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CRASH AÉRIEN

Vol Air Algérie : Paris et Alger sous le feu des critiques

François Hollande lors d'une déclaration officielle à l'Élysée le 24 juillet 2014
François Hollande lors d'une déclaration officielle à l'Élysée le 24 juillet 2014 AFP
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Vidéo par : FRANCE 2
6 mn

Si la presse algérienne a largement critiqué la communication de son gouvernement concernant le crash du vol d’Air Algérie, elle n'a pas non plus épargné la position dominante "postcolonialiste" adoptée par la France.

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L'émoi suscité par le crash du vol d’Air Algérie a bien vite laissé place à l’agacement en Algérie. En cause : la piètre communication des autorités algériennes et l’omniprésence française dans la gestion de la tragédie.

Depuis l’annonce officielle du crash survenu dans la nuit du 23 au 24 juillet, les autorités algériennes n’ont pas brillé par leur réactivité. Alors que les présidents français, malien et burkinabé sont chacun montés au créneau pour exprimer leurs condoléances et divulguer les premiers éléments d’information au sujet du drame, le chef de l’État algérien, Abdelaziz Bouteflika, s’est surtout illustré par son absence.

La communication algérienne, assurée dans un premier temps par le Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal puis par le ministre des Transports, Amar Ghoul, qui persistait jeudi soir à ne pas parler de "crash", a été réduite à sa plus simple expression. Une situation qui a obligé les Algériens à s’informer par le biais des réseaux sociaux et des médias français.

"Y a-t-il encore un pilote dans l'avion Algérie ?"

Entre critiques acerbes et quolibets désabusés, internautes et journalistes ont tôt fait de railler la communication d’Alger sur la Toile et dans la presse. "Encore une fois, écrit sur Facebook Hacen Ouali, journaliste d''El Watan', nous sommes informés [par] Paris au sujet du crash de l'avion d'Air Algérie. Réunion d'urgence à l'Élysée, Hollande reporte sa tournée dans l'Océan Indien, Fabius déclare que l'avion s'est écrasé, ouverture d'une enquête judiciaire pour 'homicide involontaire' et pendant ce temps, à Alger, silence radio. Y a-t-il encore un pilote dans l'avion Algérie ?"

Puis le journaliste et écrivain algérien Mohamed Balhi de renchérir, lui aussi sur Facebook : "Les Algériens sont incapables de communiquer. Les sites de l’APS (Algérie Presse Service) et d’Air Algérie sont d’une incroyable inconsistance", souligne-t-il. Le journaliste Fayçal Métaoui déplore pour sa part que le ministre français des Transports ait "mieux communiqué sur le crash de l’avion affrété par Air Algérie que Amar Ghoul !" Un sentiment partagé par l’internaute Nazim, qui ne comprend pas "pourquoi c’est la France qui donne des déclarations et des informations sur le vol et pas nos dirigeants, pourtant il s’agit bien d’une compagnie aérienne algérienne ! Vraiment ce pays est paralysé comme son président !"

Une gestion postcoloniale de la France ?

Les critiques sur l’absence de communication d’Alger ont ensuite laissé place aux accusations sur l’incapacité du pouvoir à se défaire de la domination postcoloniale française. En tête de proue, le parti algérien du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie). "La défection singulière du chef de l’État, contrastant avec la présence soutenue du président français, marque l’image d’un président hors du temps et loin de son pays. Le retrait de l’Algérie devant la tutelle de l’ex-puissance coloniale est une caricature des errements diplomatiques, de l’incurie, des reniements et de la soumission du pouvoir actuel", dénonce le parti dans un communiqué.

Le président français n’a en effet pas ménagé ses efforts dans ce dossier. En annulant son déplacement dans l’Océan Indien, prenant la parole sur le perron de l’Élysée, rencontrant pendant près de trois heures les familles des 54 victimes françaises, présidant quatre réunions ministérielles en cinq jours, François Hollande a visiblement décidé d’apparaître en première ligne. "Il a pris le taureau par les cornes et a été très réactif", se réjouit l’un de ses soutiens. Une stratégie de communication destinée à lui conférer une image "plus sobre, plus en proximité, plus serein et déterminé, moins factice", murmure-t-on dans l’entourage du président.

Un excès de communication, diront certains ? "La France a su gérer sa communication dans un souci de transparence, constate Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Iris, en charge de l'Afrique. La surinformation que l’on a pu tout de même observer concernant le drame relève plus de la responsabilité des médias que du gouvernement", affirme-t-il.

La légitimité française remise en cause

Au-delà de la communication, la France a surtout affiché une position dominante dans la gestion de la crise qui n’a pas été du goût de tous. En déclarant, à l'issue d'une "réunion solidaire" avec les familles des victimes françaises au Quai d'Orsay : "J'ai décidé de faire en sorte que les équipes qui sont sur place puissent, le temps nécessaire, faire le travail de regroupement des corps et d'identification et, lorsque ce sera possible, tous les corps seront ramenés en France. Je dis bien tous les corps de tous les passagers de ce vol", le président a provoqué l’irritation des Algériens.

"Cela ne laisse planer aucune ambigüité, en effet, sur le rôle prépondérant qu’entend jouer Paris dans la gestion de cette crise, souligne Kamel Redouane, journaliste pour le site algérien ChoufChouf. Il est vrai qu’avec 51 ressortissants français parmi les victimes [le bilan a été révisé depuis], la France a une certaine légitimité à jouer un rôle majeur. Mais le gouvernement français, qui dispose de forces militaires importantes dans la région, est-il habilité à décréter que ‘tous les passagers’, y compris donc les ressortissants d’autres pays, dont l’Algérie, seront rapatriés en France, et cela, à l’évidence, sans aucune concertation ? On peut en douter."

Pour Philippe Hugon, "la France a effectivement adopté une position qui rappelle celle de l’ex-puissance coloniale, explique-t-il. Elle s’explique autant par sa position militaire dominante dans la région que par son expertise technique dans le domaine de l’identification des corps et du traitement des boîtes noires". Et de conclure : "Si l’Algérie avait voulu ou avait pu être plus présente, sans nul doute, elle l’aurait été."
 

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