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"Tourner 'Taxi Driver' aujourd'hui ? Impossible !"

Michael Phillips, à droite, sur la scène du Palais des Festivals
Michael Phillips, à droite, sur la scène du Palais des Festivals AFP/Getty Images

En 1976, le producteur Michael Phillips était à Cannes pour recevoir la Palme d’Or pour "Taxi Driver". Trente ans plus tard, le film serait impossible à monter aujourd'hui avec les studios hollywoodiens, affirme-t-il.

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Los Angeles

La première ébauche du poster de Taxi Driver
La première ébauche du poster de Taxi Driver ©Florence Gaillard

Dans le bureau du producteur américain Michael Phillips, une affiche avec un jeune Robert De Niro debout dans la nuit devant un taxi jaune. "C'est la première ébauche du poster pour 'Taxi Driver', explique-t-il. Finalement, on a préféré la photo en noir et blanc où l'on voit Bob marcher tête baissée dans les rues de New York..."

Dans la bibliothèque, des livres bien sûr, mais aussi une étagère avec une série de trophées, étonnamment placée devant une bouche d'aération. Parmi eux, la Palme d'Or 1976 pour le film désormais culte qui révéla le tandem Scorsese-De Niro. "Taxi Driver" est inscrit au catalogue de l'American Film Institute et ses dialogues - "Talkin' to me ?" - sont légendaires. Pourtant, affirme Michael Phillips, aucun studio ne prendrait aujourd'hui le risque d'investir sur cette histoire de vétéran tourmenté ni sur de jeunes inconnus.

Le règne du marketing

Aujourd’hui, dit-il, "un film est sauvé ou condamné dès le premier week-end de sa sortie aux États-Unis. S'il n'a pas fait assez d'entrées le dimanche soir, il est retiré des salles la semaine suivante. Avec la mondialisation des sorties, les équipes marketing sont aux commandes, elles investissent des millions de dollars dans la promotion et elles exigent des garanties de rentabilité : des stars, des super-héros, des séries..."

En comparaison, la décennie 1970 fait figure d'époque bénie. Une parenthèse entre l’âge d’or des majors et le diktat des blockbusters. Les équipes créatives des studios sont alors décisionnaires : elles parient sur quelques réalisateurs prometteurs. Ceux-ci disposent du "final cut" et s'inspirent à cette époque du cinéma d'auteur.

Pour Michael Phillips, "c'était l'époque des jeunes artistes, cinéphiles, qui connaissaient par cœur la Nouvelle Vague française et les films de Fellini et d'Antonioni. Avec Easy Rider en 1969, les studios comprennent que le temps des péplums et des comédies musicales est révolu. Mais ils ne savent pas encore où trouver les idées, ni comment recruter de nouveaux talents".

Le "Nouvel Hollywood"

Le producteur Michael Phillips devant la Palme d'or reçue en 1976 pour Taxi Driver.
Le producteur Michael Phillips devant la Palme d'or reçue en 1976 pour Taxi Driver. ©Florence Gaillard

Alors ils font confiance aux jeunes. Michael et son épouse Julia, originaires de New York, ont à peine 25 ans quand ils créent leur société de production avec un ami, Tony Bill. Ils misent toutes leurs économies sur quelques scénarios. L'un d'eux connaît un premier succès : c'est "L'Arnaque" écrit par David Ward et réalisé par George Roy Hill, avec Robert Redford et Paul Newman dans les rôles principaux. Le western remporte l'Oscar du meilleur film en 1973.

Les Phillips quittent la côte Est pour la Californie. Ils habitent une maison sur la plage au nord de Malibu, où se retrouve une communauté de cinéastes emblématique du "Nouvel Hollywood". Leurs voisins sont Brian De Palma, Al Pacino, Michael Douglas, Bruce Paltrow, Steven Spielberg, Martin Scorsese... "Aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd'hui, il y avait une vraie camaraderie entre nous, témoigne le producteur. Nous avions en commun l'amour du cinéma. Nous parlions de films toute la journée, nous échangions des idées et des scénarios."

Palme d’or sous les huées

C'est Brian De Palma qui apporte le script de Paul Schrader à Michael Phillips. Dès sa lecture, le producteur se passionne pour cette histoire d'ancien du Vietnam, qui se venge d'une société dans laquelle il ne trouve plus de repères... Mais il lui faut trois ans pour convaincre un studio de monter le film. "Finalement, Columbia Pictures s'est décidée en nous attribuant un petit budget. Pour ça, nous avons imposé Robert De Niro dans le rôle principal - alors que Scorsese voulait Harvey Keitel comme dans Mean Streets - et Cybill Shepherd, qui était très demandée à l'époque. Après, nous avons laissé Martin faire son travail de réalisateur jusqu'au bout."

"Taxi Driver" n'a pas connu de succès immédiat : d'abord interdit aux moins de 17 ans, il est resté plusieurs semaines à l'affiche avant d'être remarqué par la critique. Puis, il a bénéficié du bouche à oreille. Sélectionné au Festival de Cannes en 1976, le film suscite la controverse à cause de sa violence. Michael Phillips se souvient : "Quand Robert Wagner et Natalie Wood ont annoncé le vainqueur, la moitié de la salle a sifflé. Comme Martin Scorsese avait déjà quitté le festival, je suis allé chercher seul la Palme d'Or sous les huées du public".

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