JUSTICE

La cour d'appel de Paris rejette l'extradition au Bénin de Patrice Talon

Thomas Boni Yayi, président du Bénin, et Patrice Talon.
Thomas Boni Yayi, président du Bénin, et Patrice Talon. DR
3 mn

La justice française refuse d'extrader au Bénin l'homme d'affaires Patrice Talon, accusé dans son pays d'avoir voulu empoisonner le président Thomas Boni Yayi. La cour estime que les conditions d'une justice équitable au Bénin ne sont pas réunies.

Publicité

La cour d'appel de Paris a rendu, mercredi 4 décembre, un avis défavorable à l'extradition au Bénin de l'homme d'affaires Patrice Talon, accusé dans son pays d'avoir fomenté un complot en 2012 pour éliminer le président Thomas Boni Yayi.

"Je suis heureux pour la démocratie chez moi. C'est un combat pour la démocratie au Bénin", s'est félicité Patrice Talon, venu assister au délibéré. "En France, on n'extrade pas quand la demande d'extradition n'est que le masque d'une persécution politique", a renchéri son avocat, Me William Bourdon.

Ancien proche du chef de l’État béninois, acteur incontournable dans les secteurs-clés du coton et du port de Cotonou, Patrice Talon, 55 ans, avait été accusé à la fin octobre 2012 d'avoir tenté, depuis l'étranger, d’empoisonner le président. À l'époque, il était déjà poursuivi au Bénin dans des affaires de malversations et avait fui son pays, avant d'être arrêté en France et placé sous contrôle judiciaire. Pour ses avocats, il est victime d'un "coup monté".

Produits toxiques

Selon l'accusation au Bénin, son plan aurait consisté à remplacer les médicaments du président par des produits toxiques et le complot aurait été déjoué in extremis. Des proches du président, dont son médecin personnel, sa nièce et gouvernante et un ancien ministre avaient été arrêtés en octobre 2012.

D'après Cotonou, les déclarations de ces complices présumés confondent Patrice Talon et son complice Olivier Boko, lui aussi réclamé par le Bénin, comme commanditaires de cette tentative avortée d'empoisonnement. Mais les suspects ont bénéficié, en mai 2013, d'un non-lieu général du juge d'instruction, confirmé par la cour d'appel de Cotonou.

Le juge Houssou demande l’asile politique aux États-Unis

Une décision de justice que l’accusation pense avoir été influencée par l’homme d’affaires. Quelques heures seulement après avoir prononcé son non-lieu, le juge Angelo Houssou avait été interpellé à la frontière nigériane avec 7 000 dollars en liquide, trois chéquiers, trois valises contenant ses effets personnels et un visa de trois ans pour les États-Unis. Placé depuis sous la surveillance des autorités béninoises, Angelou Houssou est toutefois parvenu à fuir le Bénin pour les États-Unis, où il a demandé l’asile politique, a-t-on appris lundi du gouvernement de Cotonou.

Le parquet général de Paris s’était prononcé, le 23 octobre, contre l’extradition en estimant que les conditions d'une justice équitable dans ce pays d'Afrique de l'Ouest n'étaient pas réunies. Le parquet général avait aussi relevé que la peine de mort n'avait pas disparu au Bénin, même si elle n'est plus appliquée.

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine