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L'indépendance, le cheval de bataille d'un Frenchie élu en Écosse

Christia Allard a été élu au parlement écossais en mai 2013.
Christia Allard a été élu au parlement écossais en mai 2013. Scottish National Party, AFP

Il est le seul Français élu au Parlement écossais. À une semaine du référendum sur l’indépendance de la terre celte, Christian Allard milite avec ferveur pour le "oui". Portrait d’un Bourguignon tombé amoureux, il y a trente ans, du pays du kilt.

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Christian Allard se montre très prudent et ne veut surtout pas crier victoire avant l’heure. "La tendance du ‘non’ vers le ‘oui’ se confirme. C’est une bonne nouvelle, mais… voilà…", se contente-t-il de déclarer. Le quinquagénaire, premier député français à siéger au Parlement écossais ne veut pas s’attirer le mauvais œil.

À une semaine du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, Il espère que le récent sondage, qui a donné pour la première fois son camp, celui du "oui", en tête des intentions de vote, ne sera pas une chimère. "Mais il reste encore huit jours... A week is a long time in politics [une semaine, c'est long en politique]", rappelle-t-il, paraphrasant ainsi l’ancien Premier ministre britannique, Harold Wilson.

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Ce Bourguignon d’origine, dont la voix s'accompagne souvent d'un rire chaleureux, est donc devenu "plus écossais que les Écossais". Trente ans sur le sol "scottish" lui ont, certes, un peu fait oublier sa langue maternelle – "Je ne sais plus comment vous dites ça en français…", lâche-t-il deux fois pendant l’entretien – mais l’ont surtout convaincu de l’identité pleine et entière de son pays d'adoption. Déterminé à s’affranchir de la tutelle de Westminster, il balaie d’un revers de la main les arguments de ses détracteurs, regroupés sous la bannière "Better together", qui l’accusent de briser l’unité du Royaume-Uni.

"L’union humaine qui existe entre les peuples britanniques est là et elle est très importante, répond-il. Regardez les Irlandais, ils sont indépendants et font toujours partie de notre famille, de cette grande famille des îles britanniques. Devenir indépendant ne changera rien à ça. Si le ‘oui’ l’emporte, nous deviendrons de très bons voisins qui travaillent ensemble", explique-t-il. Voilà pour le discours policé.

"Ce que Thatcher a fait […] David Cameron l’a perpétué"

Mais le tempérament fougueux fait rapidement surface. Le Franco-Écossais, lassé par les arguments brandis continuellement par les unionistes, durcit le ton. "Il ne reste plus grand-chose au niveau politique pour nous maintenir ensemble, assène-t-il […]. On nous attaque sur la perte des ‘valeurs’ britanniques en cas d’indépendance. Mais quelles valeurs ? La solidarité a disparu… Prenez le symbole de l’entraide : le service santé. Il a été privatisé en Angleterre. Si le ‘non’ passe, il risque d’arriver la même chose en Écosse… Toutes ces valeurs-là, politiques, se sont effondrées ces trente dernières années."

Et le parlementaire de poursuivre, véhément. "Si les gouvernements successifs de Londres avaient répondu aux attentes du peuple anglais, du peuple gallois, du peuple d’Irlande du Nord ou d’Écosse, nous n’aurions pas de référendum aujourd’hui. Et nous n’aurions peut-être même pas eu besoin d’un parlement écossais".

Pour Christian Allard, les racines des véllétités indépendantistes sont à chercher dans l'histoire récente du Royaume-Uni. "Soyons clair, ce que Margaret Thatcher a fait [politique de privatisation, démantèlement de l’État providence, coupes dans les dépenses publiques, NDLR], John Major, Tony Blair, Gordon Brown l’ont continué et maintenant David Cameron le perpétue", martèle-t-il. "Cette politique [entreprise] sans investir dans d’autres secteurs, comme la pêche ou les hydrocarbures, est ridicule."

>> À lire sur France 24 : Aux racines du nationalisme écossais

Sa ferveur politique est sans doute le produit d’une éducation militante. "Mon arrière-grand-père, mon grand-père et mon père étaient conseillers municipaux [à Messigny-et-Vantoux, un village de Bourgogne]", explique-t-il. L’intérêt pour la chose publique coule donc dans ses veines. Le goût de l’effort aussi. Il a commencé à travailler à 14 ans, arrêté l'école à 17 ans, avant d'enchaîner les petits boulots - dans le secteur des transports frigorifiques, surtout - à Dijon. Mais il s'ennuie. "Je voulais travailler à l’étranger, j’ai posé des candidatures en Afrique, un peu partout, mais on me répondait toujours la même chose : ‘pas assez bon en anglais’". Alors quand l’opportunité d’être muté à Glasgow se présente, Christian Allard n’hésite pas une seconde.

Il a alors 20 ans et il tombe amoureux de la brume écossaise, des Rangers et des Celtics - les deux équipes de football les plus populaires d'Écosse - et de ses habitants. "J'ai compris très vite que le plus important, ce n’est pas de parler l’anglais mais de connaître la façon dont les gens vivent".

"Soit je me mets au golf, soit je fais de la politique"

À Aberdeen, la troisième ville du pays, le Bourguignon travaille dans le négoce, l’export, les produits de la mer. Depuis ses terres natales, le militantisme ne l’a jamais quitté : Christian défend ardemment les marins-pêcheurs, s’oppose au nucléaire… Il n'hésite pas à se faire porte-parole des causes qu'il défend devant les caméras. Le passage en politique se fait naturellement. Sans précipitation.

"Un jour, mes filles m’ont dit : ‘Papa arrête de crier à la télévision ! Fais autre chose !’ Je me suis dit : ‘soit je me mets au golf, soit j’essaie la politique". Ce sera la politique. "Je suis alors rentré au SNP [parti nationaliste écossais, NDLR] en tant qu’activiste. Je voulais militer, être dans la rue, c’est tout." Sauf que sa carrière va prendre une toute autre envergure. En mai 2013, il prête allégeance à la reine et devient le premier Français à siéger au Parlement écossais. Signe de son attachement à l’Hexagone, il prête serment en anglais et en français. "Je suis le premier à l’avoir fait. Ça a beaucoup ému mes filles", se rappelle-t-il.

Sur les bancs parlementaires, Christian Allard promet de défendre l’Écosse et refuse qu’on tente de le classer à droite ou à gauche. "Le SNP a peut-être l’étiquette de centre-gauche mais nous sommes aussi très pro-business, pro-entreprise. Souvent le Parti travailliste nous attaque. Nous prenons des mesures pour le bien de notre économie, peu importe qu’elles soient de droite ou de gauche. Idem pour nos acquis sociaux, la justice sociale n’est ni de droite, ni de gauche, elle est juste indispensable", explique-t-il.

Christian Allard ne s'attarde pas beaucoup sur son avenir politique post-référendum. Il laisse néanmoins entendre que sa vie continuera à s'enraciner dans les terres écossaises. "Mes enfants vivent là, mes petits-enfants vivent là. L’accueil ici est tel que les gens ne vous ignorent pas et vous aident beaucoup… Quelle que soit votre religion, votre langue ou votre culture, si vous êtes en Écosse, vous êtes Écossais."
 

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