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SYRIE

À Homs, d'anciens rebelles préfèrent rester en prison

AFP | Un rebelle détenu dans l'ancienne école al-Andalous
5 mn

Une centaine de rebelles syriens, qui s'étaient rendus, préfèrent rester en détention, malgré leur remise en liberté. Ils craignent la vengeance de ceux qui les considèrent comme des traîtres, ou bien d'être de nouveau arrêtés par le régime.

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Tenaillés par la faim durant les longs mois du siège de la vieille ville de Homs dans le centre de la Syrie, plusieurs centaines de rebelles se sont rendus au régime, avec leurs familles, contre des promesses d'amnisitie. La plupart d'entre eux ont en effet vu leur situation régularisée et ont été remis en liberté. Seulement, ils préfèrent rester dans le centre de détention, l'ancienne école Al-Andalous, où ils ont élu domicile. Dehors, trop de danger les guettent : ils craignent d'être à nouveau arrêtés par le régime ou d'être victimes d'une vengeance de leurs ex-compagnons d'armes, qui les considèrent comme des traîtres.

De son côté, le régime affirme vouloir "rééduquer" ces déserteurs de l'armée et ces civils qui ont pris les armes pour le combattre, après la répression brutale du mouvement de contestation pacifique lancé en mars 2011.

"Pris entre deux feux"

Ces détenus ont raconté à l'AFP, qui leur a rendu visite avec l'autorisation du gouverneur de Homs, leur sentiment d'être pris entre deux feux.

"Je n'ai pas peur du gouvernement, ce sont les rebelles qui me font peur", explique un ancien détenu aux journalistes. "J'ai découvert que le régime est mille fois plus amical qu'eux. Il nous a procuré cette école pour nous abriter et il nous offre de quoi manger et boire. Après un certain temps, on a été libéré et on est redevenu des citoyens comme les autres".

"La plupart de nos familles sont à Waer (dernier quartier rebelle de Homs). Si je les rejoins, je crains les représailles des rebelles qui nous considèrent comme des traîtres", raconte à son tour Firas.

Firas et ses compagnons se sont rendus à l'armée bien avant la fin du siège de deux ans du Vieux Homs, début mai. Les derniers rebelles avaient alors été évacués sans être arrêtés, en vertu d'un accord passé avec l'armée.

Les hommes du centre d'Al-Andalous s'expliquent sur leur reddition. "On avait très faim, souvent je ne pouvais pas tenir debout", affirme Ziad. D'autres disent avoir fui les chantages de chefs rebelles qui exigeaient leur loyauté en échange de nourriture ou de médicaments.

Entre la peur de se retrouver à nouveau sous les verrous et celle de subir le "châtiment" des rebelles, "on est pris entre deux feux", dit Mouaffaq Choufane, ex-chef rebelle.

Disparitions forcées

Ce que les pensionnaires d'Al-Andalous rechignent en effet à révéler ouvertement, c'est que certains de leurs codétenus déjà libérés ont été de nouveau arrêtés. La majorité des 1 500 personnes passées par le centre de détention ont obtenu des papiers en règle, mais d'après les détenus, au moins 56 ont été une nouvelle fois appréhendés et certains ont littéralement disparu.

"Mon frère a été arrêté alors qu'il avait ses papiers et depuis j'ignore où il est", affirme Mouaffaq. "Nous pensions bénéficier d'une amnistie, or nos noms ont été communiqués aux services de sécurité et des gens sont arrêtés à leur sortie, comme mon frère", dit-il, en réclamant des "garanties".

Khaled al-Tellawy, militant qui a couvert la rébellion à Homs et fourni des vidéos aux médias internationaux, "est sorti il y a un mois puis a été déféré devant le parquet militaire. On ne sait plus où il est" affirme Ghanem, un autre détenu. "Il avait avoué avoir donné des vidéos à Al-Jazira et Al-Arabiya. Que veulent-ils de plus ? Moi je n'ose pas sortir", s'insurge-t-il.

D'après le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, les noms de ceux qui sortent d'Al-Andalous sont "très probablement transmis aux miliciens pro-régime qui sont soupçonnés des rapts". 

Le directeur du centre, Ammar Hechmé, reconnaît qu'une vingtaine de personnes ont été arrêtées de nouveau et déférées devant la justice, en raison de "poursuites civiles" contre elles.

"Il y a des citoyens qui les accusent d'avoir enlevé leur père ou tué leur frère. L'État peut amnistier ces hommes, mais ne peut pas empêcher les gens de porter plainte contre eux", assure-t-il. En outre, "certains sont arrêtés pour avoir cherché à quitter le pays illégalement".

Selon lui, ceux qui ont choisi de rester n'ont pas d'endroit où aller. Ils reçoivent la visite d'universitaires et d'hommes de religion pour leur "montrer le droit chemin".

Avec AFP

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