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La ville de Detroit au bord de la sortie de route

AFP

Le gouverneur républicain du Michigan souhaiterait mettre la capitale américaine de l'industrie automobile sous tutelle économique. Une décision qui, si elle était entérinée, constituerait une première pour une grande ville des États-Unis.

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Detroit fonce droit dans le mur. L’ombre de la faillite plane au-dessus du cœur historique de l’industrie automobile américaine qui s’étend sur 370 000 km2 et abrite plus de 700 000 personnes. Rick Snyder, le gouverneur républicain de l’État du Michigan, où se situe Detroit, a déclaré, vendredi 1er mars, que les finances de la 18e ville des États-Unis en termes de population était en “état urgence“.

“Il n’y a probablement aucune ville aux États-Unis qui doit affronter des défis financiers plus redoutables”, a-t-il annoncé évoquant la possibilité de nommer un administrateur spécial pour redresser la barre. Une décision qui pourrait intervenir dans les prochaines semaines. Detroit passerait alors sous tutelle de l’État du Michigan, une première pour une ville de cette taille dans l’histoire récente du pays.

Si Rick Snyder a ainsi tiré la sonnette d’alarme, c’est en raison d’un rapport accablant du 19 février. Un comité d’experts chargés d’étudier la situation économique de Detroit, y conclut que, sans intervention budgétaire musclée, le risque de faillite serait réel. Le trou budgétaire de la ville s’élève à plus de 300 millions de dollars et serait encore plus important si la municipalité n’avait pas emprunté à n’en plus finir pour faire tourner la machine. Problème : l'ardoise s'élève aujourd'hui à près de 14 milliards de dollars qu’il faudra bien rembourser un jour. Dans l’état actuel, d’après le rapport, les finances de la ville ne le lui permettent pas.

"Ville la plus misérables" des États-Unis

Car depuis une dizaine d’année, le paysage économique s’est considérablement dégradé à Detroit. Entre 2000 et 2010, la population a baissé de 25 %. Un exode qui prive la municipalité de rentrées fiscales vitales pour boucler ses budgets. Ils ont tous été déficitaires depuis 2006.

Certes depuis les faillites de General Motors et Chrysler, en 2009, l’industrie automobile locale a repris quelques couleurs. Mais ce redressement n’a pas suffi à rendre "Motor City" plus attractif. La ville arrive même en tête des grandes agglomérations “les plus misérables” des États-Unis, d’après un classement publié en février par le magazine américain Forbes. Elle a également le triste privilège d’être le lieu le moins sûr du pays avec plus de 1 000 crimes violents pour 100 000 habitants, d’après le FBI. Le prix de l’immobilier y a, en outre, chuté de 35 % en trois ans ce qui constitue la plus importante baisse aux États-Unis, tandis que le salaire moyen est 50 % en deçà du standard américain.

La mise sous tutelle de Detroit peut donc paraître logique. L’administrateur spécial qui serait nommé par le gouverneur aurait le pouvoir d’annuler les budgets, de décider des coupes à effectuer et de définir les priorités en termes de politique fiscale. Une sorte de super-maire spécialisé dans la traque aux économies.

Noirs contre blancs, démocrates contre républicains

Mais une telle nomination ne serait pas sans poser des problèmes de légitimité démocratique, comme le souligne le New York Times du vendredi 1er mars. “Si une personne a le pouvoir de désavouer tout ce que des personnalités élues ont décidé, il s’agit plus ou moins d’une dictature”, s’emporte, dans le célèbre quotidien, le révérend Wendell Anthony, de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), une association américaine de défense des minorités ethniques.

Le contexte politique au Michigan ne va probablement pas non plus faciliter une telle mise sous tutelle. Avec une population à 80 % noire et un maire démocrate, Dave Bing, Detroit risque de mal vivre la nomination d’un super-administrateur par une gouverneur blanc et républicain de surcroît. Les autorités locales ont ainsi 10 jours pour contester les conclusions du comité des “sages” sur les finances de la ville.

L’opposition au parachutage d’un expert en assainissement budgétaire est déjà devenu l’un des thèmes de prédilection des candidats aux élections municipales d’avril 2013. Deux d’entre eux ont ainsi affirmé, la semaine dernière, que le rapport noircissait à dessein les finances de la ville pour justifier une intervention du gouverneur républicain Rick Snyder, rapporte le quotidien local Detroit Free Press. Le maire, qui n’a pas encore décidé s’il se représentait, n’a pas pris position pour l’instant. Dave Bing s’est contenté d'affirmer qu’il “réfléchissait aux conséquences de la décision [de Rick Snyder] et aux alternatives”.

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