CENTRAFRIQUE

Michel Djotodia, le nouvel homme fort de Bangui

AFP

Le chef de la Séléka a pris les rênes en Centrafrique après que son mouvement a mis en fuite le président François Bozizé. Cet ancien fonctionnaire est l’un des leaders de la rébellion centrafricaine depuis huit ans. Portrait.

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Au moins treize militaires sud-africains ont été tués et 27 blessés dans des combats en République centrafricaine, a indiqué lundi le président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma, lors d'un point presse.

"Nos soldats ont payé le prix ultime au service de leur pays, l'Afrique. Nous leur rendons honneur", a déclaré Jacob Zuma, ajoutant que ces hommes déployés en soutien au président François Bozizé avaient combattu des "bandits". "Durant les combats, 13 de nos soldats sont tombés, et l'un est porté disparu", a-t-il précisé.

Il est désormais l’homme fort de Bangui. Michel Djotodia, leader de la rébellion Séléka, devrait confirmer qu’il prend la tête de la république centrafricaine lors d’une déclaration attendue lundi 25 mars.

S’emparant de la capitale lors d’une offensive rapide, les rebelles ont mis en fuite le président Bozizé, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale. Michel Djotodia s’est immédiatement montré rassurant, s’engageant à "rester toujours dans l’esprit de Libreville", en référence aux accords signés en janvier dernier qui avaient débouché sur la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Djotodia était alors devenu ministre de la Défense. Mais ces derniers jours, ses hommes ont repris les armes arguant du non-respect des accords. Dimanche, le leader a affirmé qu’il conserverait à son poste l'actuel Premier ministre du gouvernement d'union nationale Nicolas Tiangaye, figure de l'opposition à Bozizé, et qu'il organiserait des élections "libres et transparentes d'ici trois ans".

"D’immenses aspirations politiques"

Agé d'une soixantaine d'années, Djotodia est un ancien fonctionnaire et diplomate, passé dans la rébellion dont il est l'un des principaux animateurs depuis 2005. Originaire du nord-est du pays, il est notamment "connu comme un intellectuel qui maîtrise plusieurs langues", affirme Louisa Lombard, anthropologue spécialiste du nord de la Centrafrique sur l’antenne de RFI.

"Djotodia a fait ses études en Russie et a toujours eu d’immenses aspirations politiques, mais il n’avait pas eu beaucoup de succès jusqu’à présent", observe-t-elle, rappelant qu’il avait en vain brigué à deux reprises un siège de député.

Dans la nuit du 22 au 23 mars 2013 et dans la journée du 24 mars, environ 300 militaires français en provenance des Forces Françaises au Gabon (FFG) ont été déployés en République Centrafricaine (RCA) à Bangui, en mesure d’assurer si nécessaire la sécurité des ressortissants et des emprises diplomatiques françaises.

Il a également été consul de la Centrafrique au Sud-Darfour. Selon la chercheuse, c’est là-bas qu’il a fait la connaissance des rebelles tchadiens et d’autres hommes armés de la région, qui l’auraient aidé à devenir l’un des leaders de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), le groupe armé centrafricain apparu en 2006.

La Centrafrique, dont le sous-sol regorge de richesses minières, est enclavée entre le Tchad, le Soudan, la République démocratique du Congo (RDC), le Congo et le Cameroun. Arrivé au pouvoir par les armes en 2003, le président Bozizé, 66 ans, - un ancien proche de l'empereur Jean-Bedel Bokassa - avait été élu président en 2005 et réélu en 2011 au terme d'un scrutin très critiqué par l'opposition.

En prenant les rênes de la Centrafrique, Djotodia se met à la tête d’un pays instable, dont la majorité de la population vit avec moins de deux dollars par jour. "C’est maintenant que le plus dur commence", a ainsi réagi un membre de l’opposition après le coup de force de la Séléka.

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