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Pourquoi l’organisation de l’État islamique séduit plus qu’Al-Qaïda ?

AFP

Ils maîtrisent les réseaux sociaux, s’illustrent par leur cruauté et leur efficacité d'action… Comment l’organisation de l’État islamique a-t-elle trouvé un écho favorable auprès de jihadistes occidentaux ? France 24 fait le point.

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"L'État islamique (EI) va au-delà de tout ce que nous avons pu connaître […] Il est plus sophistiqué et mieux financé que tout autre groupe que nous ayons connu […] Il allie idéologie et sophistication de son savoir-faire militaire tactique et stratégique […] Il est extrêmement bien financé […] Il va au-delà de tout autre groupe terroriste", a déclaré le secrétaire à la Défense Chuck Hagel, jeudi 21 août.

Jamais encore, un responsable américain n’avait décrit en des termes aussi forts – et aussi alarmistes - la menace que représente l’organisation de l’État islamique. Érigé au rang de nouvel ennemi public numéro un, l’EI a surtout réussi à ravir cette place à Al-Qaïda dont la visibilité et la présence semblent de plus en plus réduites au sein de la mouvance jihadiste internationale.

>> À voir sur le débat de France 24 : "Quelle stratégie pour Obama face à l'organisation de l'État islamique ?"

Mais qu’est-ce qui distingue les deux groupes ? Comment l’organisation de l’État islamique a-t-elle pu attirer en quelques mois autant de jeunes jihadistes venus du monde entier ? Explications.

  • Une assise territoriale

Partons d’un postulat simple mais essentiel : malgré quelques divergences doctrinales, Al-Qaïda et l’EI ont exactement la même idéologie, à savoir éradiquer les hérétiques et fonder un califat universel, sorte d’immense État islamique régi par la charia (la loi coranique). La différence entre les deux groupes n’a jamais été d’ordre philosophique, donc, mais d’ordre politique - et donc stratégique. Là où Al-Qaïda a toujours prôné un jihad "mondial", plus dématérialisé, avec comme priorité l’attaque de l’Occident via des attentats-suicides contre les intérêts américains, l’EI a misé sur un jihad plus "local" en déterminant des ennemis proches, au cœur même du monde arabe et clairement définis (les chiites d’Irak, les Saoudiens, les Iraniens…)

Mais surtout, l’EI a, tactiquement parlant, réussi à instaurer un califat, à cheval sur la Syrie et l’Irak. Ce nouvel "État" lui permet d'élargir son champ d'action : il ne fait plus seulement la guerre, il fait de la politique en exercant un pouvoir sur un territoire délimité. D’un point de vue théologique, le groupe extrémiste peut aussi se vanter d'avoir réalisé une partie de la prophétie coranique. Quoi de plus attrayant pour des jeunes recrues fanatisées que de rejoindre ce lieu utopique où doit se réaliser la "bataille finale", "la grande confrontation entre les armées occidentales (ou croisées) et les armées musulmanes", explique Wassim Nasr, journaliste et spécialiste du jihad à France 24.

"L’État islamique a réussi là où Al-Qaïda a échoué : il a donné une assise territoriale à son utopie, la création d’un 'Sunnistan libre'", précise, de son côté, François Burgat, spécialiste de l’islam à l’Iremam (Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman).

  • Une maîtrise parfaite des réseaux sociaux

C’est sûrement là que réside son plus gros avantage : Internet. L’organisation de l’État islamique a fait des réseaux sociaux une arme numérique – presqu'aussi importante qu'une arme militaire. Grâce à cette vitrine politique idéale, qui lui permet de démultiplier à l'infini des messages et des vidéos de propagande, le mouvement a attiré dans ses filets de nouveaux jihadistes occidentaux, fascinés par la rapidité d’action de ses attaques et par sa visibilité numérique. L'ultra-violence de l'EI, sans cesse revendiquée, est devenue un atout : elle permet de marquer les esprits, de compenser les faiblesses du groupe en instaurant la peur, en terrorisant les populations alentour.

>> À lire sur France 24 : "L’EIIL et ses 'Fanboys' sur Twitter"

L’EI a également compris qu’il pouvait jouer sur la fibre de la "proximité identitaire" pour recruter de nouveaux combattants. En se mettant en scène sur Internet, les jihadistes occidentaux qu’ils soient britanniques, français ou encore américains, attirent et "rassurent" une manne de potentielles recrues étrangères qui s’identifient à eux.

Un modus operandi inédit alors que chez Al-Qaïda, au contraire, les combattants occidentaux n’acquièrent un intérêt que lorsqu’ils restent "chez eux". "La logique d’Al-Zawahiri [le chef d’Al-Qaïda] n’est pas de les faire venir en terre sainte, mais plutôt de les pousser à commettre des attaques sur leur territoire. Ils estiment que les faire venir, c’est prendre le risque d’enrôler des espions, d’être confrontés à des problèmes d’intégration", explique Wassim Nasr qui précise toutefois qu’il n’est pas impossible que l’EI renvoie des "cellules dormantes" en Occident. Formés militairement et ultra-radicalisés, ils pourraient à leur tour mener des attaques terroristes dans leur pays respectif.

  • Une organisation structurée, jeune et plus égalitaire

À la différence d’Al-Qaïda, dont les combattants se trouvent dans des grottes et des zones désertiques, l’EI s’est implanté en zone urbaine depuis le mois de janvier 2014. Il fonctionne de manière hiérarchisée et clairement structurée. Il ne se qualifie d'ailleurs plus de "groupe" mais d'"État". Dans le califat, l'EI a mis en place une police, une justice, un système d’imposition pour faire régner l'ordre. Al-Qaïda, en comparaison, fait plus figure de "label".

D’un point de vue militaire, Al-Qaïda fonctionne selon un système pyramidal qui accorde peu de responsabilité aux nouveaux combattants, et "où les exécutants sont sacrifiés sans réfléchir", précise Gilles Kepel, spécialiste de l’islam, dans un entretien au "Monde". Seuls les hauts dignitaires et les "anciens" sont des figures décisionnelles. L’organisation de l’État islamique, au contraire, responsabilise ses nouvelles recrues. On trouve dans ses rangs de jeunes chefs de guerre, de jeunes chefs religieux. "Il existe une différence générationnelle entre les deux groupes. Les jihadistes de l’EI ont grandi dans les années 2000, dans un contexte de présence américaine en Irak. Les combattants d’Al-Qaïda sont plus vieux, ils ont combattu en Afghanistan, dans les années 1980-1988", précise encore François Burgat. Dans ce contexte, Al-Qaïda est "un peu ringardisé", selon les mots de Romain Caillet, spécialiste de la mouvance salafiste.

  • Un "État" riche et auto-suffisant

De nombreux experts estiment que l’organisation de l'État islamique s’auto-suffit financièrement. Et ce, depuis le mois de juin, avec la prise de Mossoul, dans le nord de l’Irak. Dans cette ville historiquement œcuménique, les combattants sunnites ont pu récupérer un important butin de guerre. Ils ont saisi un matériel militaire de qualité : roquettes, blindés, mortiers... "Les jihadistes se sentent rassurés dans ce califat ‘riche’, ils sont attirés par cet endroit prophétique où l’on mange à sa faim, où l’on peut se défendre militairement, où l’on pratique un islam rigoriste sans contraintes", précise Wassim Nasr.

Leur avenir financier semble, pour l’heure, prospère. Les combattants de l’EI ont récupéré près d'un demi-milliard de dollars en pillant les banques de Mossoul. Ils vivent aussi des recettes de la contrebande de pétrole, des taxes imposées aux entreprises et aux "citoyens" du califat. "La comparaison qu'il faut avoir en tête, c'est que les attentats du 11-Septembre avaient coûté un demi-million de dollars. Aujourd'hui, on a, quelque part entre la Syrie et l'Irak, un calife de la terreur qui a les moyens de faire mille 11-Septembre", avait conclu, de son côté, Jean-Pierre Filiu, spécialiste du Moyen-Orient, interrogé par "Le Parisien".
 

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