BANDE DE GAZA

Trêve à Gaza : des exigences inconciliables entre Israéliens et Palestiniens

Un adolescent devant l'ampleur des destructions à Gaza
Un adolescent devant l'ampleur des destructions à Gaza Mahmud Hams, AFP

Alors que les armes se sont tues à Gaza, des négociations sont engagées au Caire, où des médiateurs égyptiens tentent d’arracher une paix durable aux délégations palestinienne et israélienne, dont les exigences sont diamétralement opposées.

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Depuis que les hostilités entre l’État hébreu et le mouvement palestinien Hamas ont cessé dans la bande de Gaza, mardi à la faveur d'une trêve de 72 heures, l’heure est désormais à la diplomatie. Des délégations israélienne et palestinienne se trouvent actuellement en Égypte, médiateur traditionnel des conflits entre ses deux voisins, pour négocier une paix plus durable. Ces discussions s’annoncent toutefois extrêmement compliquées tant les exigences des deux parties, pour parvenir à un accord acceptable, sont diamétralement opposées.

Les conditions du Hamas

En effet, le Hamas réclame la levée intégrale du blocus israélien imposé depuis 2006 à la bande de Gaza, une condition que le gouvernement de Benjamin Netanyahou ne semble pas prêt d’accepter. Il est notamment question de l'ouverture des points de passage aux frontières, soit celui d'Erez, au Nord, d’où transite l'aide internationale et humanitaire, et celui de Kerem Shalom (sud), qui concerne les marchandises.

Reste la question du point de passage de Rafah entre Gaza et le Sinaï égyptien, utilisé par les voyageurs et pour l’acheminement de marchandises, et qui dépend exclusivement du bon vouloir de l’Égypte. Or, au grand dam des Palestiniens, celui-ci est fermé depuis 2013. Et l'arrivée au pouvoir du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, résolument hostile au Hamas, n'a pas amélioré la situation. En effet, le mouvement palestinien est une émanation de la confrérie islamiste des Frères musulmans, elle-même honnie par le nouvel homme fort de l’Égypte.

Le camp palestinien réclame également la libération des prisonniers arrêtés en juin, durant la traque menée par Israël en Cisjordanie pour retrouver les assassins de trois adolescents israéliens. La délégation palestinienne requiert aussi la libération de prisonniers que l'État hébreu devait délivrer en échange de la libération du soldat Gilad Shalit, capturé par le Hamas.

Avec la levée du blocus de la bande de Gaza, la question des prisonniers, constitue donc la principale revendication du Hamas, préalable à tout cessez-le-feu durable. "Il y a un consensus entre toutes les factions palestiniennes sur le fait que Gaza ne peut pas retourner à un blocus", a déclaré lundi Ezzat al-Rishq, haut responsable du Hamas et membre de la délégation palestinienne.

Cette dernière s'était accordée, dimanche au Caire, sur une série d'autres exigences dont l’élargissement de la zone de pêche autorisée à 12 miles nautiques (fixée à 20 miles par les accords d'Oslo de 1993, et actuellement limitée à trois miles), et la construction à Gaza d'un port et d'un aéroport. Enfin, elle espère également obtenir une aide d'urgence afin de commencer la reconstruction de la bande de Gaza. La guerre aurait causé entre quatre et six milliards de dollars de dégâts directs, au minimum, selon le vice-ministre palestinien de l'Économie Tayssir Amro.

L’impératif de sécurité de l’État hébreu

Du côté israélien, le cabinet de sécurité s'est réuni mardi soir pendant près de six heures, selon les médias locaux, pour se pencher sur les négociations en cours. Et pour l’État hébreu, la principale demande concerne son impératif de sécurité. Or cette requête s’avère être un obstacle colossal aux yeux du mouvement islamiste palestinien, puisqu’elle exige que la reconstruction de la bande de Gaza soit liée au désarmement des combattants du Hamas et des autres groupes armés de l’enclave palestinienne. Ces derniers ont lancé plus de 3 300 roquettes ou obus de mortier en direction d'Israël au cours du mois écoulé. Le gouvernement israélien veut également obtenir l'assurance que le Hamas ne puisse pas reconstruire des tunnels menant vers le territoire israélien ou pouvant servir à stocker des roquettes.

"Pour Israël, la question la plus importante est celle de la démilitarisation. Nous devons empêcher le Hamas de se réarmer, nous devons démilitariser la bande de Gaza", a déclaré à Reuters Mark Regev, porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Sans surprise, dans la nuit de mardi à mercredi, un des responsables du Hamas et membre de la délégation a catégoriquement rejeté cette condition.

La marge de manœuvre semble donc très étroite pour les médiateurs égyptiens, principalement des hauts responsables des services du renseignement, qui ont rencontré dans la nuit des négociateurs israéliens tout juste arrivés au Caire. Ils doivent s'entretenir "dans la journée" de mercredi avec la délégation palestinienne pour l'informer des exigences israéliennes, ont indiqué à l'AFP des négociateurs palestiniens, sous couvert de l'anonymat. Selon les mêmes sources, les Palestiniens livreront ensuite leurs exigences aux médiateurs égyptiens.

Avec AFP et Reuters

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