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FACT-CHECKING

Immigration : les approximations d'Alain Finkielkraut

AFP
4 mn

Au lendemain de son élection à l'Académie française, le philosophe Alain Finkielkraut évoque dans une interview à Europe 1 la situation de Villers-Cotterêts, ville qui vient d'élire un maire Front national. Fact-checking.

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Alain Finkielkraut a été élu, jeudi 10 avril, à l'Académie française, malgré une offensive d'une très rare violence de certains Immortels, qui prétendaient faire obstacle à "l'entrée du Front national" sous la coupole. Pour justifier ses craintes de délitement de la société française sous le poids de l'immigration, le philosophe auteur de "L'identité malheureuse" a déclaré : " Je pense simplement qu'aujourd'hui il y a une crise de l'intégration : en témoigne, par exemple, la situation d'une ville comme Villers-Cotterêts. Tout le monde s'inquiète de la voir passer au Front national : il faut savoir que la maison du maître d'école a été vendue par la mairie, elle est devenue une mosquée ; le restaurant savoyard est devenu un kebab, la boucherie est devenue halal. Ce sont des situations un tout petit peu inquiétantes..."

Une rapide vérification nous permet de nous demander si Alain Finkielkraut a déjà mis les pieds à Villers-Cotterêts, ville natale d'Alexandre Dumas, 10 000 habitants, située à 45 minutes de train de Paris.

La fermeture du restaurant savoyard : vrai. Il a été remplacé par une pizzeria kebab il y a déjà plusieurs années. Pourtant, selon Betty Helmlinger, propriétaire du restaurant de cuisine traditionnelle française "Aux menus plaisirs", ce n'est pas forcément une mauvaise chose, car, dit-elle, "si nous étions deux, je ne sais comment on travaillerait".

Établie à Villers-Cotterêts depuis huit ans, elle a rapidement vu une population nouvelle s'y installer. Pour la qualifier, elle ne parle pas de religion ou d'origine, mais de son pouvoir d'achat moins élevé. Ce qu'elle explique par deux choses : le départ de nombreux employés et cadres de Volkswagen, remplacés par des emplois moins qualifiés et moins bien payés. Ensuite par le fait que le maire précédent aurait "vendu" un certain nombre de terrains et fait venir "une population qui dépense moins d'argent.", en particulier dans des logements sociaux. Pas étonnant qu'on trouve donc essentiellement à Villers-Cotterêts des restaurants de kebab, mais aussi chinois.

La maison du "maître d'école" vendue pour en faire une mosquée : vrai et faux. Il y a trois écoles primaires et deux maternelles à Villers-Cotterêts, ce qui fait beaucoup de "maîtres d'écoles". Et il y a bien une association cultuelle musulmane disposant d'un lieu de culte. Cette association ne répond plus au téléphone. Selon une mémoire locale, un logement de fonction a bien été vendu par la mairie mais "c'était il y a au moins 15 ans et cela arrive un peu partout en France", les enseignants préferant de plus en plus souvent se loger par leurs propres moyens. Quoiqu'il en soit, aucun représentant du personnel enseignant auquel nous avons pu parler ne s'est plaint de quelque problème de logement.

La fermeture de la dernière boucherie remplacée par un établissement halal : faux. Cette histoire paraît tirée d'un reportage de "Libération", réalisé en 2012. Pourtant, selon Odile - elle ne nous donnera pas son nom -, qui gère en famille la dernière boucherie de la ville, on trouve de tout dans son commerce : "du bœuf, de l'agneau, du poulet et du porc". Elle n'a jamais entendu parler de boucherie halal, "à moins qu'elle ne soit cachée dans une cave". Il y a par ailleurs un marché itinérant deux fois par semaine à Villers-Cotterêts. On y trouve des commerces de bouche très bien achalandés, puisque Betty Helmlinger dit s'y approvisionner régulièrement. 

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