RÉTRO 2013

Sexe, gros salaires et guéguerre de stars… l’année cinéma en six films

Baoqiang Wang, Adèle Exarchopoulos et Jamie Foxx
Baoqiang Wang, Adèle Exarchopoulos et Jamie Foxx

Scènes de sexe explicites dans le cinéma français, blockbusters hollywoodiens à la peine, brouille Kechiche-Seydoux, rémunération des acteurs dans l'Hexagone… Tour d’horizon de ce qui a fait l’actualité cinéma en 2013.

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- Tout ce que vous avez voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander

Chéri ou moqué pour son peu de pudeur en matière de sexe, le cinéma français a, en 2013, une nouvelle fois manifesté son appétence pour les intrigues d’alcôve. Et démontré qu’il n’avait pas son pareil pour se laisser aller aux plaisirs de la chair. Ce n’est sûrement pas une coïncidence si la plupart des réalisateurs hexagonaux ayant récolté, cette année, le plus grand nombre de suffrages auprès de la presse internationale sont ceux qui ont placé au centre de leur dramaturgie la sexualité dans ce qu’elle a, parfois, de plus tabou.

Avec "Jeune et jolie", François Ozon s’est risqué sur le terrain glissant de la prostitution juvénile, en mettant en scène les déboires d’une adolescente bien née (Marine Vacht) vendant son corps non par nécessité mais par plaisir. Le Franco-Polonais Roman Polanski s’est attaqué, lui, à un classique de la littérature érotique en signant "La Vénus à la fourrure", espiègle et sensuel face-à-face entre Mathieu Amalric et Emmanuelle Seigner inspiré du célèbre roman du père du masochisme, Léopold von Sacher-Masoch. Le temps d’une orgie, Yann Gonzales s’est employé, avec "Les Rencontres d’après minuit", à esthétiser les mœurs légères d’anonymes répondant aux tendres noms de "la Chienne" (Julie Brémond), "l’Étalon" (Éric Cantona) ou encore "l’Adolescent" (Alain-Fabien Delon).

Mais davantage que les thèmes abordés, c’est la représentation de l’acte sexuel qui a marqué les esprits les plus chastes comme les plus libérés. Avec "Mes séances de lutte", Jacques Doillon s’est glissé dans l’intimité d’un couple (James Thiérrée et Sara Forestier) se livrant à des corps-à-corps d’un érotisme violent. Dans cette sublime Palme d’or qu’est "La Vie d’Adèle", la passion naissante entre les deux héroïnes (Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux) se donne également à voir dans son aspect le plus charnel. Près de 10 minutes d’exaltations sexuelles très explicites qui, loin de répondre à la volonté de choquer, s’inscrivent pleinement dans la déconcertante faculté d’Abdellatif Kechiche de capter des moments de vérité en filmant au plus près et dans la longueur.

Une exigence à laquelle Alain Guiraudie s’est lui aussi soumis avec "L’Inconnu du lac", glaçant thriller sentimental malgré les incandescentes scènes d’amour homosexuel très crues qui le jalonnent. "Je voulais reconnecter le sexe non simulé avec la parole, le mettre dans l’histoire, expliquait à FRANCE 24 le cinéaste au moment de la sortie du film. La pornographie ne devrait pas avoir le monopole du sexe."

- Histoire(s) du cinéma

Si en France on fait l’amour, aux États-Unis on fait la guerre. Tout du moins en parle-t-on. Comme à son habitude, le cinéma hollywoodien a sorti les manuels scolaires soit pour glorifier les grands hommes qui ont fait l’Amérique, soit pour revisiter, dans un élan cathartique, les heures sombres de l’Histoire du pays.

Steven Spielberg a envoyé le premier coup de canon avec "Lincoln", biopic très inspiré d’un chef d’État qui ne l’était pas moins. Un rôle sur mesure pour Daniel Day-Lewis, récipiendaire d’un troisième Oscar pour son impeccable prestation en chapeau haut-de- forme. Un peu plus en avant sur la frise chronologique, l’impétueux et sanguinolent western "Django Unchained" de Quentin Tarantino a embarqué vers le Sud esclavagiste, où un affranchi (Jamie Foxx), cornaqué d’un retors chasseur de primes (Christoph Waltz), part libérer sa dulcinée du joug d’un riche et cruel propriétaire terrien (Leonaro DiCaprio).

Plus consensuel, "Le Majordome" de Lee Daniels s’est attaché à explorer l’histoire contemporaine des Afro-Américains à travers le récit – inspiré de faits réels cette fois-ci – du domestique noir de la Maison Blanche (Forest Whitaker) qui travailla, de 1953 à 1986, sous l’autorité de sept présidents.

Est-ce parce que les faits qu’il relate sont plus récents que "Zero Dark Thirty" a provoqué tant de remous ? Haletante chronique de l’obsessionnelle traque menée par une agent de la CIA (Jessica Chastain) pour débusquer Ben Laden, le film de Kathryn Bigelow fut – injustement – accusé de légitimer l’usage de la torture. Peut-être les contempteurs eurent-ils jugé préférable que la réalisatrice taise cet aspect peu glorieux de la guerre contre le terrorisme… Le cinéma américain, dont on vante la propension à se pencher avec célérité sur l’histoire récente de son pays, en aurait égratigné son image.

- Les Tribulations d’un Chinois en Chine

Sous d’autres latitudes, il demeure plus difficile de délivrer sa vision du monde. Comme en cette Chine où toute une génération d’auteurs engagés tourne des films davantage réservés aux festivals internationaux qu’aux salles de cinéma nationales. Prix du scénario du dernier festival de Cannes, le puissant "A Touch of Sin" n’a pas passé l’examen du comité de censure du puissant Parti communiste. Les compatriotes du réalisateur Jia Zhangke ne verront donc pas son impitoyable western contemporain qui dépeint, au travers du destin de quatre laissés-pour-compte du miracle économique, les ravages du capitalisme sauvage.

Avec "People Mountain People Sea", Cai Shangjun s’est exposé lui aussi à la censure de Pékin. Cette chasse à l’homme vengeresse, sur fond de misère sociale, n’a été distribuée en France que cette année, soit deux ans après sa présentation à la Mostra de Venise. L’occasion pour le public hexagonal de mesurer, encore une fois, toute la colère de ces cinéastes engagés dans une scrupuleuse et sévère auscultation de la Chine d’aujourd’hui.

Il ne faut pas croire que les autorités de Pékin dénigrent pour autant le septième art. Le régime y voit même un moyen de faire rayonner la culture – officielle – chinoise. En septembre 2013, un riche homme d’affaires du pays a lancé, dans la ville portuaire de Qingdao, une pharaonique cité du cinéma destinée à rivaliser avec Hollywood. Dès 2016, ce "Chinawood" devrait accueillir un festival d’envergure internationale afin de, comble de l’ironie, "remédier à l'absence de films chinois à visibilité mondiale".

- Le déclin de l’empire américain

Avant que la Chine ne devienne cette puissance culturelle qu’elle ambitionne d’être, Hollywood aura tout le loisir de faire son aggiornamento. Promis à un bel avenir au box-office, les grosses productions telles que "Pacific Rim", "Lone Ranger", "White House Down" ou encore "After Earth" n’ont pas rapporté les succès escomptés. Des flops en série qui pourraient remettre en cause le modèle de production XXL si cher aux studios américains.

Steven Spielberg et Georges Lucas ont eux-mêmes prédit la fin imminente de cet âge d’or du blockbuster. Selon les deux réalisateurs, les budgets de plus en plus pantagruéliques des films de studio menacent tout le système. "Il y aura sans doute une grosse explosion. Ou plutôt une implosion, lorsque trois, quatre ou six films aux budgets énormes se crasheront et on changera de paradigme pour de bon", a annoncé cette année le père d’"E.T." devant des étudiants d’une université californienne.

Hollywood trouvera-t-il son salut dans la 3D ? Après moult essais aussi inutiles qu’infructueux, cette technologie semble avoir trouvé son modèle d’utilisation avec l’expérience visuelle de "Gravity". Énorme succès au box-office, la balade spatiale d’Alfonso Cuaron peut constituer une piste pour les studios américains en mal d’entrées. Nul doute que ces derniers ne sont pas restés insensibles à la capacité du réalisateur mexicain à allier prouesses technologiques et bonnes vieilles recettes tire-larmes hollywoodiennes.

- Que les gros salaires lèvent le doigt !

En France, c’est l’hypertrophie des rémunérations accordées aux comédiens qui est présentée par certains comme la cause des maux touchant le cinéma hexagonal. Fin 2012, le distributeur et producteur Vincent Maraval tire la première salve d’une polémique qui durera une partie de 2013. Dans une virulente tribune publiée dans "Le Monde", le co-fondateur de la société Wild Bunch (1 600 films au catalogue) s’alarme du fait que les substantiels salaires des acteurs grèvent le budget déjà important des films français. Et de citer nommément Dany Boon, François-Xavier Demaison, Marilou Berry ou encore Daniel Auteuil… Ambiance.

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Les acteurs français sont-ils trop payés ?

Pour d’autres, le coût élevé de la production est davantage dû à une convention collective certes avantageuse pour les techniciens mais par trop contraignante pour les réalisateurs. "Des journées de travail de huit heures dans le cinéma par exemple, c'est un non-sens. En travaillant 11 heures, on réduirait la durée des tournages et le coût des films", plaide ainsi le cinéaste Bertrand Bonello dans une tribune au "Monde".

- La guerre est déclarée

L’autre grande affaire qui a secoué le cinéma français en 2013 s’est jouée à deux. Après des noces célébrées avec force larmes et sourires lors de l’attribution, à Cannes, de la triple Palme d’or à "La Vie d’Adèle", le divorce fut vite consommé entre Abdellatif Kechiche et son actrice Léa Seydoux.

Abdellatif Kechiche et Léa Seydoux au festival de Cannes 2013.
Abdellatif Kechiche et Léa Seydoux au festival de Cannes 2013. AFP

Visiblement blessé par les propos de cette dernière qui, dans une interview au site américain The Daily Beast jugeait le tournage du film "horrible", le réalisateur franco-tunisien s’en est violemment pris à sa comédienne, la ramenant à son statut de petite-fille du producteur Jérôme Seydoux. "Léa n'était pas capable d'entrer dans le rôle. J'ai rallongé le tournage pour elle. Léa Seydoux fait partie d'un système qui ne veut pas de moi, car je dérange", s’est épanché le cinéaste à un journaliste de Canal +.

Loin de rebuter le public, la brouille a surtout agi en révélateur du cinéma d’Abdellatif Kechiche, fin observateur de la société française dont les films sont constamment animés par le sentiment d’inégalité et d’humiliation. Sa romance n’échappe pas à cette vision que l’origine sociale finit toujours par gâter notre rapport aux autres. Même en amour. Peu importe donc la polémique, "La Vie d’Adèle" reste le plus grand moment de cinéma de l’année 2013.

 

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