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Municipales : Grenoble, laboratoire politique d’une "nouvelle gauche" ?

Éric Piolle
Éric Piolle AFP

C’est une surprise électorale. La liste EELV/Front de Gauche a déjoué les pronostics et est arrivée en tête à Grenoble, devant les socialistes. Cette percée verte fait-elle de la ville le laboratoire d’une nouvelle gauche non socialiste ?

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Il n’est pas peu fier d’avoir fait mentir les sondages. Éric Piolle, à la tête de la liste Europe Écologie-Les Verts (EELV) de Grenoble, a réussi son pari, dimanche 23 mars, en devançant au premier tour des municipales le socialiste Jérôme Safar – notamment grâce à son alliance avec le Front de gauche. Créditée de 29,41 % des voix, la tête de liste de EELV s’arroge même le luxe d’avoir distancé de quatre points la liste PS/PC, créditée de seulement 25,31 %.

Mardi 25 mars, Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d'Europe Écologie-Les Verts (EELV), a demandé au Parti socialiste de retirer son investiture à Jérôme Safar, candidat PS à la mairie de Grenoble. Ce dernier a décidé de maintenir sa liste face au candidat écologiste arrivé dimanche en tête.

La chef de file des écologistes à qui il était demandé sur BFMTV si elle réclamait la suppression de l'investiture de Jérôme Safar par le PS a déclaré: "Oui, absolument, comme le Parti socialiste nous le demande quand des candidats à nous dans des villes bien différentes n'ont pas voulu fusionner."

Source : AFP

Et ce succès a pris tout le monde de court. Après 19 ans de règne socialiste sous l’égide du maire sortant Michel Destot, les sondages avaient en effet crédité la liste de Jérôme Safar largement gagnante avec 36 % des voix. À quoi doit-on alors cette percée verte ? Pour Eddy Fougier, spécialiste de politique française à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), cette surprise grenobloise est avant tout liée au pic de pollution qui s’est abattu sur la France la semaine dernière. "Ce nuage est arrivé en pleine campagne électorale et a affecté les citoyens dans leur quotidien. Il faut se rendre compte que les taux de pollution ont même dépassé ceux de Pékin", analyse-t-il.

L’expérience Dubedout en 1965

Dans le cas de Grenoble, la ville, située en cuvette, a dû particulièrement souffrir de la situation et profité à la liste écologiste. "C’est indéniablement un facteur qui a joué en leur faveur", ajoute Eddy Fougier qui rappelle en outre que le "vote sanction" et "l’abstention" font également partie de l’équation favorable aux Verts.

Mais l’histoire de la ville n’est peut-être pas non plus étrangère à ce score. Grenoble, ville de classes moyennes fortement diplômées, a toujours été sensible aux questions environnementales. En 2009, lors des européennes, les Verts avaient déjà devancé le PS de plus de 10 points avec 29 % des voix.

Et surtout, la ville a déjà endossé ce rôle d’expérimentateur politique. En 1965, Hubert Dubedout, issu d’une GAM, une structure citoyenne indépendante des partis politiques, avait été élu maire. Une première : il remporta la mairie de Grenoble grâce au soutien de petites formations de gauche et sans l’appui de la SFIO (Section française internationale ouvrière) de l’époque.

L’autonomie politique

Cette "surprise verte" confirme-t-elle donc, cinquante ans plus tard, le signe d’une nouvelle tendance, celle de l’émergence d’une nouvelle gauche, moins socialiste et plus écologiste ? Le spécialiste de l’Iris se montre prudent. "Il est vrai que l’on parle de Grenoble comme le laboratoire expérimentale d’une nouvelle gauche. Je pense que c’est légèrement prématuré. Si l’écologie a déjà fait des percées en politique, elle ne s’est encore jamais vraiment implantée dans son paysage. Rappelez-vous à la dernière présidentielle, Eva Joly n’a récolté que 2,3 % des suffrages…", explique Eddy Fougier.

Pour l'expert, les résultats grenoblois ne suffisent pas à définir la ville comme le terreau d’une nouvelle force politique à gauche de l’échiquier politique. La faute au système en place, surtout. "La réalité est la suivante : quelle que soit l’élection, sans le poids lourd socialiste, EELV ne peut pas grand-chose, explique Eddy Fougier, or l’autonomie est une donnée incontournable pour s’imposer comme une nouvelle force politique".

Un coup d’épée dans l’eau ?

Conscient que sans le PS, la mairie de Grenobe est imprenable, Éric Piolle s’est attelé, dès l’annonce des résultats, à tendre la main aux socialistes... qui lui l'ont refusée. Mardi, Jérôme Safar, a annoncé qu'il se maintenait au second tour, refusant de fusionner les listes. "Je prends aujourd'hui la responsabilité et la décision de maintenir la liste que je conduis, avec l'objectif clair de gagner pour l'avenir de notre territoire", a déclaré le candidat socialiste devant ses militants rassemblés dans son local de campagne.

Reste que sur le plan national, le score de EELV aux municipales n’est pas anodin. À Paris, à l’exception du XVIe, tous les arrondissements de la capitale ont vu les candidats écologistes améliorer leur score, rappelle le blog Reporterre. "Et sur les 262 communes où il y avait une tête de liste EELV, les 360 000 voix récoltées représentent une moyenne de 11,6 % des suffrages exprimés. Aux précédentes municipales, en 2008, deux fois moins de listes avaient été présentées et le résultat moyen n’atteignait pas 9 %". Des résultats positifs mais à faire perdurer dans le temps, selon Eddy Fougier. "Il faudrait par exemple regarder avec attention leur score aux européennes. Confirmer ainsi cette percée. Pour conclure à une vraie victoire écologiste et éloigner l’idée selon laquelle le résultat grenoblois n’est pas qu’un grand coup d’épée dans l’eau."
 

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