PÉNINSULE CORÉENNE

La Corée du Nord n'a pas ordonné la fermeture de Kaesong, selon Séoul

AFP

La Corée du Nord aurait ordonné aux travailleurs sud-coréens de quitter le site de Kaesong d'ici le 10 avril et a franchi une étape dans les provocations en annonçant que les Américains pourront être "écrasés" par des frappes nucléaires.

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Les provocations et autres menaces se poursuivent entre les deux Corées. Pour la deuxième journée consécutive, Pyongyang a empêché jeudi matin l’accès au complexe de Kaesong à des centaines de salariés sud-coréens et a menacé d’évacuer ses 53 000 ouvriers du site.

"Si les marionnettes sud-coréennes et les médias conservateurs continuent à (nous) dénigrer, nous ordonnerons à tous nos ouvriers de nous retirer de Kaesong", a déclaré le Comité du Nord pour la réunification pacifique de la Corée, une agence gouvernementale chargée de la propagande.

Selon un porte-parole du comité, cité par l'agence de presse officielle nord-coréenne KCNA, il s'agit d'une mesure en réponse à l'avertissement lancé par Séoul prévoyant, si besoin, une option militaire d’urgence afin de protéger les travailleurs sud-coréens de Kaesong.

Ouvert en 2003, Kaesong, situé à 10 km à l'intérieur des frontières de la Corée du Nord, incarne l’ultime symbole d’une coopération économique fragile mais capitale entre les deux voisins rivaux. Précieuse source de devises étrangères pour le Nord, main d’œuvre à bas coût pour le Sud, le complexe est toujours resté ouvert malgré les crises répétées sur la péninsule, à l'exception d'une seule journée, en 2009. Pyongyang en avait bloqué l'accès pour protester contre des manœuvres militaires conjointes américano-sud-coréennes.

Les Sud-coréens sommés de partir dans les six jours

Outre les centaines d’employés empêchés d’accéder à Kaesong, quelque 800 cadres et ouvriers sud-coréens étaient toujours présents au sein du complexe jeudi, selon le ministère sud-coréen de la Réunification, en charge des affaires intercoréennes.

L'agence de presse sud-coréenne Yonhap rapporte que le Nord a ordonné à ces derniers de quitter les lieux d'ici le 10 avril. Un ultimatum que le gouvernement du Sud a démenti dans la foulée. "Les autorités du Nord ont simplement demandé à plusieurs entreprises présentes à Kaesong de leur soumettre une liste des employés devant repartir pour Séoul d'ici le 10 avril", a déclaré un porte-parole du ministère.

Une guerre pourrait éclater "aujourd'hui ou demain"

En parallèle, Pyongyang poursuit la surenchère militaire dans son bras de fer avec la Corée du Sud et les États-Unis . L'état-major général de l'armée nord-coréenne déclare informer officiellement Washington que les Américains seront "écrasés" par des "moyens de frappe nucléaire".

"L'opération impitoyable" des forces nord-coréennes "a été définitivement examinée et ratifiée", affirme l'armée, selon qui une guerre pourrait éclater "aujourd'hui ou demain".

"Les États-Unis feraient mieux de réfléchir sur la grave situation actuelle", ajoute-t-elle, jugeant que les vols de bombardiers B-52 et B-2 américains au-dessus de la Corée du Sud étaient à l'origine de l'aggravation de la crise.

Malgré l'essai jugé réussi d'un tir de missile en décembre, la Corée du Nord n'est pas considérée à ce stade capable de frapper directement le territoire américain. Mais Pyongyang a menacé de s'en prendre à Guam et Hawaii et pourrait frapper en Corée du Sud et au Japon où sont respectivement stationnés 28 500 et 50 000 militaires américains.

Un missile tiré par Pyongyang le 15 avril ?

Côté américain, certains cherchent à décrédibiliser les tentatives d’intimidation de Pyongyang jugées "une fois encore non constructives." "La Corée du Nord devrait arrêter ses menaces provocantes et plutôt essayer de se conformer à ses obligations internationales", a déclaré la porte-parole du Conseil national de sécurité, Caitlin Hayden.

Mais l'agence Yonhap et le quotidien japonais "Asahi Shimbun" ont parallèlement rapporté que le Nord semblait avoir positionné sur ses côtes est une batterie de missiles Musudan à moyenne portée (3 000 km). À cela s’ajoute les informations de plusieurs sources de renseignement militaire selon lesquelles le Nord pourrait tirer un missile le 15 avril, date anniversaire de la naissance du fondateur du régime communiste, Kim Il-Sung, mort en 1994.

Mercredi après-midi, le Pentagone a annoncé l'envoi d'une batterie antimissile THAAD sur Guam, d'où décollent les B-52 qui ont survolé la Corée du Sud. Cette défense s'ajoute à deux destroyers antimissile américains déployés dans le Pacifique occidental.

Pour le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel, qui s'est entretenu avec son homologue chinois Chang Wanquan, les provocations de Pyongyang posent un "grave et réel danger".

Six mois pour redémarrer le réacteur nucléaire

S'exprimant sous le sceau de l'anonymat, un responsable américain partage cet avis. Selon lui, il serait dangereux de sous-estimer Pyongyang en pensant notamment que le redémarrage du réacteur nucléaire du site Yongbyon constitue un "obstacle insurmontable" pour la Corée du Nord.

Siegfried Hecker, spécialiste des questions nucléaires à l'université de Stanford, est considéré comme le dernier Occidental à s'être rendu sur ce site, dont le réacteur est, selon lui, à l'arrêt depuis juillet 2007. Il estime que la Corée du Nord disposait d'un stock de 24 à 42 kg de plutonium lors de sa dernière visite dans ce pays en 2010, soit une quantité équivalant à environ quatre à huit bombes.

"S'ils redémarrent le réacteur, ce qui, j'estime, leur prendra au moins six mois, ils pourront fabriquer environ six kilogrammes de plutonium (environ la quantité pour une bombe) par an", dit-il dans une interview diffusée mardi sur le site internet de Stanford.

La Corée du Nord a déjà mis en veille puis redémarré ce réacteur par le passé. Elle avait ainsi fermé le site après la signature en 1994 d'un accord avec les États-Unis, qui avaient accepté de lui fournir en échange du mazout et de permettre la construction de réacteur à eau légère, rappelle Olli Heinonen, ancien responsable du département des contrôles au sein de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Avec dépêches

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