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Beate Zschäpe, la "fiancée nazie" devant les juges

AFP

Ce lundi s’ouvre en Allemagne le plus grand procès pour nazisme de l’après-guerre. Au cœur de l’affaire, Beate Zschäpe, 38 ans, accusée de neuf meurtres xénophobes entre 2000 et 2006, et de l’assassinat d’une policière en 2007.

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Elle a été surnommée "la fiancée nazie" par la presse allemande. Beate Zschäpe, seule survivante de la cellule terroriste du groupuscule néonazi NSU (Clandestinité national-socialiste), comparaît à partir de ce lundi devant le tribunal de Munich pour neuf meurtres xénophobes commis entre 2000 et 2006, et de celui d’une jeune policière, abattue de deux balles dans la tête en 2007. Elle est également soupçonnée d'être impliquée dans deux attentats contre des communautés étrangères et 15 braquages de banque. Quatre complices présumés comparaissent également à ses côtés. 

Depuis son arrestation, cette femme menue aux yeux bleus aujourd’hui âgée de 38 ans se mure dans le silence. Le 8 novembre 2011, c’est pourtant elle qui met fin à 14 années de vie clandestine en se rendant à la police. "Je suis celle que vous cherchez", indique-t-elle simplement en entrant dans le commissariat de la ville de Zwickau, dans l’est de l’Allemagne. Avant de se rendre, Beate Zschäpe a fait exploser l’appartement où elle habitait avec ses deux complices. Les enquêteurs retrouvent dans les décombres l’arme qui a servi à l’assassinat de huit restaurateurs turcs et d’un Grec dans les années 2000, ainsi qu’une vidéo revendiquant les crimes, dont celui d’une policière.
 
Suicide de ses deux compagnons : "Ma famille est morte"
 
Quatre jours plus tôt, le 4 novembre, ses deux compagnons de la NSU, Uwe Böhnhardt et Uwe Mundler, se sont donné la mort à la suite d’un braquage raté. Elle connaissait depuis des années ces deux hommes, avec lesquels elle a entretenu des liaisons amoureuses. Tous les trois s’étaient rencontrés dans un club de loisirs pour jeunes à Iéna, dans le centre de l'Allemagne, dans le début des années 90. Et c’est ensemble qu’ils s’étaient engagés dans les mouvements d’extrême droite en 1995, dans une ex-Allemagne de l’Est en prise avec une grave crise économique. "Ma famille est morte", déclare-t-elle aux enquêteurs lors de sa reddition, après le suicide de ses deux compagnons.
 
Focus : ouverture du procès de Beate Zschäpe

Et pour cause : le seul membre de sa famille biologique encore en vie est sa mère, mais elles ne se sont pas vues depuis de nombreuses années. Les deux femmes nourrissent, selon elle, des rapports tendus, dénués d’intérêt et d’affection. "Les opinions politiques de ma fille ne sont pas les seules raisons de notre éloignement, mais elles en étaient l’une des causes principales", témoigne la mère de Beate Zschäpe, citée dans les colonnes du magazine allemand "Der Spiegel".

 
Une enfance chaotique
 
Beate a principalement été élevée par ses grands-parents, dans les environs de Iéna. Quand elle naît, en 1975, c’est un choc : sa mère, étudiante, ne s’était pas rendu compte qu’elle était enceinte. Son père, un Roumain, ne la reconnaîtra jamais. La mère laisse le bébé à ses parents, et revient au bout d’un an se marier à Iéna avec un homme qui s’occupe de la fillette quelques années durant. Puis le couple se sépare, la mère de Beate se remarie et part vivre à une vingtaine de kilomètres d’Iéna, laissant de nouveau sa fille chez ses grand-parents. Au bout de cinq ans, ce dernier mariage tourne court également. Mère et fille vivent ensuite ensemble, dans un appartement de Iéna, où la jeune Beate, alors adolescente, suit des études d’horticulture. Et s’intègre petit à petit dans des mouvements d’extrême droite.
 
Lorsque la police débarque chez elle en 1996, la mère de Beate tombe des nues. Jamais sa fille n’a tenu de propos xénophobes ou racistes devant elle, jamais elle n’a évoqué ses sympathies d’extrême-droite. Pourtant, avec ses deux compagnons, elle a participé à la fondation d’un premier groupe néo-nazi, "les Confréries d’Iéna" et vient, toutes les semaines, grossir les meetings de THS, "la Ligue de protection de la patrie de Thuringe" (le länder où se trouve Iéna), un autre groupe néo-nazi alors fort de plusieurs centaines de militants selon les services de renseignements allemands.
 
Deux ans plus tard, en 1998, la vie de Beate Zschäpe et de ses deux acolytes bascule. Les services de renseignements découvrent un atelier de bombes artisanales dans un garage loué au nom de la jeune femme. Le trio entre alors dans la clandestinité, et les services de renseignements perdent rapidement sa trace.
 
Beate Zschäpe veut garder le silence pendant le procès
 
En l’espace de 13 ans, Beate Zschäpe se fait connaître sous une dizaine de fausses identités. Susann Dienelt, Silvia Rossberg, Lisa Pohl… et laisse une très bonne impression aux personnes qu’elle croise. "Quand elle entrait dans une pièce, vous oubliiez tous vos soucis", témoigne ainsi un voisin, citée par "Der Spiegel". "Je n’aurais jamais imaginé qu’elle était capable de tuer et de nourrir la haine à cette échelle", poursuit-il.
 
Le procès entamé aujourd’hui devrait durer plus de deux ans et demi. Quelque 600 témoins devraient défiler à la barre, au moins 77 personnes se sont portées partie civile, assistées par une cinquantaine d’avocats. Les plaignants ont souhaité que ce procès permette de faire la lumière sur les circonstances des meurtres xénophobes, qui visaient des petits commerçants. Les familles des victimes ont été accusées à tort, et jamais la piste raciste n'a, semble-t-il, été explorée sérieusement par les enquêteurs avant la reddition de Beate Zschäpe. Pour autant, ce procès – jugeant l’une des plus grosses affaires néo-nazies de l’après-guerre – pourrait fort ne pas satisfaire les attentes des victimes : l’accusée a fait savoir, par la voix de ses trois avocats, qu’elle ne s’exprimerait pas sur les faits qui lui sont reprochés.
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