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La veuve du général Oufkir est décédée

Fatéma Oufkir en 1996
Fatéma Oufkir en 1996 AFP

La veuve du général Oufkir, accusé d'un coup d'État en 1972 contre Hassan II, est morte à l'âge de 78 ans. Après le "suicide" de son mari, Fatéma Oufkir avait été détenue pendant 19 ans en prison avec ses enfants dans le plus grand secret.

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La veuve du général Mohamed Oufkir, ancien numéro deux du Maroc et ministre de l’Intérieur sous Hassan II, est décédée dimanche 15 décembre dans une clinique de Casablanca. Comme le rapporte le site marocain H24info, Fatéma Oufkir est morte "suite à un arrêt cardiaque".

La vie de cette femme de 78 ans, ô combien dramatique, a été marquée par l’histoire du royaume chérifien. Des fastes du pouvoir aux geôles des prisons marocaines, où elle a croupi pendant près de 20 ans, Fatéma Oufkir a connu la richesse puis la disgrâce.

Au cœur du palais d’Hassan II

Née en 1935, cette Marocaine a vécu une enfance heureuse dans une famille de notable, dont le père était militaire de carrière. C’est à l’âge de 15 ans que sa vie bascule lorsqu’elle rencontre Mohamed Oufkir, lui aussi militaire, de quinze ans son aîné. "Oufkir est arrivé un soir de ramadan à la maison, il avait l’air bizarre. Dès qu’il m’a vue, il a décidé de m’épouser. C’était le premier homme de ma vie, il était affectueux, courageux, intègre", avait confié Fatéma Oufkir dans une interview à "Maroc Hebdo" en 2010.

Très vite, le couple gravit ensemble les échelons du pouvoir. Promu général, Mohamed Oufkir est connu pour sa fermeté. Il est chargé des affaires "délicates" de la royauté marocaine. En 1965, il est d’ailleurs mêlé à l’affaire Mehdi Ben Barka, dont il est accusé d’avoir participé à l’assassinat. La France le condamne alors par contumace aux travaux forcés à perpétuité. Devenu très puissant et indispensable au roi Hassan II, le général Oufkir accède à la fonction de Ministre de l’Intérieur en 1967. Au sein du palais, sa femme Fatéma, célèbre pour sa grande beauté, a ses entrées partout et mène une vie fastueuse. Même si le couple bat de l’aile et divorce, une première fois avant de se remarier, il se réconcilie autour de la naissance de leur dernier et sixième enfant Abdellatif en 1969.

"Ils nous ont tués à petit feu"

Mais en 1972, le destin de la famille bascule. Le 16 août, l’avion royal est mitraillé par trois avions de chasse lors d’un voyage retour de Paris. Hassan II échappe indemne à cette tentative d’attentat, mais il convoque le soir même son ministre de l’Intérieur, accusé d’avoir fomenté ce coup d’État. Mohamed Oufkir est ensuite retrouvé mort avec cinq balles dans le dos. Selon la version officielle, il se serait "suicidé".

La disgrâce de toute la famille Oufkir ne se fait pas attendre. Fatéma et ses enfants sont emprisonnés dans le plus grand secret par le roi Hassan II et dans des cachots sordides. Pendant dix neuf ans, ils se retrouvent coupés du monde. Fatéma est même séparée de cinq de ses six enfants pendant une décennie. "Ils nous ont tués à petit feu, les conditions de vie n’ont fait que s’aggraver graduellement. Nous avions de moins en moins de nourriture […] À Bir-Jdid, des portes blindées fermaient chaque cellule avec des petites lucarnes et pas d’électricité. L’aîné de mes fils a été enfermé tout seul de ses dix-neuf ans jusqu’à trente-trois ans ", avait-elle décrit à "Maroc Hebdo".

En 1987, quatre des enfants Oufkir réussissent à s’échapper. Au terme d’une évasion rocambolesque, ils font enfin connaitre leur situation au monde dans un message diffusé sur RFI. Mais leur calvaire n’est pas terminé pour autant. Hassan II décide de maintenir la famille en résidence surveillée à Marrakech jusqu’en 1991.

Entre crainte et admiration

Enfin libre, Fatéma Oufkir publie ses mémoires en 2000 sous le titre des "Jardins du Roi", tout comme l'une de ses filles, Malika, avec un livre plus médiatisée "La Prisonnière". Même si sa vie a été brisée par ces longues années de détention, la veuve du général Oufkir est restée profondément monarchiste. En 1999 dans les pages de "Libération", à la mort d’Hassan II, elle reconnaissait même des qualités à son "bourreau". 

"Les grands personnages peuvent souvent se montrer les plus petits pour certaines histoires. Il nous a fait subir ce qu’il nous a fait subir, parce qu’il se sentait en danger. Tout s’effritait sous ses pas et des gens de confiance le trahissaient. […] Mais la mesquinerie était surtout celle de certains dans son entourage, qui nous laissaient dépérir par la faim et l’absence de soins. Hassan II a été l’un des plus grands patriotes de l’histoire du Maroc."

Après avoir vécu quelques années à Paris, la veuve du Général avait choisi depuis 2003 de revenir dans son pays. Toujours très attentive à la situation politique, elle se désolait de n’avoir pu rencontrer ces dernières années le roi Mohammed VI. "J’aimerais bien, mais il ne veut pas. On l’a éduqué avec l’idée que nous étions les ennemis de la famille royale", avait-elle expliqué dans l’un de ses derniers entretiens publié en 2011 dans le magazine "Actuel".

Fatéma Oufkir aurait voulu lui glisser quelques conseils sur l’avenir du Maroc. "On fait du surplace. Il y a eu des avancées, mais certaines choses reviennent en arrière. La corruption est plus grave que ce qu’elle était, les gens n’ont plus peur de rien, ils sont indisciplinées, ne respectent pas les lois, le code de la route. On sent que quelque chose bouillonne. Les gens veulent plus de liberté… Mais comment installer la démocratie ? Ça ne s’écrit pas sur un papier", concluait-elle avec un brin de pessimisme.

 

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