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Nigeria : une loi anti-gay entraîne une "chasse aux homosexuels"

AFP

Depuis la promulgation, lundi, d’une loi pénalisant l’homosexualité de plusieurs années de prison, des activistes de la cause gay ont fait état d’arrestations arbitraires et de tortures sur des militants.

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"C’est un jour tragique pour les droits de l’Homme au Nigeria", a estimé un militant gay après la promulgation, lundi 13 janvier, d’une loi criminalisant l’homosexualité. Depuis une semaine, en effet, il est désormais interdit de s’afficher publiquement avec une personne de même sexe dans les rues nigérianes. La loi est sévère : adoptée à l'unanimité par les parlementaires nigérians en mai dernier, elle prévoit de punir de 10 à 14 années d’emprisonnement toute union homosexuelle.

Sur le terrain, à peine 24 heures après l'adoption de cette loi, la situation a tourné au drame. Une "chasse aux homosexuels" a déjà commencé dans le pays, ont indiqué plusieurs médias et associations. Selon le "Telegraph", plusieurs dizaines de militants gays ont été arrêtés lundi dans le nord du pays, à majorité musulmane, puis jetés en prison. Des militants nigérians rapportent également des actes de torture sur les homosexuels arrêtés pour les forcer à en dénoncer d’autres. Selon l’association de lutte contre le sida "Reproductive Health and Sexual Rights", la police nigériane détiendrait même une liste de 168 hommes supposés être homosexuels et serait partie à leur recherche.

De son côté, le président nigérian Goodluck Jonathan - qui vient de limoger plusieurs chefs de l'armée - s’est félicité de cette loi qui "correspond aux croyances culturelles et religieuses" des Nigérians dont "plus de 90 % [...] sont opposés au mariage entre personnes de même sexe", a fait savoir Reuben Abati, le porte-parole du chef de l'État. "Nous savions que le président du Nigeria était [...] une personne très morale, chrétienne, nous savions qu'il allait signer" cette loi, s'est réjoui de son côté Domingo Obende, le sénateur de l'État d'Edo (sud), à l'origine du texte.

La communauté homosexuelle nigériane "effondrée"

Plus précisément, ce texte largement soutenu au Nigeria prévoit que "toute personne qui fait fonctionner ou participe à des clubs gays, des sociétés ou des organisations pour homosexuels, ou - directement ou indirectement - affiche publiquement sa relation amoureuse avec une personne de même sexe, commet un crime."

Un militant gay de Lagos, interrogé de manière anonyme par l'AFP pour des raisons de sécurité, s'est dit "effondré" par le geste du président Jonathan et "terrifié" par ses conséquences. Pour cet homme, le gouvernement "a légalisé la violence, la stigmatisation et la discrimination".

Cette décision du président a provoqué une déferlante de réactions des associations et de la communauté internationale. La France a exprimé, mardi 14 janvier, "sa forte préoccupation". "Cette loi, en violation des engagements internationaux que le Nigeria a librement souscrits, restreint la liberté d'association, de rassemblement et d'expression et porte atteinte aux droits fondamentaux" des homosexuels, bi et transsexuels, a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay Romain Nadal. Le lendemain, l'Union européenne a dénoncé à son tour la loi, tout en rappelant qu'elle est "opposée à la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle". Ce texte est "incompatible" avec un certain nombre d'accords internationaux signés par le Nigeria, a insisté Catherine Ashton, la représentante de l'UE pour les Affaires étrangères.

Même son de cloche outre-Atlantique. Ce texte "restreint dangereusement la liberté d'association, de rassemblement et d'expression des Nigérians", a déploré pour sa part le secrétaire d'État américain John Kerry dans un communiqué. Elle "contredit les engagements légaux du Nigeria au niveau international et mine les réformes démocratiques et les protections en matière de droits de l'Homme inscrites dans sa constitution de 1999", a-t-il ajouté.

"Une des sociétés les moins tolérantes au monde"

En décembre, l'ONG Amnesty International avait indiqué que si cette loi était adoptée, elle ferait "de la société nigériane une des sociétés les moins tolérantes au monde".
Bon nombre de pays africains disposent de législations interdisant ou réprimant l'homosexualité, à l'exception de l'Afrique du Sud, le seul pays africain à reconnaître les unions entre personnes de même sexe.

En Ouganda, où l'homophobie est très répandue et où la législation réprimait déjà fortement l'homosexualité, le parlement a adopté en décembre un texte qui criminalise la promotion publique de relations avec des personnes de même sexe, y compris les discussions de groupes militants. Le pays prévoit la prison à perpétuité pour les récidivistes. Le texte ougandais, qui doit encore être ratifié par le président Yoweri Museveni, prévoyait la peine de mort dans sa première version.

Au Cameroun voisin, l'homosexualité est considérée comme un délit pénal et les homosexuels risquent jusqu'à cinq ans de prison ferme.

Avec AFP
 

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