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Faustin Linyekula danse pour évacuer le passé du Congo-Kinshasa

Faustin Linyekula dans "Drums and Digging"
Faustin Linyekula dans "Drums and Digging" Alex Turnbull / FRANCE 24

Le jeune chorégraphe Faustin Linyekula fait revivre le passé du Congo-Kinshasa dans "Drums and Digging", sa dernière création présentée au festival d'Avignon. Il parvient ainsi à trouver des sources d'apaisement.

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C’est étrange de rencontrer Faustin Linyekula. Un homme de 39 ans à la silhouette de gamin et à la démarche discrète, avec une longue jupe noire et des yeux qui semblent embrasser le monde. Avec son regard d’enfant, ce chorégraphe et danseur contemple avec sévérité le Congo-Kinshasa, son passé tumultueux et ses ruines.

La troupe qu’il a fondée au Congo, il y a dix ans, à cheval entre Kinshasa et Kisangani, parcourt les scènes européennes pour présenter "Drums and Digging", son dernier spectacle. Il s’est arrêté dans le Cloître des Célestins à Avignon pour jouer cette chorégraphie contée, qui narre le projet fou de Mobutu : faire construire deux palais dans une petite ville de la forêt équatoriale, Gbadolite, non loin de la Centrafrique.

Sur scène, Faustin Linyekula et ses danseurs reconstituent l’architecture du palais perdu, dansent sur les rêves d’un pays idéal, pleurent les ruines et les espoirs envolés. Ils se remémorent aussi leurs premiers souvenirs de danse en cercle, cette danse réservée aux adultes, qu’enfants ils écoutaient la nuit, incapables de s’endormir.

"Le pays est assis sur des histoires de ruines et de violence"

Cela fait dix ans que Faustin Linyekula est de retour en RDC, après son exilé au Kenya, à cause des troubles politiques. Une décennie que les Studios Kabako, lieu de vie et de création pour sa troupe, ont été mis sur pied. "Je suis retourné vivre au Congo, et les choses n’avaient pas trop changé : le pays est assis sur des histoires de ruines et de violence. A un moment, ces histoires m’épuisent. Cette pièce pose la question : comment continuer ? D’où puis-je trouver un espace de paix ? Écrire devient une manière, pour citer Borges, d’apaiser le cours du temps", explique le danseur dans une interview à FRANCE 24.

Priscille Lafitte / FRANCE 24

La scène, la troupe, sont des lieux pour trouver des réponses aux blessures de la guerre. "C’est un concentré d’un monde possible. Comment je traite mes collaborateurs, comment on essaie d’être ensemble : c’est déjà une proposition d’un autre monde", confie le danseur.

C’est toute la richesse et le paradoxe de Linyekula : parler de violences en dansant avec douceur et sérénité, ou évoquer les ruines du Congo en reconstruisant un palais avec des costumes de fête en tissu wax, cousus par son oncle.

Alex Turnbull / FRANCE 24

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