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Pour les députés français, "la République ne reconnaît aucune race"

AFP

L’Assemblée nationale a adopté jeudi une proposition de loi du Front de gauche entraînant la suppression du mot "race" dans les textes de loi français. Une mesure critiquée par la droite qui redoute un coup de frein à la lutte contre le racisme.

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Prouver que la République française ne reconnaît l’existence d’aucune prétendue "race" : tel est le but de la proposition de loi, supprimant ce mot de la législation française, qui a été adoptée, jeudi 16 mai, par l’Assemblée nationale.

Sous l’égide du Front de gauche, les députés ont voté en faveur de la suppression du mot "race" dans neuf codes et 13 lois non codifiées, notamment dans le Code pénal, le Code de procédure pénale et la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Concrètement, le terme "race", qualifié de "concept aberrant, ayant servi de fondement aux pires idéologies" par le rapporteur de la proposition, Alfred Marie-Jeanne, sera retiré des textes, à l’exception des occurrences où il désigne des espèces animales.

Le mot "race" toujours présent dans la Constitution

"En décidant de supprimer la catégorie juridique de races, notre Assemblée contribue à faire avancer notre société au plan idéologique et pédagogique" a affirmé François Asensi, député du Front de gauche. La Garde des sceaux, Christiane Taubira, s’est quant à elle félicitée de ce changement avant tout symbolique : "C'est un compromis qui me paraît le meilleur possible".

Les élus de gauche rappellent toutefois qu’il ne s’agit que d’une "première étape". Lors de sa campagne pour l’élection présidentielle de 2012, François Hollande s’était en effet engagé à retirer le terme de la Constitution - le premier alinéa stipule : "la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion". "Il n'y a pas de place dans la République pour la race", avait déclaré le président.

Cependant, cette réforme de la Constitution semble ardue étant donné le peu de soutien apporté par l’opposition. Alors que tous les groupes de gauche se sont prononcés en faveur de ce changement, jeudi, les élus UMP se sont soit abstenus, soit opposés au texte. Les centristes de l’UDI ont, eux, été divisés.

Une suppression qui nuit à la lutte contre le racisme ?

Si certains élus de l’UMP reconnaissent les "bonnes intentions" de ce texte, ils sont nombreux à juger qu’il pose des problèmes sur le plan technique. "Supprimer ce mot dans la législation sans l'éliminer dans le bloc constitutionnel pose un problème juridique", a ainsi relevé Jean-Frédéric Poisson. Lionel Tardy a pour sa part stigmatisé cette démarche qui aboutit, selon lui, "aux idéologies totalitaires" : "On ne change pas la réalité en changeant les mots […] Vous gaspillez beaucoup de temps et d'énergie pour des chimères", a-t-il clamé.

Philippe Gome, membre du groupe UDI a lui voté le texte, ce qui ne l’empêche pas d’émettre des doutes : "Pensez-vous que supprimer un mot fera s'envoler la peste brune de la haine ordinaire ?" D'autres députés UDI se sont abstenus jugeant que le texte risquait affaiblir l'appareil juridique existant pour lutter contre le racisme.

Un argument auquel s’étaient préparés les défenseurs du projet. "Il ne s'agit pas de censurer la langue française et encore moins de créer un quelconque vide juridique qui risquerait d'affaiblir notre arsenal répressif contre les actes racistes", a déclaré François Asensi. Pour ne pas risquer, justement, de faire tomber l'incrimination de racisme, les députés socialistes ont fait adopter un amendement affirmant explicitement, dans l'article premier, que "la République combat le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie. Elle ne reconnaît l'existence d'aucune prétendue race".

Avec dépêches

 

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