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"Exodus" : la superproduction biblique 100 % héros blancs

Christian Bale incarne Moïse dans "Exodus", dont la sortie est prévue pour Noël prochain
Christian Bale incarne Moïse dans "Exodus", dont la sortie est prévue pour Noël prochain Twentieth Century Fox

Attendue sur les écrans à la fin de l’année, la nouvelle adaptation hollywoodienne de la vie de Moïse fait l’objet d’un appel au boycott sur Internet. En cause : la prédominance d’acteurs blancs censés représenter des personnes de couleur.

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C’est ce qu’on appelle une belle brochette d’acteurs : Christian Bale, Sigourney Weaver, John Turturro, Ben Kingsley ou encore Aaron Paul, réunis par le réalisateur Ridley Scott pour les besoins du film "Exodus", la nouvelle adaptation cinématographique de la vie de Moïse, que la Fox doit sortir pour Noël. Cela aurait pu être le casting hollywoodien le plus attendu de cette fin d’année, il est en fait le plus honni de la Twittosphère américaine. En cause : le grand nombre d’acteurs blancs appelés à interpréter des personnages bibliques, dont on sait les traits physiques assez éloignés du type caucasien.

Peu probable, en effet, que dans l’Égypte antique, le prophète sauvé des eaux eut une quelconque ressemblance avec Christian Bale, le comédien choisi pour l’incarner à l’écran. Idem pour le pharaon Ramsès II joué par Joel Edgerton (récemment vu dans "Gatsby le Magnifique" et "Zero Dark Thirty") et les autres principaux protagonistes de ce célèbre récit biblique narrant la libération du peuple hébreu. Bref, comme l’a ironiquement résumé le site américain Twitch, "Exodus" c’est l’histoire d’un "Moïse blanc s’opposant à un pharaon blanc pour libérer un groupe de Blancs d’un autre groupe de Blancs, alors que personne ne devrait être blanc". Car, comme le signale un internaute à l’origine d’une pétition appelant au boycott du film : "Souvenez-vous, l’Égypte n’a été envahie par les Romains qu’en 300 avant JC. L’Égypte est en Afrique pas en Europe".

Pour beaucoup, ce contre-sens historique témoigne donc au moins d’une vision très euro-centrée des textes bibliques, sinon d’une falsification de l’Histoire. Sur Twitter, où le mot-clé #BoycottExodusMovie fait désormais florès, nombreux sont ceux qui dénoncent le "racisme subliminal" du blockbuster de Ridley Scott.

La distribution d’"Exodus" n’est pas pour autant exclusivement "blanche". Plusieurs tweets outrés se font fort, en effet, de remarquer que si la production s’est attachée les services de comédiens noirs, c’est pour leur attribuer des rôles, au choix, de potiches, d’esclaves ou de bandits.

Près de soixante ans après "Les Dix Commandements" de Cecil B. DeMille et son aréopage de stars au profil européen (Charlton Heston jouait alors Moïse et Yul Brunner le pharaon Ramsès II), les studios américains se montrent encore peu enclins à mettre en scène des héros de couleur. "Certaines choses ne changent jamais. À Hollywood, le blanchiment reste une tradition ancrée dans les mœurs, déplore ainsi Ryan Herring, un blogueur du site de l’organisation chrétienne Sojourners. Historiquement, cette pratique permettait de se passer des acteurs, hommes et femmes, de couleur. Par le passé, l’usage le plus répandu était de grimer caricaturalement le visage des comédiens blancs en Noirs, en Indiens ou en Asiatiques. Même si ces méthodes controversées n’ont plus lieu aujourd’hui, le blanchiment est toujours d’actualité à Hollywood."

Pour ses détracteurs, la prédominance d’acteurs de type européen dans "Exodus" trahit les vieux réflexes d’une classe blanche dominante, paternaliste et évangélisante. "Durant toute l’histoire de l’Europe impérialiste et colonialiste, ce type d’endoctrinement existait. Décrire les personnages de la Bible comme des Blancs (tels les prophètes, les anges ou encore Jésus) était un moyen d’insinuer dans l’esprit des opprimés l’existence d’une divinité blanche (et, partant, de sa supériorité)", écrit encore Ryan Herring.

Au début de cette année déjà, l’adaptation de la vie de Noé, signée Darren Aronofsky, avait suscité la gêne d’une partie du public américain pour son absence d’acteurs issus de la diversité. Interrogé sur ce point, l’un des co-scénaristes du film, Ari Handel, s’était maladroitement défendu : "Dès le début, nous nous sommes interrogés sur la question des origines des membres du casting. Or, nous avons réalisé que cette histoire relevait du mythe, et, comme tout récit mythologique, la couleur de peau des personnages n’est pas importante. Car ils sont censés représenter tout le monde."

"Certes, le message biblique transcende la question de la race, mais nous, en tant que société, n’avons pas encore appris à le faire. Donc, oui, cette question est importante, répond Ryan Herring. Quand les films bibliques produits par Hollywood ne représentent jamais des personnes de couleur, ils nous signifient que ces dernières ne sont pas concernées par le message de Dieu, que Dieu n’est pas disponible pour elles, qu’elles ne sont pas des êtres chéris par Dieu."

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