UE

Europe : l’UKIP débauche une ex-FN pour former son groupe parlementaire

AFP - Marine Le Pen et Nigel Farage, leader de l'UKIP

Le parti eurosceptique britannique UKIP a annoncé, mercredi, la création d’un groupe au parlement européen grâce au ralliement d’une frondeuse du FN. La formation de Marine Le Pen continue ses tractations pour former un groupe europhobe concurrent.

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Le mouvement eurosceptique britannique UKIP a damé le pion à la formation de Marine Le Pen en devenant, mercredi 18 juin, le premier parti d’extrême droite à former un groupe au Parlement européen dans la foulée des élections de mai dernier. Alors que les deux partis étaient en concurrence pour rassembler chacun de leur côté un groupe anti-UE, les Britanniques ont tiré les premiers en annonçant la création d’EFD (Europe, liberté, démocratie) après le ralliement de Joëlle Bergeron, eurodéputée élue sur les listes du FN.

Cette dernière, devenue dissidente à la suite d’une brouille avec la direction frontiste, a permis à l’UKIP de franchir le seuil des sept nationalités requises pour former un groupe parlementaire à Strasbourg. L’attelage de l’EFD comptant déjà six nationalités – les Britanniques d’UKIP, les Italiens du Mouvement 5 Etoiles de Bepe Grillo, les Démocrates suédois, ainsi que deux députés lituaniens, un letton et un tchèque – le ralliement de Joëlle Bergeron a été crucial pour prendre de vitesse le parti de Marine Le Pen. Une défection aux allures de camouflet pour le FN.

Marine Le Pen espère néanmoins contrecarrer la perfide Albion en créant son propre groupe europhobe d’ici mardi prochain, grâce à une alliance avec le Parti pour la liberté (PVV) du Néerlandais Geert Wilders, le Parti de la liberté autrichien (FPÖ), le Vlams Belang belge et la Ligue du Nord italienne. Reste donc aux stratèges du FN à attirer des eurodéputés de deux autres pays pour que ce groupe puisse être formé à Strasbourg.

Parias européens

Ces formations europhobes, souvent décrites comme extrémistes dans leurs pays respectifs, s’efforcent néanmoins de s’allier à des partis ayant un semblant de respectabilité. L’UKIP avait ainsi refusé la proposition d’alliance du FN, estimant que la formation de Marine Le Pen restait fondamentalement antisémite. Cette dernière a quant à elle exclu de s’allier aux néo-nazis grecs d'Aube dorée ou aux radicaux hongrois du Jobbik, un rejet qui complique singulièrement la tâche du parti frontiste.

"Marine Le Pen n’est pas bien partie pour remplir son pari. Aux yeux de ses partenaires, la normalisation du FN n’est pas tenue pour acquise – les dernières déclarations de Jean-Marie Le Pen contribuent même à renforcer les soupçons d’antisémitisme", estime Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Le FN compte désormais sur les Polonais du KNP et les Bulgares du VMRO pour atteindre le quorum de sept nationalités différentes. La perspective de subventions supplémentaires – de 20 à 30 millions d’euros sur cinq ans – et d’une meilleure visibilité au sein du Parlement européen devrait permettre aux partis europhobes de dépasser leurs divergences idéologiques. Malgré leur hostilité commune aux attributs supranationaux de l’UE et à l’euro, les formations d’extrême droite sont en effet loin d’avoir les mêmes positions politiques sur les questions économiques et sociétales.

"Il y a une réelle communauté de vue entre le FN, le Vlaams Gang des Pays-Bas et le FPO autrichien. Mais ce n’est pas le cas avec les Polonais du KNP, qui sont ultralibéraux, ni avec la Ligue du Nord italienne, qui est l’opposé d’un mouvement nationaliste jacobin comme le FN (…) C’est la logique interne du Parlement européen qui favorise les regroupements hétéroclites", explique Jean-Yves Camus. À moins de quatre jours de la date limite pour la constitution des groupes au Parlement européen, le compte à rebours est enclenché pour le FN.

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