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COUPE DE FRANCE

Finale Guingamp-Rennes : un coup de pub gagnant pour la Bretagne

AFP | Supporteurs de Guingamp lors de la finale de la Coupe de France de 2009
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Vidéo par : FRANCE 2
7 mn

Cinq ans après une première finale en 2009, les deux clubs bretons Rennes et Guingamp se disputent, samedi, la Coupe de France. L’occasion rêvée pour la Bretagne, terre de football, de se montrer sous son meilleur jour.

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Cinq ans après avoir disputé la finale de la Coupe de France de football, Guingamp et Rennes remettent le couvert. Samedi 2 mai, les deux clubs bretons s’affronteront de nouveau sur la pelouse du Stade de France, dont les imposantes tribunes revêtiront immanquablement les couleurs noire et blanche du drapeau breton, le fameux Gwen ha du.

Car avant d’être un événement sportif, la rencontre de samedi se veut une "fête pour la Bretagne". Pour son football, tout d’abord. La certitude de voir une nouvelle fois le trophée revenir en terres bretonnes est un motif de fierté d’autant plus appréciable pour les supporteurs et les instances dirigeantes locales, que les clubs de la région peinent à exister parmi l’élite de la Ligue 1. À quelques journées de la fin du championnat, Rennes et Guingamp végètent respectivement à la 15e et la 16e place. Lorient, le troisième club breton de la première division, pointe au 12e rang. La meilleure performance du club de la capitale régionale remonte à 2006-2007, saison qu’ils avaient finie au pied du podium, en quatrième position. Celle des Costarmoricains date de 2002-2003 avec une honorable septième place.

Des modestes performances qui ne rendent pas vraiment justice à l’engouement que les Bretons éprouvent pour le ballon rond. Avec 142 639 licenciés répartis dans pas moins de 1 110 clubs, cette terre de football figure au quatrième rang des régions comptant le plus de pratiquants, derrière l’Île-de-France, Rhône-Alpes et le Nord-Pas-de-Calais. Mieux, "elle est la région qui a le plus grand nombre d’équipes engagées en Coupe de France", affirme Jean-Claude Hillion, président de la Ligue de Bretagne de football. Le fait que deux finales 100 % Breizh soient disputées à cinq années d’intervalle n’a donc rien d’illogique.

Mais elles sont où, les stars bretonnes ?

Comment expliquer dès lors qu’aucun joueur breton n’ait encore atteint les sommets du football mondial ? Si la région peut en effet se targuer d’avoir vu naître un champion du monde 1998 du nom de Stéphane Guivarc’h, force est de constater qu’elle produit peu - sinon pas du tout - de stars internationales dont on s’arracherait les maillots à prix d’or. Les ex-internationaux Paul Le Guen et Corentin Martins, tous deux Finistériens, ont mené certes de brillantes carrières mais leurs auras n’ont jamais réellement dépassé les frontières hexagonales. Trop vite qualifié de "nouveau Zinedine Zidane", Yoann Gourcuff n’a, quant à lui, jamais concrétisé les espoirs placés en lui.

Un état de fait troublant lorsqu’on sait que le Stade Rennais a pendant longtemps disposé du meilleur centre de formation de France. "Mais le club est rarement parvenu à garder ses joueurs", déplore Jean-Claude Hillion. Nombreuses sont les jeunes pousses qui ont effectivement quitté très tôt le giron familial pour rejoindre des équipes françaises et européennes plus performantes et prestigieuses, mais dans lesquelles ils n’ont pu réellement progresser faute de temps de jeu suffisant. "On aimerait des équipes dans le top 10 du championnat mais dans le contexte actuel, les choses deviennent de plus en plus difficiles. Hormis Rennes, les autres clubs ont du mal à suivre".

PME de la Ligue 1

Propriété depuis 1998 de François Pinault, l’une des plus grosses fortunes de France, le Stade Rennais s’est souvent pris à rêver de jouer les grands de la Ligue 1. Mais depuis quelques années, le milliardaire breton, déçu par les maigres résultats malgré d’onéreux transferts, se montre de moins en moins prodigue. Avec un budget annuel de 45 millions d’euros, le plus vieux club breton ne peut rivaliser avec les mastodontes que sont le Paris Saint-Germain (400 millions d’euros), Monaco (130 millions d’euros) ou encore l’Olympique de Marseille (125 millions d’euros). Quant à Guingamp et ses 22 millions d’euros, dont une part substantielle vient de partenaires issus du tissu économique local, il fait figure de modeste PME.

Parce qu’il offre une extraordinaire exposition médiatique, le match de samedi pourrait toutefois changer la donne, ose espérer Jean-Claude Hillion : "Cet événement va une nouvelle fois montrer que le football est ancré parmi les Bretons et que l’identité bretonne se retrouve autour de ce sport. De riches investisseurs pourraient y voir un intérêt."

La meilleure des communications

Avant d’attirer l’attention d’un prince qatari ou d’un oligarque russe, le duel Guingamp-Rennes devrait d’abord permettre à la Bretagne de se montrer sous son meilleur jour : un territoire à forte identité, fier de ses couleurs et capable de rester uni quelque soit l’issue du match. La région Bretagne l’a bien compris et n’a pas lésiné sur les moyens pour lustrer davantage la vitrine. Quelque 20 000 Gwen ha du seront ainsi distribués au public du Stade de France en attendant que la chanteuse bretonne, Nolwenn Leroy, par ailleurs fille d’un ancien footballeur professionnel, n’y vienne entonner l'hymne breton "Bro gozh ma zadou" juste avant "La Marseillaise"…

"On a eu la chance d’avoir la même affiche il y a cinq ans. La fête s’était déroulée dans le meilleur esprit", se rappelle Jean-Michel Le Boulanger, vice-président à la Région chargé de la culture et des pratiques culturelles. Il y avait eu une ferveur extraordinaire avec tous ces drapeaux et l’hymne breton retransmis à la télévision. Cette finale, c’est la meilleure des communications."

Régionalisme bon teint

De fait, avec cette rencontre sportive, les responsables politiques bretons entendent faire pièce à l’idée selon laquelle le régionalisme, aussi bon teint soit-il, encourage le communautarisme. "L’affirmation bretonne n’est pas une affirmation contre quelque chose d’autre, contre Paris ou même l’Europe, assène Jean-Michel Le Boulanger. Les Bretons sont 100 % breton et 100 % français, ce que certains commentateurs nourris de jacobinisme ont parfois du mal à comprendre. La Bretagne vit très bien ses multiples identités."

Il est vrai que la fronde des bonnets rouges en novembre 2013 a jeté une ombre sur ce régionalisme angélique et bon enfant dont la finale de 2009 avait su si bien faire la publicité. Mouvement hétéroclite agrégeant aussi bien des patrons que des ouvriers licenciés, des élus locaux que des syndicats, la gronde venue du Finistère mettait en avant l’histoire et les symboles de la Bretagne pour s’ériger contre la politique fiscale du gouvernement de François Hollande. Des revendications sociales qui, pour beaucoup de commentateurs, cachaient une défiance exacerbée d’un État-nation liberticide. "Pour les patrons de l'agroalimentaire qui appellent à manifester, la liberté a un sens bien précis. Pour les élus à l'origine de cette énorme opération de propagande, il a un sens non moins précis. Ce qui les rassemble se résume en un mot : autonomie", jugeait alors l’écrivaine Françoise Morvan dans les colonnes du journal "Le Monde".

Les "révoltés" bretons ne verraient-ils pas dans cette rencontre l’occasion d’arborer leurs fameux bonnets rouges devant le président François Hollande, qui, comme de tradition, participera à la finale ? "L’esprit qui prévaut, c’est que cette soirée soit une fête de la Bretagne, veut croire Jean-Michel Le Boulanger. Si certains voulaient utiliser le mouvement pour leurs revendications, cela les pénaliserait. Toucher à cet événement serait toucher au ‘plaisir de Bretagne’."

 

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