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Témoignage : "Pour nous c'est mourir ici à Calais ou bien aller en Angleterre"

AFP

Un groupe d’une soixantaine de migrants syriens occupe l’accès au terminal ferry de Calais. Ils réclament le droit d’aller en Angleterre. Une quarantaine d'entre eux a entamé une grève de la faim. L’un d’eux livre à FRANCE 24 son témoignage.

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Mohamed Al Kayed fait partie de la soixantaine de migrants syriens qui depuis mercredi 3 octobre occupent l’accès au terminal ferry de Calais. Tous veulent gagner le Royaume-Uni pour y déposer une demande d’asile. Ils sont déterminés et quarante d’entre eux ont même entamé une grève de la faim. Mohamed est l’un d’eux. Joint au téléphone par FRANCE 24, il raconte son parcours et les difficultés rencontrées depuis qu’il a quitté la Syrie il y a un an.

"Je viens de Deraa, là où tout a commencé en mars 2011 [le mouvement de révolte

contre Bachar al-Assad, NDLR]. J’ai fui la Syrie depuis un an déjà pour aller d’abord en Jordanie, puis en Égypte, ensuite en Grèce, en Serbie, au Monténégro et en Italie avant d’arriver en France. Durant mon périple, j’ai passé deux mois à marcher. Je suis épuisé.

Mais tout cela n’est rien comparé à ce que nous vivons ici à Calais, mes compatriotes et moi. La police française nous traque véritablement. Partout où nous allons ils viennent nous chasser. À chaque fois qu’on a trouvé un lieu, ils nous ont expulsé. Nous dormions dans les rues, mais même cela ils nous empêchent de le faire. Ils nous ont même mis en garde à vue pendant 16 heures. Pour pouvoir sortir, ils nous ont fait signer des documents que nous ne comprenions pas car la plupart d’entre nous parlent anglais mais pas français. Ensuite, des interprètes nous ont expliqué que c’était des avis d’expulsion : pour ma part, selon les autorités françaises, je dois retourner en Syrie d’ici une semaine ! Nos conditions de vie sont inhumaines, on n’a pas d’endroit pour se laver ou même pour aller aux toilettes. J’ai honte de parler de ça mais c’est notre quotidien.

Nous on est pas là pour rester en France, ce qu’on veut c’est aller au Royaume-Uni. On a tous de la famille ou des amis là-bas. Pour ma part, mon père et mon frère sont à Londres où ils ont obtenu le statut de réfugié en moins d’un mois. Ils y sont allés clandestinement depuis Calais, comme je tente de le faire aussi. On a bien essayé d’obtenir un visa en règle auprès de l’ambassade britannique en Jordanie, en vain. On n’accorde que rarement des visas aux jeunes Syriens.

Aujourd’hui deux possibilités s’offrent à nous : mourir ici à Calais, ou bien aller en Angleterre. Nous interpellons les autorités britanniques pour qu’elles étudient notre cas. Nous voulons aussi lancer un appel aux représentants de la Coalition nationale syrienne (CNS) [la principale instance d’opposition] en France. N’est-ce pas eux qui sont censés nous représenter ? Où sont-ils ? Ne peuvent-ils rien faire pour nous ? Plaider notre cause auprès des autorités françaises ? Nous n’avons pas d’endroit où aller, et nous sommes traités comme des chiens ici ! Nous n’avons pas fui une dictature pour être réprimés de nouveau ! "
 

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