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REPORTAGE

Les médias égyptiens lancés dans la "guerre contre les Frères musulmans"

Mehdi Chebil - France 24
Texte par : Mehdi CHEBIL
7 mn

Alors que l’Égypte n’a jamais été aussi polarisée, les médias égyptiens présentent les partisans du président déchu Mohamed Morsi comme des terroristes en puissance, n'ayant aucune légitimité politique.

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, envoyé spécial au Caire

Les balles de l’armée ricochent sur l'immense minaret de la mosquée d’Al-Fath au Caire. Malgré la pixellisation de l’image zoomée, les Égyptiens devant leur poste de télévision ce samedi 17 août peuvent voir clairement l’étendue du chaos autour de la grande mosquée de la place Ramsès, alors occupée par des partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi.

 

 

Les soldats vident leurs chargeurs en direction du minaret où l’on devine un tireur islamiste retranché. À ce moment-là, apparaît sur les écrans de la chaîne privée de télévision Al-Nahar le bandeau "Egypt fights terrorism" ("L’Égypte combat le terrorisme").

"Pourquoi ils les laissent sortir ! Ces Frères musulmans vont aller foutre le bordel et casser des magasins un peu plus loin !" s’exclame devant sa télé le gérant d’un restaurant. La chaîne repasse des images prises un peu plus tôt, où des pro-Morsi, visiblement sonnés, sont escortés hors de la mosquée par des policiers qui les protègent d’une foule en colère.

Dénoncer le "terrorisme"

Au lendemain du "vendredi de la colère" des Frères musulmans, la version des évènements retranscrite par les journaux égyptiens se limite à dénoncer le "terrorisme" des partisans du président déchu. "La plupart des journalistes égyptiens ont le sentiment qu’ils doivent prendre part à la bataille en cours", confie à FRANCE 24 Ehab el-Zelaky, directeur des médias numériques du quotidien "Al-Masry al-Youm". "Normalement, les médias essayent d’observer et de rendre compte de ce qui se passe des deux côtés. Mais vu la situation actuelle, de nombreux journalistes préfèrent faire ce qu’ils considèrent comme leur devoir : soutenir l’État dans sa guerre contre les Frères musulmans", note le responsable éditorial égyptien.

Le parti pris est clairement visible dans les journaux (voir

Alors que dans la rue, les journaux égyptiens prennent fait et cause pour les autorités, les médias fidèles aux Frères musulmans donnent aussi leur version des événements. Absents des kiosques, ils sont accessibles en ligne.

Sur Ikhwan web, le site officiel du mouvement islamiste, on peut lire notamment des articles sur "l’emprisonnement de 157 partisans de Morsi à Alexandrie avec de fausses accusations", ainsi que "l’arrestation de 104 leaders de la coalition nationale islamiste à Assiout".

Le journal Liberté et Justice, organe officiel de la confrérie, dénonce pour sa part la violence des généraux égyptiens en publiant des photos de corps militants pro-Morsi tués lors des affrontements. Il reprend ainsi en Une une citation de Mohammed el-Beltagi, l’un des responsables des Frères musulmans : "La folie de Sissi mène le pays vers la guerre civile".

le diaporama ci-dessous). "L’Égypte sous le feu des Frères", peut-on lire par exemple dans le quotidien "Al-Akhbar", qui publie des images de bâtiments en feu, d’hommes cagoulés et armés, et d’un vieux barbu présentant un passeport étranger. Le ton est le même dans le journal pro-militaire "Al-Youm al-Sabeh", dont la une dénonce "les crimes des Frères musulmans lors du vendredi du terrorisme" sous des images glorifiant le général Abdel Fatah al-Sissi aux côtés de l’ancien président égyptien Gamal Abdel Nasser.

Aucun mot en revanche sur les quelque 20 000 manifestants, pacifiques dans une immense majorité, venus crier vendredi leur colère au sujet du massacre de Rabaa al-Adawiya le 14 août. Pas la moindre information non plus sur les scènes bouleversantes à l’intérieur de la mosquée al-Fath, dont les médias du monde entier se sont fait l’écho.

Tous les journaux rejettent sur les pro-Morsi la responsabilité des morts et des blessés - dont le nombre n’est quasiment jamais mentionné - en prenant parfois quelques libertés avec le déroulement des évènements. Le quotidien "Al-Shorouq" affirme ainsi que les forces de sécurité égyptiennes postées à proximité de la place Ramsès vendredi 16 août n’ont ouvert le feu qu’à 19h30, après la mort de quatre policiers. Or, les photos publiées par FRANCE 24 montrant des dizaines de corps sans vie à l’intérieur de la mosquée al-Fath ont été prises vers 16h30.

Agacé par les images de massacres à répétition diffusées dans la presse internationale, le porte-parole du président intérimaire a déclaré, samedi, ressentir "une amertume profonde devant la couverture internationale des évènements". Une amertume officielle qui, dans les rues du Caire, tourne rapidement à la colère contre les étrangers qui, selon eux, ne rapportent pas fidèlement les derniers exploits des forces armées égyptiennes dans leur "guerre contre le terrorisme".

 

 

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