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La Libye, un "nid de guêpes" où il est impossible d’intervenir

Un milicien libyen à Tripoli (archives)
Un milicien libyen à Tripoli (archives) Mahmud Turkia / AFP

Incapable de mettre un terme au chaos qui sévit en Libye, le Parlement élu le 25 juin a demandé une aide internationale pour protéger les civils. Décryptage de la situation avec Samuel Laurent, consultant international spécialiste du monde arabe.

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Pour mettre un terme à l'anarchie qui règne en Libye, le Parlement libyen a voté, le 13 août, le démantèlement des brigades rebelles qui dictent leur loi dans le pays. Il a également sollicité une intervention étrangère pour protéger les civils victimes des violences les plus meurtrières depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Des violences qui, dimanche 17 août, ont été dénoncées par la mission de soutien de l'ONU à la Libye (UNSMIL) qui regrette "l'indifférence" des parties en conflit aux appels de la communauté internationale pour instaurer un cessez-le-feu.

Pour comprendre ce qui se joue en Libye, Pauline Godart a interrogé, dans le cadre du "Débat de France 24", Samuel Laurent, consultant international spécialiste du monde arabe, grand connaisseur de la Libye et auteur de "Sahelistan, de la Libye au Mali, au cœur du nouveau Jihad" aux éditions du Seuil.
 
France 24 : Le Parlement Libyen, élu le 25 juin, entend mettre un terme au règne des brigades rebelles rivales qui font la loi dans le pays. A-t-il les moyens d’appliquer sa politique, sachant qu’il n’y a pas d’armée en Libye ?
 
Samuel Laurent : La réponse est claire, non il ne peut pas appliquer sa politique. Ce Parlement officie à plus de 1 000 kilomètres de la capitale, à Tobrouk, justement pour éviter les violences, être bombardé ou que les députés soient kidnappés. En outre, c’est un Parlement qui, a fortiori, manque cruellement de légitimité puisqu’il a été élu avec près de 15 % de participation, ce qui équivaut à une blague. De plus, des restrictions ont été imposées pour justement en faire un organe parlementaire qui soit 'profondément hostile aux islamistes'.
 
Le problème, c’est qu’en Libye, aujourd’hui, ceux que l’on appelle les islamistes tiennent le terrain. Jusqu’à l’élection de ce nouveau Parlement, les deux grands groupes militaires, celui de la ville de Zenten (ouest) et de Misrata (est) se partageaient, comme des groupes mafieux, les quartiers de Tripoli et les revenus qu’ils pouvaient en tirer. Le nouveau Parlement a bouleversé cet équilibre puisque Misrata se sent dans une position de faiblesse dans l'Hémicycle, mais ils [les combattants présents dans la capitale, NDLR ] savent qu’ils peuvent remporter l’avantage avec les canons et les roquettes.
 
Selon vous, il est donc exclu qu’une nouvelle intervention internationale puisse avoir lieu en Libye pour mettre un terme au chaos ?
 
Pour justifier une intervention internationale, il faut trouver un ennemi, puisque quand vous intervenez il s’agit soit de stabiliser une situation, soit de trouver un ennemi, ce qui équivaut à prendre partie dans un conflit.
 
En Irak par exemple, l’ennemi est clairement désigné, il s’agit de l’État islamique, et c’est déjà compliqué. En Libye, en l’occurrence, c’est une guerre de tribus, mais aussi pour le pétrole et l’argent.
 
Dans ce cas précis, il n’y a pas de bons ni de mauvais côtés. Et quand on dit qu’il faut protéger les populations, il faut savoir que ces dernières sont très largement impliquées dans les combats puisqu’il s’agit de combats tribaux. Par conséquent, les populations font front avec leurs brigades.
 
Dans tous les cas de figure, une intervention internationale est strictement impossible, sachant que Tripoli n’est qu’une partie du problème. La situation à Benghazi est encore plus compliquée. La Libye est devenue un nid de guêpes, et je suis convaincu qu’il est inenvisageable qu’on puisse prévoir une quelconque intervention occidentale, qu’il s’agisse de maintien de la paix ou d’une action offensive.
 
L’anarchie est telle qu’il semble également inenvisageable de voir s’installer une démocratie en Libye. Qu’en pensez-vous ?
 
Cela va être extrêmement dur d’amener la démocratie en Libye. Il fallait réfléchir avant d’intervenir dans un pays qui ne vivait pas en réalité un Printemps arabe, mais plutôt un énième soulèvement tribal. Il fallait réfléchir avant d’ouvrir cette boîte de Pandore qu’est la Libye. Un pays extrêmement riche, donc extrêmement convoité, et un piège tribal où Mouammar Kadhafi a su merveilleusement jouer des alliances et exacerber les tensions, les haines et les amertumes au point de se maintenir au pouvoir pendant 42 ans.
 
Désormais l’heure est aux règlements de compte qui peuvent durer pendant des années, voire des décennies. Et pour l’Europe, cela a créé une situation proche de celle de la Somalie, dans la mesure où l’on vit une guerre tribale, dans un pays qui n’a pas de partis politiques. En plus, Al-Qaïda contrôle des zones entières, entre Benghazi et Derna, plus à l’Est, où pas un seul fonctionnaire libyen ne peut rester en vie. Donc nous sommes dans une configuration de chaos et de "somalisation" d’un territoire aux portes de l’Europe. La France, qui avait largement milité pour intervenir en Libye en 2011, doit porter la responsabilité au sens large de ce qui se passe dans ce pays.
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