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TRANSITION DÉMOCRATIQUE

Tunisie : nouveau gouvernement, vieux défis

AFP

Avec l'adoption de la Constitution et la nomination d'un nouveau gouvernement, la Tunisie s'est engagée de plain-pied dans un processus démocratique. Mais sortir le pays de l’ornière n’en reste pas moins une gageure.

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Une fois passés les moments de joie, une fois entérinée la nouvelle Constitution, la Tunisie doit à présent s’atteler à sa tâche la plus importante : rétablir l’ordre et la sécurité dans un pays miné par les crises politiques et le chômage depuis la révolution ayant conduit à la chute de Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011.

L’euphorie entourant la "naissance" de la nouvelle Loi fondamentale - votée après bien des débats houleux - doublée de l’apparente concorde des élus islamistes et laïcs de l’Assemblée constituante (chantant à l’unisson l’hymne national), auraient presque pu faire oublier la gravité de la situation politique, économique et sécuritaire du pays. Il est vrai que le texte est une première. Il consacre un exécutif bicéphale et accorde une place réduite à l'islam. Il introduit aussi pour la première fois dans le monde arabe un objectif de parité homme-femme dans les assemblées élues.

Mais à l’extérieur de l’Hémicycle, la Tunisie est encore très loin dans cet idéal politique. Socialement, d’abord, le pays traverse toujours une période agitée. Dans plusieurs régions du centre et du sud du pays, comme à Tataouine, Sidi Bouzid ou Kasserine, des émeutes secouent quotidiennement les villes. La population exaspérée par le chômage chronique multiplie les grèves sauvages, les blocages d’usine et les manifestations pour forcer le gouvernement à entamer un plan d’action pour favoriser les embauches. "Officiellement, ces mouvements ont été provoqués par l’augmentation du prix des transports [….] Mais quelles que soient les motivations, ils traduisent un malaise social persistant et profond", écrit "Le Monde".

Économie en panne et terrorisme en expansion

L’économie au point mort alimente les déceptions et la colère. Le chômage est massif, avec un taux de 16,7 %, selon le FMI. Mehdi Jomaâ, le nouveau Premier ministre, sur qui repose l’importante mission de sortir la Tunisie de sa désespérance, en a pleinement conscience. "Il faut rassurer le peuple", a-t-il déclaré, mardi 28 janvier. "Il est certain que notre économie va se développer si nous bâtissons une culture du travail. Il faut rompre avec les comportements portant atteinte à l'économie, nous ne serons pas tolérants vis-à-vis du chaos", a-t-il également martelé.

Sur le plan sécuritaire, ensuite, la situation est devenue problématique. Réprimés par le gouvernement de Ben Ali, plusieurs groupes salafistes ont pris, depuis 2011, une importance non négligeable dans certaines villes du pays. Jusque-là plutôt discrets sous Ben Ali, ils diffusent désormais - avec le soutien d’une partie de la population - leurs idées rigoristes à travers l’attaques de magasins vendant de l'alcool ou encore d’assauts contre des représentations théâtrales, jugées contraires à la religion.

Les attentats se sont multipliés. Les meurtres des opposants Chokri Belaïd en février 2013 et Mohamed Brahmi en juillet, en sont la triste preuve. Quelques mois plus tard, en octobre 2013, un homme présenté comme un kamikaze djihadiste s'est fait exploser sur une plage, sans faire d'autres victimes, près de la station balnéaire de Sousse (nord-est). La Tunisie n'avait jusque-là connu qu'un seul attentat-suicide, en 2002 à Djerba.

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Mais pour sortir le pays de l’ornière, la Tunisie sait qu’elle doit avant tout stabiliser sa situation politique – la pacifier même. Depuis la chute de Ben Ali, cinq gouvernements de transition se sont succédé. De quoi pérenniser la crise. À l’automne 2013, pour calmer le mécontentement populaire, les islamistes d’Ennahda - qui ont sérieusement entaché leur capital sympathie en cherchant notamment à revenir sur l’égalité des sexes - ont accepté de se retirer du gouvernement qu’ils dirigeaient depuis leur victoire aux premières élections libres du pays, en octobre 2011. Mais ce premier pas vers une accalmie politique n’a pas vraiment porté ses fruits.

Dissensions politiques

Même si les islamistes se sont écartés d’eux-mêmes des postes à responsabilité, ils ont désormais les coudées franches. Et ils savent qu’à tout moment, la désunion du camp laïc peut toujours tourner à leur avantage. "Le pari qui a été pris d'effectuer un petit pas de côté pour mieux préparer les élections [prévues en 2014] relève d'une stratégie intelligente qui pourrait être payante", a expliqué au "JDD" Vincent Geisser, spécialiste du la Tunise au CNRS, qui reconnaît qu’il ne s’étonnerait pas d’un "retour rapide au pouvoir" d’Ennahda.

Quant au tout nouveau gouvernement de Mehdi Jomaâ – présenté le 26 janvier au président Marzouki - il ne fait pas l’unanimité. "J'ai formé ma liste sur la base de trois critères : la compétence, l'indépendance et l'intégrité", a assuré Mehdi Jomaâ. Ce cabinet d'indépendants est "une équipe extraordinaire qui a conscience des défis", a-t-il ajouté. Beaucoup pensent pourtant que ni l’"indépendance politique" ni le "renouveau" de la classe politique promis par Jomaâ ne sont respectés.

Et, encore une fois, les querelles intestines semblent prendre le pas sur le dessein politique. Les partis de l’opposition, Front Populaire en tête, voient par exemple d’un très mauvais œil la reconduction de Lofti Ben Jeddou à la tête du ministère de l’Intérieur – accusé, entre autres, de n’avoir rien fait pour empêcher l'assassinat de Mohamed Brahmi. Le choix du très conservateur Mounir Tlili en tant que ministre des Affaires religieuses fait aussi l’objet d’une controverse. Ce dernier s'était en effet illustré, en février 2013, en réclamant la révision du code du statut personnel pour y supprimer "tout ce qui entre en conflit avec l’islam".

Dans ce paysage, difficile, donc, de prévoir une sortie de crise rapide. Difficile surtout de prévoir un calendrier électoral et d’envisager la tenue d’élections générales – prévues courant 2014 – dans un climat serein et apaisé. Trois ans après l’immolation en plein hiver de Mohammed Bouazizi, la Tunisie attend toujours son printemps arabe.

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