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Alexandre, 28 ans : "Les employeurs ont peur de mon chômage de longue durée"

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Alexandre, Nantais de 28 ans licencié économique en 2009, peine depuis quatre ans à retrouver le chemin de l’emploi. Désabusé, taxé de paresse par certains, ce chômeur longue durée a décidé de relater ses mésaventures sur un blog. Portrait.

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Sur la Toile, il a choisi pour pseudo "Bad luck". Alexandre, un Nantais de 28 ans chômeur depuis quatre ans, estime que son parcours professionnel chaotique pâtit surtout d’un manque de chance. Pourtant, tout semblait bien parti pour cet élève studieux qui s’amuse désormais, d’un rire jaune, à s’autoproclamer "super-chômeur" dans un blog intitulé, avec ironie, "Vive le chômage !".

En optant pour une formation en marketing dans une petite école de commerce, puis une spécialisation en webmarketing, Alexandre ne pensait pas se retrouver sur le carreau. En 2007, une fois ses études terminées, il décroche assez rapidement un poste en CDI duquel il est licencié pour raisons économiques après un an et demi, aux prémices de la crise des "subprimes".

Situation inextricable ?

Au cours de la première année de chômage, les offres d’emploi et les entretiens se font rares. Lorsque, finalement, des opportunités se présentent, Alexandre est inactif depuis plus d’un an. Les recruteurs lui préfèrent déjà ses concurrents - des diplômés fraîchement sortis de l’école ou des candidats sur le marché du travail depuis moins longtemps que lui.

Très vite, donc, c’est "l’effet boule de neige". D’entretiens ratés en promesses d’emploi non tenues, il voit la perspective de remettre le pied à l’étrier s’éloigner. Il perd ses droits au chômage en mars 2011, se retrouve au RSA (Revenu de solidarité active) et revoit à la baisse ses envies d’indépendance. "Lorsque je travaillais, je mettais de l’argent de côté pour pouvoir partir de chez mes parents. Aujourd’hui, ce n’est plus envisageable et je vis toujours chez eux" avoue-t-il.

Désormais, avec quatre ans d’inactivité au compteur, Alexandre se traîne une réputation de fainéant, voire même de looser. "C’est pas toujours évident d’affronter le regard des autres quand on est au chômage. Il y a ceux qui vous soutiennent, bien sûr, mais pas uniquement. Il y a aussi ceux qui ont pitié. Et ceux qui vous jugent," décrit-il sur son blog. En colère, il relate un exemple de conversation présenté comme typique : "-Tu bosses en ce moment ? - Malheureusement non, je me suis fait licencier. - Ah mince ! Ça fait longtemps ? - Ça fait 1 mois / 6 mois / 1 an (rayez la mention inutile) - Ah. Mais… tu cherches autre chose ? "

Face aux recruteurs, c’est carrément l’incompréhension. "Les employeurs ont peur de mon chômage, ils se disent peut-être qu’après tous ces mois, je n’arriverai plus à me lever le matin pour aller au travail," confie-il amèrement à FRANCE 24.

"Deux fois plus de concurrence dans le Grand-Ouest qu’à Paris"

La raison de ce chômage longue durée ? Alexandre en rejette, pour partie, la responsabilité sur l’instabilité du webmarketing, l’un des premiers services concernés par les suppressions de postes dans une entreprise lorsque la situation financière est mauvaise, selon lui. Du côté des cabinets de recrutement, on admet que la crise a évidemment compliqué la situation. Mais pas uniquement. Le webmarketing, secteur en perpétuelle évolution, exige en effet une adaptation régulière des demandeurs d’emploi, selon Cindy Pavillon, spécialisée dans le recrutement à Nantes et Paris. "Une personne au chômage depuis longtemps n’est pas rédhibitoire en soit, mais il est vrai que retrouver un emploi va beaucoup dépendre de la capacité de cette personne à être ‘dans le coup’, à se tenir au courant de ce qui se fait," explique-t-elle à FRANCE 24.

En outre, la région nantaise, qu’Alexandre ne souhaite pas quitter, attire de nombreux candidats pour peu de postes. "Depuis deux ou trois ans, de plus en plus de personnes travaillant à Paris cherchent à quitter la capitale pour s’installer dans la région nantaise," commente Cindy Pavillon, tout en précisant que le phénomène s’observe également dans d’autres zones, comme le Sud. "Il y a deux fois plus de concurrence dans le Grand-Ouest qu’à Paris."

"Le rapport de force n’est pas du tout en ma faveur"

Par ailleurs, Alexandre reconnaît également quelques erreurs de parcours. "Si j’avais su, à l’époque, que cela durerait aussi longtemps, j’aurais fait autre chose, je serais parti un an à l’étranger, j’aurais fait une formation," confesse-t-il, tout en précisant qu’il a déjà suivi, bon gré mal gré, une session de réorientation via Pôle emploi, sans succès. Désormais, le jeune homme désabusé voit davantage un nouveau départ comme une perte de temps : "J’ai contracté un prêt pour payer mes études et j’ai suivi une formation particulière, je n’ai pas du tout envie de faire autre chose que ce à quoi j’ai été formé."

Des sacrifices, il estime en avoir fait suffisamment. "J’ai déjà revu à la baisse mes exigences en matière de salaire, je suis prêt à accepter un Smic. De toute façon, le rapport de force n’est pas du tout en ma faveur et l’important pour moi c’est de retrouver le marché du travail."

En attendant, Alexandre tente de rester optimiste. "Je dois m’en sortir, donc je me dis que je vais m’en sortir."

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