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Yémen : "Si la transition est abandonnée, alors le pays se disloquera"

Un manifestant du mouvement chiite houthi tient un portrait d'Abdul-Malik al-Houthi, le 20 août à Sanaa.
Un manifestant du mouvement chiite houthi tient un portrait d'Abdul-Malik al-Houthi, le 20 août à Sanaa. Mohammed Huwais, AFP

Des milliers de membres armés de la rébellion chiite se sont rassemblés, vendredi, à Sanaa, pour réclamer la démission du gouvernement. Le pouvoir yéménite, lui, veut poursuivre le dialogue. Explications.

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Après avoir rallié Sanaa en juillet – une première –, la rébellion chiite maintient la pression sur le gouvernement yéménite. Des milliers de partisans d’Ansarullah manifestaient pacifiquement dans les rues de la capitale, vendredi 22 août, jour de l’expiration de l’ultimatum fixé pour obtenir l’éviction du gouvernement et l'annulation d'une récente augmentation des prix du carburant.

Laurent Bonnefoy, chargé de recherche au CNRS (Ceri, Sciences Po Paris), est spécialiste du Yémen. Il revient pour France 24 sur les revendications de la rébellion chiite, la situation politique et sécuritaire au Yémen et les perspectives de la difficile transition en cours depuis le soulèvement contre Ali Abdallah Saleh, en 2011, qui s'est soldé par son départ le 25 février 2012.

France 24 : Quelles sont les revendications de la rébellion chiite d’Ansarullah ?

Laurent Bonnefoy : Ansarullah [littéralement "les partisans d'Allah", NDLR] est issu de la minorité chiite venue du nord-ouest du pays inspirée du zaïdisme [branche du chiisme dont les adeptes reconnaissent Zaïd ibn Ali comme cinquième et dernier imam, NDLR]. Ses partisans, les Houthistes, ont "redécouvert" leur identité après la répression féroce dont ils ont été victimes dans les années 2000, sous le régime d’Ali Abdallah Saleh. Leur objectif premier est donc de relancer leur identité zaïdite.

Dans le même temps, Ansarullah est un mouvement extrêmement populiste. Il demande la chute du gouvernement en place à Sanaa qu’il estime corrompu. Ce gouvernement d’union nationale, fruit d’un compromis, s’appuie sur les pratiques du tribalisme appliquées au Yémen. [À la suite des négociations en cours], les partisans de la rébellion pourraient entrer dans ce gouvernement. Mais le point de fixation actuel, c’est la suppression des subventions sur les produits pétroliers décidée il y a quelques semaines, dont Ansarullah demande le rétablissement. Cette mesure était demandée par la Banque mondiale depuis 15 ans pour donner de l’air au budget de l’État yéménite. Les rebelles d’Ansarullah sont par ailleurs en forte opposition contre toute alliance du pouvoir yéménite avec l’extérieur – et notamment les États-Unis et l’Arabie saoudite.

>> À lire sur les Observateurs de France 24 : Pourquoi les Houthis réclament le départ du gouvernement yéménite

Qui détient le pouvoir au Yémen ? Peut-on espérer que la transition vers le fédéralisme, entamée depuis le départ d’Ali Abdallah Saleh, se poursuive en conservant l’unité du pays ? 

Un grand nombre de groupes prétendent détenir le pouvoir. Le principal, issu des Frères musulmans, est le parti al-Islâh. Il est aux affaires avec un mouvement très puissant qui soutient encore l’ancien régime. Enfin, plusieurs rébellions sont issues des différentes périphéries du pays : au sud, un mouvement sécessionniste ; au Nord, les Houthistes d’Ansarullah ; à l’Est, al-Qaïda. Au milieu, le gouvernement, largement soutenu par la communauté internationale, tente de faire avancer la transition politique qui a été amorcée depuis 2011. Mais sa zone d’influence se rétrécit et se concentre véritablement à Sanaa.

Le projet fédéral a été construit par la communauté internationale et l’élite yéménite, pour échapper à la sécession et éviter que le Sud ne prenne son indépendance. Ce compromis a été intégré par la population et les élites locales de façon assez inattendue : l’appropriation des bénéfices du fédéralisme a diminué l’identité yéménite au profit d’identités locales fortes. 

Que faut-il pour éviter une "somalisation" du Yémen ?

Ce qu’il manque au Yémen, c’est la foi des élites en la réalité d’une solution politique pour l’instant bridée par des conditions économiques problématiques. En cela, les investissements internationaux manquent. Le Yémen est un pays de 25 millions d’habitants. C’est un marché potentiel et il est important que ses voisins, et notamment l’Arabie saoudite, le comprennent. De plus, il manque un débouché migratoire au pays – dans les années 70 et 80, jusqu’à un quart de la population yéménite vivait à l’étranger et envoyait de l’argent au pays. Enfin, la croissance démographique actuelle n’est pas tenable, il y a donc des réformes à faire, par exemple dans le domaine de l’agriculture.

La situation du pays est extrêmement précaire mais il reste des raisons d’espérer. Le Yémen n’est pas le produit d’une création, il y a une vraie référence historique. Mais la poursuite de la transition politique est fondamentale. Si la transition est abandonnée – le processus constitutionnel, les élections, etc. – alors le pays se disloquera.

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