce l’influence des puissances étrangères sur le mouvement. "Je suis contre la destruction du pays que soutiennent certains pays arabes et européens, sans oublier Israël", affirme-t-il.

"J’appelle l’opposition à adopter un projet clair basé sur le principe de laïcité"

"Une vraie révolution porte le pays, embrasse le peuple. En Syrie, on ne voit que meurtres et destructions. Ceux qui se disent révolutionnaires détruisent aussi le pays", se désole le poète, longtemps exilé au Liban, qui vit en France depuis 1985. "Depuis 1956, je n’ai eu de cesse de me battre contre ce régime du parti unique qui, pour moi, s'apparente à une forme de religion, rappelle-t-il. Mais mon combat est toujours resté démocratique et non-violent", souligne-t-il encore.

Le poète, de confession alaouite - la même que le président Assad -, estime qu’il ne peut y avoir de véritable révolution sans un projet qui comporte pour base le principe de laïcité."Il faut une séparation de l’État et de la religion pour pouvoir garantir l’égalité de tous les citoyens", soutient-il. Adonis estime aujourd’hui que la révolution en Syrie, même s’il rechigne à la nommer ainsi, est devenue elle-même un obstacle. "Nous avions par le passé un problème : c’était ce régime que nous connaissons. Mais aujourd’hui, notre problème, c’est la révolution."

Pour sortir de l’impasse, il appelle l’opposition à s’unir et "à adopter un projet clair pour le pays basé sur le principe de laïcité". À la question de savoir s’il pourrait participer à un éventuel dialogue, il répond que ce serait envisageable, "à la seule condition que l’invitation soit sincère et que de vrais penseurs y participent".

Plusieurs fois pressenti pour remporter le prix Nobel de littérature, Adonis a été le lauréat du prix Goethe en 2011, l’une des récompenses les plus prestigieuses du monde de la poésie décernée tous les trois ans en Allemagne à un artiste pour l’ensemble de son œuvre. Il est l’auteur de plus d’une quinzaine de recueils de poème et d’une dizaine d’essais. Parmi eux, Le livre des migrations, publié en 1982, ou encore Le Temps des villes, paru en 1990.
 

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