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RÉFÉRENDUM

Ukraine : le référendum va "aggraver la situation"

AFP - Bureau de vote à Donetsk où un activiste pro-russe mène la garde.
6 mn

Sept millions d’Ukrainiens sont invités à se prononcer sur l’autodétermination de l'est du pays. Qualifé de consultation "nulle et non avenue" par François Hollande, ce référendum a déjà été entaché par des violences.

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En dépit des réticences affichées par Moscou et des injonctions occidentales, le référendum d'autodétermination d’une partie de l’est de l’Ukraine a débuté, dimanche 11 mai, dans un contexte de tension croissante. Avant même que les bureaux de vote n’accueillent les premiers électeurs, séparatistes pro-russes et forces loyales au gouvernement de Kiev s’affrontaient de nouveau dans certaines villes de la région.

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Des heurts ont été signalés dans la nuit de samedi à dimanche autour d'un bâtiment de la télévision dans les environs de Sloviansk, bastion des insurgés pro-russes. Les affrontements ont repris dans la matinée juste avant l'arrivée des premiers électeurs, qui ont dû contourner de nombreuses barricades avant de parvenir aux bureaux de vote.

"À Marioupol, les séparatistes ont incendié une base de la garde nationale ukrainienne", rapporte Gulliver Cragg, envoyé spécial de FRANCE 24 à Donetsk. Dans cette ville portuaire de 500 000 habitants, située au sud de Donetsk, seuls quatre bureaux de vote ont été ouverts, indique l’agence Reuters.

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La consultation de sept millions d'Ukrainiens de l'Est sur la proclamation d’autodétermination des régions de Donetsk et Louhansk, qui se sont d’ores et déjà déclarées "Républiques populaires", est pourtant jugée illégale par les autorités ukrainiennes. "Kiev a quand même demandé aux écoles et aux autres établissements publics, où des bureaux de vote doivent être établis, de ne pas résister pour éviter des actes de violences inutiles", rappelle Gulliver Cragg.

Si le résultat du scrutin ne semble guère faire de doute, la participation reste incertaine. À Sloviansk, le maire autoproclamé Viatcheslav Ponomarev a promis samedi une "participation de 100%". À Donetsk, où les forces ukrainiennes mènent une vaste opération militaire depuis le début de mai, le chef de la commission électorale de la "République de Donetsk" Roman Lyaguine, a parlé de "millions" de votants. Quoi qu'il en soit, "aucune participation minimale n'est fixée pour valider le vote", a-t-il souligné.

Listes électorales caduques

Reste que, dans de nombreux endroits, les conditions d’un vote juste et équitable ne sont pas toutes réunies. À Donetsk, "les bureaux de vote fonctionnent avec des listes électorales très datées, a constaté Gulliver Cragg. Comme ces dernières ne sont pas mises à jour, n’importe qui peut se présenter aux urnes avec un passeport ukrainien valable. Je connais une personne qui n’est pas de Donetsk et qui a pu voter. Cela laisse la porte ouverte à la fraude et à l’idée que des personnes peuvent voter plusieurs fois. Beaucoup de gens, ici à Donetsk, doutent que ce référendum puisse se dérouler de manière libre et non faussée."

Les pressions exercées ces derniers jours sur les partisans de l’unité du pays devraient influer sur les résultats. "Depuis plusieurs semaines, les pro-ukrainiens de la région de Donetsk ont été l’objet d’intimidation. Ils ont dès lors arrêté toute activité et toute manifestation, indique Gulliver Cragg. On peut penser qu’ils auront peur de voter ou qu’ils boycotteront le vote."

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Pour Gauthier Rybinski, spécialiste des questions internationales à FRANCE 24, "l’électorat du ‘oui’ va voter massivement, alors que les ‘non’ vont se terrer chez eux en raison des menaces de mort qu’ils ont reçues.". Néanmoins, précise le journaliste, il y a dans l’est de l’Ukraine "une majorité de personnes qui ne sont pas forcément favorables à un rattachement à la Russie mais qui se gardent cette possibilité en cas de problème, notamment en cas d’attaques de l’armée ukrainienne. Ce n’est pas un électorat unifié, mais il a toutefois pour dénominateur commun la volonté de se séparer de l’ordre central de Kiev."

Conséquences sur la présidentielle ukrainienne

La crainte de Kiev et des Occidentaux est de voir se reproduire un scénario similaire à celui de la Crimée. Le rattachement de cette région de l'Ukraine à la Russie en mars dernier après un référendum du même genre s'est traduit par la pire crise diplomatique entre Occident et Russie depuis la fin de la Guerre froide.

>> À voir sur France 24 : "À Lviv, des déplacés de Crimée espèrent rejoindre l'UE"

Ce dimanche, le président français, François Hollande, a qualifié le référendum de "vraies-fausses" consultations, "nulles et non avenues". Pour leur part, les États-Unis ont réaffirmé samedi soir qu'ils ne reconnaîtraient pas le résultat des ces référendums, "illégaux en vertu du droit ukrainien et [qui] sont une tentative pour créer des divisions et des troubles".

L'issue du vote risque en tous cas d’avoir des conséquences sur l’élection présidentielle ukrainienne prévue le 25 mai. "Il suffirait qu’il y ait des violences pour que Kiev déclare l’état d’urgence, ce qui reporterait le scrutin, analyse Gauthier Rybinski. Il y aura ensuite un problème de légitimité : celui qui sortira vainqueur de la présidentielle sera le vainqueur de quoi ? De quel territoire ?" Et de conclure : "Ce référendum est ‘historique’ dans le sens où il est une aggravation de la situation".

 

FRANCE 24

Avec AFP et Reuters

 

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