FRANCE

Le terroriste Carlos condamné en appel à la perpétuité

AFP

Le terroriste pro-palestinien Carlos a été condamné en appel à la perpétuité pour 4 attentats commis en France en 1982 et 1983. Un verdict qui a été prononcé après une longue diatribe anti-impérialiste de l'accusé.

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Sans grande surprise, Ilich Sanchez Ramirez, dit "Carlos", a été condamné en appel à perpétuité avec 18 ans de sureté, mercredi 26 juin, par la cour d’assises de Paris. Le loquace terroriste vénézuélien de 63 ans est ainsi de nouveau reconnu coupable d’avoir commis quatre attentats sur le sol français en 1982 et 1983, ayant fait 11 morts et plus de 150 blessés. Ces attentats ont été perpétrés contre un train Paris -Toulouse, devant le siège du journal algérien "El Watan" rue Marbeuf à Paris, dans un TGV près de Tain-l'Hermitage, ainsi qu'à la gare Saint-Charles de Marseille. L'Allemande Christa Fröhlich, co-accusée dans cette affaire, a quant à elle été acquittée.

Vêtu d’un blouson de cuir et d’un polo Lacoste, Carlos, détenu en France depuis son arrestation au Soudan en 1994, est apparu impassible et silencieux à la lecture du verdict. "La condamnation à perpétuité ne change absolument rien pour moi," avait-il auparavant déclaré.

Pour l'homme surnommé "le Chacal", il y avait en effet peu de suspense et l'intérêt du procès résidait davantage dans les débats que dans le verdict. Il a d'ailleurs profité des dernières paroles qui lui ont été accordées conformément à la loi avant la délibération pour inonder l’audience de ses célèbres saillies anti-impérialistes. Pendant un peu plus de quatre heures, l'homme habitué aux discours interminables - il avait déjà monopolisé l'attention pendant près de cinq heures durant le procès en première instance en décembre 2011 - a ainsi fustigé les États-Unis, les vrais terroristes selon lui, quand lui même s'est décrit comme un combattant.

"Nous sommes des combattants, pas des terroristes"

Les États-Unis sont, d'après Carlos, des "assassins légaux", en référence à l'utilisation de drones en Irak notamment, par opposition à lui et aux membres de son organisation. "Nous ne sommes pas des terroristes, nous sommes des combattants de la liberté pour la bonne cause : la libération des Palestiniens," a-t-il martelé, tout en revendiquant, via son organisation, les meurtres de 1 500 personnes, dont des "dizaines de terroristes."

Anti-sioniste, ce musulman sunnite, comme il l'a rappelé à plusieurs reprises, s'est illustré, au cours des années 1970-1980, par des actions terroristes d'ampleur qui ont fait de lui l'ennemi public numéro un. Comme par exemple la prise d'otages spectaculaire au siège de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) à Vienne en 1975, au cours de laquelle son commando a exigé, et obtenu, qu'un avion lui soit affrété - attaque largement médiatisée dont il n'a jamais eu à répondre devant la justice. Il est également l'auteur d'un attentat au lance-roquettes contre des avions de la compagnie israélienne El Al à l'aéroport d'Orly en 1975 encore. "Je ne suis pas poursuivi pour cette attaque," lance-t-il, fier de pointer les incohérences d'une justice qu'il méprise, tout en jetant des coups d'œil à la maigre assemblée présente pour évaluer l'effet de ses mots.

Jean-Louis Bruguière, l'agent de la CIA

Une justice antiterroriste incarnée par l'ex-juge Jean-Louis Bruguière que Carlos s'attache soigneusement à discréditer. Selon lui, Jean-Louis Bruguière a "falsifié" des documents et a travaillé avec la CIA. Le Vénézuélien s'appuie dans son argumentaire sur une note datant du 24 janvier 2005, obtenue et diffusée par Wikileaks, évoquant un déjeuner du magistrat à l'ambassade américaine en France au cours duquel "un certain nombre de [ses] enquêtes" aurait été abordé, alors que Jean-Louis Bruguière était tenu au secret. "Il gagnait des salaires mirobolants en travaillant pour la CIA, mais cela ne gêne personne," a accusé Carlos, renversant les rôles. Une thèse qui l'a accompagné jusqu'à la dernière phrase de son monologue : "Je me suis exprimé, maintenant c'est à vous de dire si vous approuvez le travail des agents de la CIA".

Désormais privé de tribune, Carlos devra attendre quatre ans, date de la prochaine échéance judiciaire, pour exprimer à nouveau au grand jour ses convictions politiques. En 2017, en effet, doit s'ouvrir le procès de l'attaque à la grenade lancée contre le Drugstore de Saint-Germain, qui a fait deux morts en 1974, affirme l'avocat de Carlos, Me Vuillemin. Une histoire sans fin...

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