Accéder au contenu principal

"Le Qatar semble être rentré dans le rang"

L'émir Tamim ben Hamad al-Thani.
L'émir Tamim ben Hamad al-Thani. AFP

Depuis l’arrivée au pouvoir du nouvel émir il y a six mois, la donne commence à changer au Qatar, qui se fait beaucoup plus discret sur le plan diplomatique. Décryptage de Karim Sader, politologue spécialiste des pays du Golfe.

Publicité

Au pouvoir depuis juin, le nouvel émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, a mené une transition politique en douceur. Omniprésent sur la scène internationale, notamment à la faveur des Printemps arabes, l’émirat gazier se fait beaucoup plus discret. Pis, "il semble être rentré dans le rang", affirme à FRANCE 24 le politologue Karim Sader, spécialiste des pays du Golfe. Il décrypte la nouvelle donne qatarie, à deux jours d’un important discours qui sera prononcé par l’émir à l’occasion de la fête nationale.

 
FRANCE 24 : Depuis l’arrivée du nouvel émir, le Qatar se fait plus discret sur la scène diplomatique. Comment expliquez-vous ce changement de politique ?
 
Karim Sader : Plutôt que de changements, il faut parler de réajustements qui ont été initiés par le nouvel émir, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani. Car force est de constater que la machine diplomatique du Qatar s’est essoufflée dans la mesure où ce pays a voulu endosser un costume qui était beaucoup trop grand pour lui. Son activisme diplomatique tout azimut, qui était en cours, plus particulièrement depuis les Printemps arabes, a fini par écorner son image. La carte des Frères musulmans sur laquelle Doha avait parié s’est avérée être un échec cuisant, compte tenu de la débâcle de la confrérie en Égypte, et dans une moindre mesure en Tunisie. Sans compter l’échec de la stratégie qatarie en Syrie, qui s’est révélée infructueuse au point de se laisser largement devancer par l’Arabie saoudite sur le dossier de l’opposition syrienne. À la lumière de ces déboires, et depuis l’arrivée au pouvoir du nouvel émir, le Qatar semble être rentré dans le rang.
 
Après avoir joué dans la cour des grands, quel peut être désormais le rôle du Qatar?
 
K.S. : La politique jusqu’au-boutiste menée ces dernières années étant désormais reléguée au second plan, la diplomatie de l'émirat s’est recentrée sur la région du Golfe. C’est un point essentiel de l’agenda du nouveau pouvoir, qui a pris conscience qu’il valait mieux que le pays recouvre son rôle traditionnel de médiateur. Lequel l’oblige à mener une diplomatie modérée plutôt qu’interventionniste. La volonté du nouvel émir est de poursuivre le réchauffement avec le puissant voisin saoudien et le reste du voisinage du Golfe, particulièrement échaudé par le soutien du Qatar à la confrérie des Frères musulmans, qui leur sont traditionnellement hostiles. 
 
Quelles sont, sur le plan intérieur, les priorités du nouvel émir ? Y a-t-il une "méthode Tamim" ?
 
K.S. : La politique intérieure est incontestablement la priorité du nouvel émir, et depuis son intronisation certains réajustements ont déjà eu lieu. Tout juste âgé de 33 ans, il a la lourde tâche de gérer l’héritage transmis par son père, à commencer par les chantiers pharaoniques d’infrastructures, dont celui de la Coupe du monde de football de 2022. Pour ce faire, et c’est là le principal changement à relever, car de nombreux projets accusent du retard à cause d’une mauvaise gestion conduite par l’ancien gouvernement, l’émir s’est entouré d’une équipe de cadres rigoureux et loyaux. À l’instar du nouveau Premier ministre et ministre de l’Intérieur Abdallah Ben Nasser al-Thani. Dénué de toute ambition politique et économique, ce dernier représente en effet une sorte d’antithèse de l’ancien Premier ministre, le cheikh Hamad ben Jassem, qui incarnait à la fois la puissance diplomatique et financière du pays. La "success story" du Qatar, marquée par une croissance économique spectaculaire, avait généré un phénomène de corruption et de clientélisme que le nouvel émir entend éradiquer. Enfin, l’intégration de la jeunesse qatarie sur le marché du travail est sans nul doute l’autre priorité du nouveau pouvoir. D’où la "nationalisation" de certains postes du secteur économique, qui étaient jusqu’ici confiés de préférence à des étrangers.
Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.