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Affaire Borrel : un témoin clé interpellé au Yémen est menacé d'extradition

Benard Borrel a été retrouvé mort le 19 octobre 1995 à Djibouti.
Benard Borrel a été retrouvé mort le 19 octobre 1995 à Djibouti. AFP

L’affaire Borrel, du nom du juge français retrouvé mort en 1995 à Djibouti, pourrait connaître un nouveau rebondissement. Un témoin, qui avait mis en cause l’actuel président djiboutien, a été interpellé au Yémen et pourrait être extradé.

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Faut-il craindre de nouvelles tensions entre Paris et Djibouti ? Mohamed Saleh Alhoumekani, témoin clé de l’affaire Borrel, a été arrêté à Sanaa, au Yémen, où il se trouvait pour visiter des membres de famille. En 1999, cet ancien membre de la garde présidentielle, qui possède la double nationalité belgo-yéménite, avait mis en cause l’actuel président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh et son entourage dans la mort du magistrat français en 1995 à Djibouti.

Bernard Borrel, détaché à Djibouti en tant que conseiller technique du ministre djiboutien de la Justice, avait été retrouvé mort le 19 octobre 1995, le corps en partie carbonisé, en contrebas d'un ravin, à 80 kilomètres de la capitale. Les enquêteurs djiboutiens et français avaient privilégié dans un premier temps la thèse du suicide. Mais, en se basant sur de nouvelles expertises et témoignages, l'enquête française menée à Paris par la juge Sophie Clément privilégie désormais la thèse d'un assassinat.

Déjà condamné par contumace à Djibouti

Mohamed Saleh Alhoumekani, un de ceux qui ont évoqué cette thèse, a "été arrêté samedi à la demande des autorités djiboutiennes", croit savoir l’Association pour le respect des droits de l’homme à Djibouti (ARDHD). Dimanche, un haut responsable djiboutien "serait arrivé par vol spécial à Sanaa pour réclamer son extradition vers Djibouti", ajoute l’ARDHD. En 2004, l'homme a été condamné par contumace à un an de prison ferme et 1 million de francs djiboutiens d’amende (4 200 euros) pour dénonciation calomnieuse.

Officier dans la garde républicaine, Mohamed Saleh Alhoumekani avait mis en cause en 1999 auprès des autorités judiciaires françaises l'actuel président djiboutien et son entourage. Il avait affirmé avoir entendu, le jour de la mort de Bernard Borrel, cinq hommes déclarer à Ismaïl Omar Guelleh, alors directeur de cabinet de son prédécesseur, que le ''juge fouineur est mort'' et qu’''il n'y a pas de trace''. Le magistrat Borrel enquêtait, notamment, sur l’attentat du Café de Paris (en 1990), un lieu de rendez-vous de nombreux Français à Djibouti, qui avait fait un mort et 11 blessés.

La crainte d’une extradition vers Djibouti

Le ministère belge des Affaires étrangères n’avait pas encore confirmé lundi l’identité du ressortissant arrêté. Il a indiqué avoir été "informé" de l’arrestation d’un Belgo-yéménite "par des membres de la famille" et a promis de lui apporter "une aide consulaire habituelle". Lorsque sa famille avait été bannie de Djibouti et expulsée vers le Yémen, Mohamed Saleh Alhoumekani avait sollicité l'asile en Belgique où il est depuis domicilié et dont il a obtenu la nationalité.

"Nous n'avons pas beaucoup d'informations sur son interpellation", a indiqué Luc Cambier, avocat de Mohamed Saleh Alhoumekani. "Nous craignons qu'il ne soit prochainement extradé vers Djibouti, et donc pour sa sécurité. […] Nous avons alerté les autorités belges afin que la sécurité de monsieur Alhoumekani puisse être assurée", a-t-il indiqué. Dimanche, des informations relayées par l'agence de presse Belga indiquaient qu'un cousin de l'opposant avait pu lui rendre visite dans un local de la brigade criminelle à Sanaa. Il l'avait trouvé "en slip et présentant des hématomes".

Suicide ou assassinat ?

L'affaire Borrel a empoisonné pendant des années les relations entre Paris et son ex-colonie, où la France dispose de l'une de ses plus importantes bases militaires à l'étranger. Les autorités djiboutiennes ont toujours soutenu la thèse du suicide. Mais le 21 décembre, un militaire français en poste à Djibouti à l’époque des faits avait déclaré que l’armée française était informée, via des écoutes de la police djiboutienne, qu’il s’agissait bien d’un assassinat et non d’un suicide. Une déclaration immédiatement démentie par le ministre français de la Défense d'alors, Gérard Longuet. "C’est une affaire franco-française. Nous n’avons rien à faire dans cette histoire", continuait à affirmer le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh dans un entretien à France 24 le 22 novembre 2011.

Depuis 18 ans, la veuve du juge Borrel, Elisabeth Borrel, n’a de cesse de dénoncer la manipulation de la justice et exige la déclassification des documents pendant tout le temps où son mari a été en poste à Djibouti. Dès qu’elle a appris l’arrestation de Mohamed Saleh Alhoumekani, Elisabeth Borrel a pris contact avec les autorités françaises, selon Me Cambier.

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