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Les onze questions qui se poseraient à une Écosse indépendante

Andy Buchanan, AFP

En Écosse, les derniers sondages confirment la progression du oui à l’indépendance et donnent les deux camps au coude à coude. Revue des principaux changements qu’entrainerait un vote positif.

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correspondant à Edimbourg

Quelles seraient les frontières d'une Écosse indépendante ? L’Écosse représente un tiers de la surface de la Grande-Bretagne. La frontière terrestre existe déjà. Certains avocats du "non" ont affirmé qu’il faudrait un passeport aux Écossais pour voyager au Royaume-Uni. "Stratégie de la peur", ont rétorqué les nationalistes. Une Écosse indépendante souhaiterait rester membre de la Common Travel Area. Cette zone, à laquelle appartient l’Irlande, prévoit des contrôles de sécurité légers. Mais les nationalistes veulent encourager l’immigration en Écosse dont la population vieillit. Une vision pas vraiment dans l’air du temps en Angleterre, comme l’illustre la montée du UK Independence Party.

Qui deviendrait écossais ? Les citoyens britanniques "habituellement résidents" en Écosse et les citoyens britanniques nés en Écosse mais résidant ailleurs seront automatiquement considérés comme Écossais.

Qu'adviendrait-il de la monarchie ? Les indépendantistes se sont engagés à conserver la reine comme chef de l’État. Cette "union des couronnes" ne serait pas une nouveauté. En 1603, 104 ans avant l’union de leurs Parlements, Jacques Stuart, roi d’Écosse, avait accédé au trône d’Angleterre à la mort de sa cousine Élisabeth 1e, décédée sans enfant. Les Écossais sont majoritairement favorables à la monarchie, mais moins que les autres Britanniques.

Quid des élections britanniques prévues en 2015
? Comment pourraient-elles se tenir normalement ? Les Écossais éliraient-ils 59 députés destinés à quitter le Parlement le 24 mars 2016, date avancée pour l’indépendance effective ? David Cameron pourrait-il rester Premier ministre britannique ? Le sujet est débattu au sein du Parti conservateur, se présentant comme le parti de l’Union. Mais la gifle serait accompagnée d’une consolation. La gauche travailliste perdrait une grande partie de ses troupes. 40 des 59 députés écossais à Londres appartiennent au Labour - sur un total de 256 députés Labour. Le centre de gravité politique du Royaume-Uni serait décalé vers la droite.

Quelle monnaie serait utilisée en Écosse ?
C’est une incertitude majeure, déclinée sur tous les tons par les "Better Together". Londres refusera une union monétaire avec une Écosse indépendante, au motif que le Royaume-Uni hériterait du risque d’un pays étranger. Les nationalistes ont dénoncé un chantage et menacé de ne pas accepter leur part de dette publique britannique s’il ne pouvaient conserver la livre. L’enjeu est crucial pour l’Écosse, qui réalise deux tiers de ses exports avec le reste du Royaume-Uni et a développé un important secteur financier. Autres options : continuer à utiliser la livre britannique, mais sans union monétaire, établir une nouvelle devise, ou rejoindre la zone euro.

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L'Écosse serait-elle membre de l’Union européenne ?
Le reliquat du Royaume-Uni conserverait les droits légaux de l’ancien État. Il resterait par exemple membre de l’Europe (au moins jusqu’au référendum prévu sur le sujet en 2017). Comme nouveau pays, l’Écosse devrait faire acte de candidature pour toutes les organisations internationales qu’elle souhaiterait rejoindre. Les nationalistes écossais présentent la réadhésion à l’UE comme une formalité. Un jugement un peu rapide pour l’Espagne, travaillée par ses nationalismes catalan et basque, et la Belgique par les Flamands et les Wallons. Mais, même si le processus prenait du temps, "il est difficile de voir comment ça pourrait lui être déniée", estime Vernon Bogdanor, professeur de gouvernement à l’université d’Oxford.

Qu'en est-il des questions de défense ? C’est une promesse phare des nationalistes : se débarrasser rapidement des sous-marins nucléaires basés en Écosse. Panique à Londres ! Basés près de Glasgow, ils constituent la totalité de la dissuasion nucléaire britannique. Les experts estiment à au moins dix ans le temps nécessaire pour leur relocalisation. C’est la carte maîtresse de l’Écosse dans une négociation avec Londres. Mais l’Écosse souhaite aussi réadhérer à l’Otan, et pourrait bénéficier sur ce sujet de l’aide du Royaume-Uni.

Comment l'Écosse et la Grande-Bretagne se partageraient-elles les ressources pétrolières ? L’enjeu est important, bien sûr. Mais le partage des hydrocarbures ne serait probablement pas le point le plus conflictuel des négociations. Le principe de l’équidistance, le tracé d’une ligne médiane entre les points le plus proches des rivages des deux pays, est un principe juridique normalement accepté - mais pas intangible. Il avait été retenu pour délimiter les zones de pêches écossaises lors de la recréation du Parlement d’Édimbourg, en 1999. Avec cette méthode, l’Écosse aurait récupéré, sur les 15 dernières années, 95 % du pétrole et une petite moitié du gaz produits en mer du Nord. Les hydrocarbures pèsent actuellement de l’ordre de 15 % du PIB en Écosse, et 200 000 emplois (pour une population de 5,3 millions d’habitants). Son poids est bien sûr moindre dans l’économie britannique, mais tout de même significatif : le secteur représente plus de 15 % des taxes perçues sur les entreprises au Royaume-Uni.

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Largement subventionnées par Londres, qu'adviendrait-il des énergies renouvelables, en plein boom en Écosse ? Elles font partie de la mythologie nationaliste : un pays vaste et riche de ressources - inépuisables - dans le cas du vent. Au pouvoir depuis 2007, le SNP (Parti national écossais) a stimulé leur déploiement. Mais l’indépendance rendrait la suite incertaine. Londres a menacé de refermer son marché électrique, et de laisser aux cinq millions d’Écossais la facture des subventions. Coûteuse, l’économie de la filière serait fragilisée, en particulier dans la génération actuelle de projets d’éolien en mer. Les nationalistes dénoncent un bluff. Parce que le Royaume-Uni aura besoin de "garder les lumières allumées" et de réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

L'indépendance écossaise aurait-elle un impact sur la place du Royaume-Uni dans le monde ? Le Royaume-Uni est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Sa position ne serait pas immédiatement mise en péril, estime un rapport du comité des Affaires étrangères du parlement britannique. Mais des pays souhaitant gagner un siège permanent, comme l’Inde ou le Brésil, pourrait y voir une opportunité. Le prestige du Royaume-Uni serait atteint. "Si le 'Soft Power' relève d’un pouvoir d’attraction vers votre vision du monde, il est à première vue difficile de voir une fragmentation comme autre chose qu’un jugement négatif sur le Royaume-Uni", estimait Catarina Tully, une experte interrogée.

Cette indépendance pourrait-elle relancer la question de la réunification irlandaise ? Le fragile équilibre politique trouvé entre protestants et catholiques après des décennies de "troubles" serait mis sous pression. Les unionistes, essentiellement protestants, sont nerveux. David Trimble, ancien chef du parti unioniste d’Ulster et prix Nobel de la paix, estime que la question d’une réunification de l’Irlande serait ravivée. "Ça changera le contexte politique en Irlande du Nord, créera des tensions. Ce qui est aujourd’hui un non-sujet deviendrait un sujet majeur". Gerry Adams, le président du Sinn Fein, le parti catholique républicain Irlandais, qui plaide pour une Irlande unie, est resté en retrait dans le débat en remarquant toutefois que "l’Union du Royaume-Uni ne tient qu’à un fil".

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