MANIFESTATIONS EN TURQUIE

Le vice-Premier ministre turc présente ses excuses aux "victimes de violences"

Alors que les syndicats turcs ont appelé à une grève générale de deux jours à partir de ce mardi, le vice-Premier ministre Bülent Arinç a présenté ses excuses aux manifestants blessés.

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Lors de la 4e nuit consécutive de violences, la tension est montée d’un cran en Turquie. Lundi soir, un manifestant a été tué par balle à Hatay, dans le sud du pays. C’est le deuxième décès lié aux manifestations inédites qui secouent la Turquie pour protester contre le gouvernement islamo-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Un jeune homme avait, en effet, déjà été tué dimanche à Istanbul par une voiture ayant percuté la foule.

Le gouvernement a "tiré la leçon" des évènements

En réaction aux violences, le vice-Premier ministre turc, Bülent Arinç, a invité la population à mettre immédiatement fin aux manifestations, tout en affirmant que le gouvernement avait "tiré la leçon" des événements de ces derniers jours. Il s’est également excusé auprès des manifestants blessés. "Je présente mes excuses à tous ceux qui ont été victimes de violences parce qu'ils sont sensibles à la défense de l'environnement", a déclaré Bülent Arinç, lors d'une conférence de presse à l'issue d'un entretien avec le président turc, Abdullah Gül.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan - accusé de vouloir "islamiser" la société turque par les protestataires - est pour sa part resté ferme et a réfuté toute dérive autoritaire de son gouvernement. "Les manifestations n’ont pas eu lieu dans toutes les villes", a-t-il déclaré depuis le Maroc où il se trouve en déplacement officiel.

Le chef de gouvernement a même affirmé que la situation était en voie d’apaisement dans le pays. "Maintenant, la situation est plus calme. Et tout le monde reprend ses esprits. À mon retour [du Maroc], le calme régnera", a-t-il déclaré, impassible.

"Oui, nous sommes maintenant au printemps, mais nous ne le laisserons pas devenir un hiver", a-t-il ajouté dans une allusion au "Printemps arabe" avant d'accuser les manifestants d'être menés par des "extrémistes" ayant des "liens" avec l'étranger.

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"A mon retour, le calme règnera" (Erdogan)

Plus conciliant, le président turc, Abdullah Gül, a, quant à lui, appelé les manifestants au calme et pris le contre-pied du Premier ministre. "Il est tout à fait naturel d'exprimer des opinions différentes (...) dans des manifestations pacifiques", a-t-il déclaré.

Barricades place Taksim

Dans la nuit de lundi à mardi, les affrontements ont rapidement dégénéré, notamment dans les rues d’Istanbul et d’Ankara. Toujours aussi déterminés, les Stambouliotes ont envahi par milliers la place Taksim, brandissant des drapeaux turcs et scandant "Tayyip, démission !". Pour la première fois, les manifestants ont même tenté de construire des barricades pour empêcher la police d’accéder à la place.

Tirs de gaz lacrymogènes, de balles en caoutchouc, rues enfumées et enflammées... La police anti-émeute a dû, une nouvelle fois, avoir recours aux canons à eau pour disperser la foule.

Autre signe de l'aggravation de la situation, l'une des plus importantes confédérations syndicales turques, la Confédération des syndicats du secteur public (KESK), a appelé à une grève générale de deux jours à partir de ce mardi 4 juin pour dénoncer le recours à la "terreur" contre les contestataires. "La terreur exercée par l'État contre des manifestations totalement pacifiques se poursuit de telle façon qu'elle menace la vie des civils", a jugé le syndicat, marqué à gauche, qui revendique quelque 240 000 adhérents.

Avertissement populaire sérieux

Si le Premier ministre peut se permettre d’être confiant - il a été élu à près de 50 % des voix en juin 2011 et jouit toujours d’une grande popularité dans certaines régions de Turquie - les analystes n’en restent pas moins sceptiques et voient les contestations de ces derniers jours comme un avertissement populaire sérieux.

Les manifestations turques en images (cliquez pour agrandir)

"Erdogan peut encore rattraper la situation, estime Ali Kazancigil, politologue spécialiste de la Turquie et co-directeur de la revue géopolitique Anatoli, contacté par FRANCE 24. "Il faudrait qu’il adopte un comportement plus raisonnable, plus ouvert à la concertation, qu’il accepte de consulter davantage les différentes forces en présence, et les esprits s’apaiseront…"

Avec dépêches

 

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